Nicolas Dufourcq : "La BPI, c'est préparer la France des années 2030"

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Nicolas Dufourcq / DR
Nicolas Dufourcq / DR
Nommé directeur général de la BPI lors de sa création, en janvier, l'ancien directeur des finances de Capgemini, proche de la gauche, se considère en mission. La BPI, premier acteur européen du capital-investissement, doit être davantage architecte que pompier.

La Tribune : La BPI est l'un des piliers du pacte national pour la croissance et la compétitivité. Comment convaincre les entreprises de son utilité ?
Nicolas Dufourcq : Beaucoup d'outils de financement nécessaires aux entreprises existaient, avec Oseo, le Fonds stratégique d'investissement (FSI), FSI Régions et CDC Entreprises. Sans compter les dispositifs régionaux et européens. Mais avait-on pensé aux chefs d'entreprises ? Ils n'ont pas de temps à perdre pour s'y retrouver dans ce maquis. Tout l'intérêt de la BPI est là. Elle regroupe dans une même structure l'ensemble des dispositifs de la puissance publique, dans le domaine des fonds propres, des quasi fonds propres, du haut de bilan, du bas de bilan. Grâce à la BPI, les chefs d'entreprises pourront avoir accès à toutes les solutions de financement. L'Etat met de l'ordre dans son action, en l'articulant avec celle des 22 régions. C'est une révolution. Tout simplement.

Les marques Oseo, FSI et CDC Entreprises disparaîtront-elles ?
C'est indispensable si l'on veut que BPI France, puisque c'est la marque qui a été choisie par l'Etat, apporte de la clarté. Sous la bannière BPI France, il y aura trois structures : BPI France Financement, qui intègre les activités de financement et de garantie d'Oseo, BPI France Investissement qui regroupe le FSI, CDC Entreprises et FSI Régions, et BPI France Innovation enfin, construit sur la base d'Oseo Innovation.

Dans le domaine de l'export, il était question d'intégrer une partie des activités d'Ubifrance ?
Effectivement. Nous allons créer avec Coface et Ubifrance une initiative commune, BPI France Export, par laquelle les actions des uns et des autres seront rationailisées, et qui se traduira par l'accueil dans nos locaux en régions de 40 collaborateurs d'Ubifrance et d'une quinzaine de collaborateurs Coface. Ce sera très complémentaire de ce qu'Oséo faisait déjà avec ses prêts pour l'export..

S'agissant d'Oséo, y-a-t-il vraiment un problème d'offre de crédit au PME ?
En trésorerie uniquement. Mais les entreprises sont en attente, tout le monde est inquiet et il n'y a pas assez de projets mûrs. Tout est lent, qu'il s'agisse de financement en bas de bilan ou de fonds propres. Beaucoup de projets d'augmentation de capital sont reportés. Mais il y a un flux plus important de demandes d'entreprises en difficulté. BPI France joue son rôle à plein : nous avons déjà garanti plus de 80 millions d'euros en trésorerie et disposons d'une enveloppe de 500 millions du gouvernement pour le faire. Nous préfinançons également le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi, à hauteur de 400 millions d'euros accordés aujourd'hui, avec un objectif de 2 milliards.

La BPI doit-elle être également être un aiguillon pour susciter des rapprochements d'entreprises ?
C'est une mission absolument centrale pour nous. Tout chargé d'affaires de la BPI a cet objectif de consolidation du tissu industriel en tête. Ils sont des « hussards de l'énergie d'entreprendre » qui veulent participer au redressement de ce pays. Les gens ne viennent pas spontanément à nous. C'est à nous d'aller vers eux. Plus globalement, en jouant le rôle de catalyseur, la BPI doit favoriser l'émergence d'entreprises de taille intermédiaires (ETI) capables de redresser l'économie française et de mieux affronter la concurrence mondiale.

Comment différencier la BPI d'un acteur privé, comme Axa Private Equity, qui a à peu près la même taille ?
Nous faisons ce que le privé ne fait pas, ou pas assez. Nous sommes très présents dans le capital-risque, le financement d'amorçage, le petit capital-développement et le petit capital-transmission. Nous voulons pallier des failles de marché, comme la « vallée de la mort », cette zone de tous les dangers dans le financement d'entreprises devenues trop importantes pour être financées par des business angels, mais pas encore assez pour intéresser des fonds de capital-développement. Le Prêt pour l'Innovation que nous venons de lancer traite en partie le sujet mais nous le faisons aussi en fonds propres. Le FSI vient par exemple d'investir 14 millions d'euros dans SuperSonic Imagine, jeune entreprise spécialisée dans les échographies par ultrasons en pleine conquête du marché chinois. Nous allons renforcer nos capacités d'intervention dans ce domaine de plusieurs centaines de millions d'euros.

