Scandale Wirecard : l'avenir de la fintech bavaroise en question après la démission du patron

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Markus Braun, président et fondateur de Wirecard, a démissionné de son poste la semaine dernière alors que l'entreprise fait l'objet d'une enquête pénale. En cause, une fraude supposée de près de 2 milliards d'euros.
Markus Braun, président et fondateur de Wirecard, a démissionné de son poste la semaine dernière alors que l'entreprise fait l'objet d'une enquête pénale. En cause, une fraude supposée de près de 2 milliards d'euros. (Crédits : MICHAEL DALDER)
La fintech Wirecard est soupçonnée d'une fraude de près de 2 milliards d'euros. La semaine dernière, elle a reporté, pour la quatrième fois, la publication de ses comptes 2019. En discussion avec les banques, elle risque de se voir retirer des lignes de crédits pour plus de 2 milliards d'euros. L'entreprise compte plus de 300.000 clients dans le monde.

Markus Braun semblait irremplaçable en tant que président-fondateur de la fintech Wirecard, mais son départ soudain sur fond de scandale financier sans précédent sème le doute sur l'avenir de la jeune entreprise bavaroise.

M. Braun, Autrichien de 51 ans, a lancé en 1999 sa start-up qui servait au départ d'intermédiaire dans des paiements en ligne réalisés pour l'industrie du porno et des jeux en ligne. La "success story" l'a amené à devenir un prestataire international avec près de 6.000 salariés et 26 succursales dans le monde, la montée au Dax comme point d'orgue à l'automne 2018, l'indice rassemblant l'élite boursière allemande.

Mais tout s'est vite dégradé depuis. Plusieurs articles du Financial Times publiés à partir de début 2019 et alléguant pour l'essentiel de fraudes dans la région asiatique, ont amorcé la plongée du titre en Bourse. Le coup de grâce pour M. Braun aura été l'annonce jeudi matin d'un report in extremis de la présentation du bilan de 2019 prévue le même jour, le quatrième report depuis mars. En cause, une fraude supposée de près de 2 milliards d'euros inscrits sur des comptes de séquestre au bilan et dont les auditeurs de l'entreprise n'ont pas pu à ce jour certifier l'existence.

Discussions avec les banques

Ces annonces ont provoqué un sauve-qui-peut chez les investisseurs, l'action Wirecard perdant les trois-quarts de sa valeur en deux jours: vendredi, elle a lâché 35,29% pour finir à 25,82 euros après avoir chuté de 62% jeudi.

L'Américain James Freis, nommé jeudi soir membre du directoire pour coiffer le département Conformité, a été désigné président par intérim "avec le seul pouvoir de représentation", selon un communiqué de la firme.

Or le temps presse pour la société bavaroise, qui déclare vendredi être en "pourparlers constructifs avec ses banques prêteuses" alors qu'elle est sous la menace de se voir retirer des lignes de crédits pour plus de 2 milliards d'euros si elle ne présente pas vendredi de comptes certifiés par les auditeurs d'Ernst & Young.

Le risque d'une hémorragie de clients

Après avoir perdu la confiance du marché, peut-être celle des banques, le pire serait que Wirecard subisse une hémorragie de clients, au nombre de plus de 300.000 dans le monde.

"Si les clients perçoivent des +signaux d'alarme+ et se mettent à douter, ce qui pourrait bien être le cas après les développements des 26 dernières heures, Wirecard pourrait en perdre beaucoup", met en garde Jochen Stanzl, analyste chez CMC Market.

Car les indices d'une fraude massive se sont épaissis vendredi, alors que la première banque des Philippines, BDO, dont il a été supposé qu'elle gérait pour Wirecard un des comptes suspects, a indiqué que "Wirecard n'est pas un client de la banque." Un document alléguant l'existence d'un compte Wirecard auprès de BDO "est un faux comportant de fausses signatures d'agents de banque", a ajouté l'établissement dans un communiqué obtenu par l'AFP.

Ces comptes, alimentés pour acheminer des paiements en ligne pour des clients, auraient affiché un actif de 1,9 milliard d'euros. Sauf que les auditeurs doutent que cette somme, équivalent à un quart du bilan du groupe, existe réellement.

