Tikehau Capital est la "sucess story" de la gestion d'actifs de ces dernières années en France. Ses deux cofondateurs, Antoine Flamarion et Mathieu Chabran, issus de l'univers de la banque d'investissement anglo-saxonne, détonnent dans le paysage feutré de la gestion. Revendiquant un profil de "serial entrepreneur", ils tentent d'imposer en France un modèle hybride de gestion alternative. Leur modèle? Les géants américains KKR ou Blackstone ou le fonds coté suédois EQT. Pour La Tribune, ils livrent leur regard sur les marchés et la sortie de crise et plaident en faveur de nouveaux outils...... aider les entreprises à trouver des fonds propres alors qu'ils viennent d'introduire en Bourse le plus important SPAC européen.
LA TRIBUNE - Un an après le début de la crise sanitaire, faut-il craindre une prochaine vague de faillite des entreprises ?
ANTOINE FLAMARION - Des entreprises déjà fragilisées avant la crise risquent en effet de ne pas résister une fois que le ballon d'oxygène des aides publiques se tarira. Dans la période post-Covid, les entreprises auront cruellement besoin de fonds propres et il n'est pas certain que les banques puissent seules répondre à toute la demande de financement. Il existe pourtant de nombreux outils pour drainer l'épargne vers les entreprises, et des acteurs non bancaires comme Tikehau Capital peuvent jouer un rôle important en sortie de crise. Nous sommes convaincus qu'il sortira de cette crise de nombreuses opportunités.
MATHIEU CHABRAN - Il y a toujours eu en France un problème dans le « late stage financing» pour les grosses PME ou les ETI. Vous trouvez tous les fonds nécessaires pour acheter une entreprise à dix milliards d'euros mais il existe un grand vide lorsqu'il s'agit d'apporter 200 ou 300 millions d'euros de capitaux pour accompagner le développement d'une société. La crise n'a fait qu'exacerber les choses.
Investir dans une période où l'argent n'a plus réellement de valeur n'est-il pas devenu dangereux ?
AF. Nous clamons depuis deux ans que les valorisations sont sans doute excessives et que l'endettement des sociétés s'emballe. Et, pourtant, les prix des actifs continuent de monter. Nous avons sans doute sous-estimé l'impact des injections massives de liquidités par les banques centrales. Cela crée un effet de richesse des détenteurs de patrimoines financiers que l'on ne souligne pas assez. C'est pourquoi nous avons été prudents dans nos investissements et que nos fonds sont granulaires pour mieux disperser les risques.
MC. Notre métier est de financer les entreprises. Mais nous comptons sur notre différence pour faire la différence ! Notre spécificité est de privilégier une approche entrepreneuriale dans nos investissements, ce qui n'est pas si courant dans le monde de la finance, du moins en Europe. Nous sommes finalement des entrepreneurs à l'écoute d'autres entrepreneurs. Du coup, nous restons très à l'écoute des besoins des chefs d'entreprise, très présents dans leur développement et accommodants quand il faut l'être. C'est également la raison pour laquelle nous investissons beaucoup dans notre infrastructure, avec douze bureaux sur trois continents et 600 collaborateurs, sans parler de notre actionnariat. C'est notre marque de fabrique et cela nous permet de rester constamment à l'écoute de ce qu'il se passe.
Eric Benhamou et Philippe Mabille