La BPI est donc un concurrent pour les acteurs français du capital-investissement ?
Non, nous sommes complémentaires. Certes, les entreprises peuvent trouver de l'argent auprès des acteurs privés. Mais cela ne suffit pas car les fonds de private equity ont vu leur collecte chuter, en raison des nouvelles réglementations financières et de la situation macroéconomique. En intervenant au côté des fonds de capital-investissement, nous permettons de compléter les tours de table. D'ailleurs, dans tous les grands pays technologiques, comme la Corée du Sud ou le Japon, les failles du private equity sont toujours comblées par les acteurs publics.

Quels sont vos objectifs de retour sur investissement ?
Pas du tout ceux du secteur privé. Le taux de rendement interne (TRI) du FSI est de 6%, et celui de CDC Entreprises de 2%, contre 9% à 46% chez Axa Private Equity, par exemple. Quand on ajoute la banque Oseo, la rentabilité des fonds propres de la BPI s'élève à 4%. Il est similaire à celui de la Banque Postale ou de BPCE. Ce sera aux actionnaires de la BPI, l'Etat et la Caisse des dépôts, de se prononcer.

Est-ce compliqué de construire la BPI ?
Oui bien sûr, compliqué pour offrir un service simple aux entrepreneurs in fine ! En ce moment, je vis au rythme d'un entrepreneur, comme lorsque j'étais plus jeune. Dans la partie fonds propres, nous fusionnons trois sociétés, le FSI, CDC Entreprises et France Investissement, afin de bâtir un très grand acteur de capital-investissement, le premier d'Europe, avec 14 milliards d'euros sous gestion, et 18 milliards demain. Nous fabriquons un acteur comparable à Axa Private Equity, mais nous c'est avec l'argent public et au service de politiques publiques pour les entrepreneurs.

Avec la présence de Ségolène Royal au conseil, vous préparez-vous à subir des pressions, à l'exemple d'Heuliez ?
Heuliez est client d'Oséo depuis 2005, arrêtons les amalgames ! Et contrairement à ce qui a été dit, ni Oséo ni le FSI ni CDC Entreprises n'ont financé conclu un financement avec Heuliez depuis des mois ! Nous avons proposer de financer sa holding de tête, qui est saine, mais ses actionnaires ont refusé. Nous sommes parfaitement en ligne avec la région à ce sujet. C'est une vision totalement parisianiste que de penser que les régions, quelles qu'elles soient, exerceraient plus de soi-disant pressions que Paris ! Quand un dossier ne permet pas d'agir, les pouvoirs publics le comprennent. Certes, nous aidons les banques commerciales à prendre plus de risque parce que c'est notre mission et que nous connaissons mieux le terrain. Mais nous ne prendrons ni plus ni moins de risques qu'avant. Notre règle de gouvernance est simple : on nous a confié 18 milliards d'euros, nous devons les rendre à l'Etat, éventuellement avec une légère plus-value. Le débat sur le retournement est tranché.Tout le monde est d'accord pour dire qu'une banque publique ne peut pas le faire en direct. En revanche, pourquoi pas via des fonds spécialisés dans le retournement, dotés par des fonds publics spécifiques confiés à des professionnels qui agissent en investisseurs avisés.

Mais il peut y avoir une cristallisation politique autour de quelques symboles : Heuliez, Petroplus...
Notre mission est de regarder avec soin ces dossiers, et nous l'avons fait, avec des conseils nous avons mené des due diligence approfondies. Quand ils ne sont pas viables nous le disons. Pour Rio Tinto en Savoie, ce n'est pas un mauvais dossier, des Allemands sont intéressés, BPI France est prête à investir en minoritaire si les acquéreurs le demandent.
Mais le plus important, c'est le vrai travail de construction de l'avenir, la France des années 2030, voilà l'ambition de BPI France. Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici, Ségolène Royal et Alain Rousset, comme tous les responsables politiques de ce pays, nous demandent d'être davantage architectes que pompiers. Ce pays est frappé d'une mélancolie très profonde et très dangereuse. Il faut réussir, sans quoi nous passerons du déclinisme au fatalisme. BPI France investit dans le moral de la Nation !

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Commentaires
a écrit le 25/04/2013 à 22:19 :
Ah ben avec Ségolène, c'est sûr, vivement 2030!!
a écrit le 24/04/2013 à 16:42 :
Et les banques privées elles font quoi pendant ce temps là? du trading haute fréquence,c'est vrai que là ,c'est les robots qui bossent tout seuls,l?économie réelle c'est un truc périmée,à part les grands comptes,on va pas s?embêter avec les PMEs.Laissons
cela à l'Etat,je croyais qu'il fallait moins d'état,bizarre non dés que ça coince,on vient pleurer, les marchés m'ont fait des misères,t'aurais pas 50M? à me refiler?

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