Enquête pénale

Markus Braun ainsi que les autres membres du directoire sont déjà tous dans le collimateur de la justice. Le parquet de Munich mène depuis juin une enquête pénale à leur encontre sur des soupçons de manipulation de cours. A l'origine, le cabinet d'audit KPMG, mandaté pour une expertise sur les comptes des années 2016 à 2018. Il s'est dit incapable de valider certaines activités de paiement réalisées par des sociétés tierces au nom de Wirecard.

Cette dernière avait pourtant tenté au printemps de présenter l'audit à venir sous un jour favorable. Les dernières informations connues sont désormais intégrées dans l'enquête du parquet en vue d'éventuelles nouvelles poursuites, a indiqué vendredi cette autorité à l'AFP.

Par ailleurs, le gestionnaire de Fonds DWS "va porter plainte contre Wirecard et Markus Braun", a indiqué un porte-parole.

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Commentaires
a écrit le 24/06/2020 à 4:45 :
Voir ce jour la quote du titre. Vertigineux, bcp vont perdre de l'argent .....fictif.
a écrit le 23/06/2020 à 15:33 :
Josyane et Jean-Noël du GIE carte bancaire, doivent bien rigoler avec leurs tricots en laine et leurs chaussures Mephisto ... :-)
a écrit le 23/06/2020 à 10:50 :
Un service qui commence ses activités dans les secteurs de la pornographie et des jeux en ligne, c'est la porte ouverte aux mafias.
Et les banques ont suivi...ce qui pourrait laisser penser que les banques sont les complices des mafias. L'activité de banquier n'est elle pas au fond mafieuse ?Rothschild, HSBC, SG, BNP Paribas, Deutsche Bank...toutes les banques Suisses, Américaines, Chinoises, Anglaises, Italiennes, Néerlandaises, Irlandaises celles des Paradis Fiscaux. La liste est longue, toute la liste, toutes les banques sont plus ou moins (et pour certaines) plus mafieuses que d'autres.
Réponse de le 24/06/2020 à 19:06 :
Celui qui s'est le plus enrichi dans le secteur de la pornographie en ligne en France est... Xavier Niel, devenu riche grâce au minitel-rose.

-Aujourd'hui détenteur d'une licence telephonique d'état (free via Iliad)
-Premier Soutien d'Emmanuel Macron. (chronologiquement)
-Devenu recemment gendre de Bernard Arnault, première fortune française et troisième fortune mondiale.
-Principal investisseur Français dans la future monnaie Facebook.
-Actionnaire dans beaucoup de médias français.

Je ne me permettrait pas de traiter tous ces hommes de mafieux. voyons.
a écrit le 23/06/2020 à 9:57 :
Le scandale et la honte : c'est l' accord que le Crédit Agricole a passé avec Wirecard.

1) scandale financier : comment une banque (dont c'est le métier) de cette taille, a t elle pu ne pas voir de tels agissements ?

2) scandale technologique, pourquoi le CA 2iéme banque française, a t il choisit cette technologie outre Rhin ?
pourtant ce n' est pas les fintechs de qualité qui manquent dans l' Hexagone.

Il est urgent que le gouvernement et les autorités économiques compétentes regardent de près cet accord financier et technologique. et que CA en tire les conséquences stratégiques avant quil ne faille passer des centaines de millions d'euros en pertes et profit.
a écrit le 23/06/2020 à 7:02 :
D'après les infos c'est du Madoff 2.0 !
a écrit le 22/06/2020 à 18:05 :
les médias comparent Wirecard à Enron car les 1.9 milliards d'Euros de trésorerie n’existeraient pas,c'était du pipeau...
a écrit le 22/06/2020 à 10:06 :
Je lisais un ancien article sur BFM, " progression 2115%" ... la chute est vertigineuse, les cryptos machins, non merci !
a écrit le 22/06/2020 à 10:02 :
Plutôt "pouvoir de représentation unique" (c'est à dire autorité à négocier et signer seul, pas forcément courant en Allemagne)) que "seul pouvoir de représentation".

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