Des centaines de milliers d'emplois « verts » : mythe ou réalité ?

Selon le président de l'Ademe, Arnaud Leroy, l'impact de la transition écologique est positif sur l'emploi, avec l'espoir de 900.000 emplois verts supplémentaires en 2050. Les principaux gisements se trouvent dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique des bâtiments et la mobilité. Mais il souligne la difficulté de les quantifier avec exactitude.
Dominique Pialot

6 mn

La formation d'une main-d'oeuvre qualifiée afin de répondre à la montée du business verts est un des enjeux majeurs des prochaines années.
La formation d'une main-d'oeuvre qualifiée afin de répondre à la montée du business verts est un des enjeux majeurs des prochaines années. (Crédits : iStock)

L'argument de l'emploi est agité aussi bien par les promoteurs de la transition écologique, dès lors baptisée « croissance verte », que par les tenants de l'immobilisme, au nom des destructions d'emplois qu'elle entraînerait inéluctablement. Il est vrai que le sujet est particulièrement sensible dans un contexte où le chômage touche près de 10% de la population active. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), bras armé de l'État pour la mise en oeuvre des politiques publiques en la matière, produit régulièrement des études prospectives s'efforçant d'évaluer le résultat de la transition écologique sur le marché de l'emploi, tant sur le plan qualitatif que quantitatif.

Elle a publié, en septembre 2018, deux focus, sur les Hauts-de-France et l'Occitanie. Ces études montrent que le gros des créations d'emplois se situe dans les énergies renouvelables (notamment bois-énergie et méthanisation), la rénovation thermique des bâtiments et la mobilité, à la fois dans les transports collectifs et dans l'installation de bornes de recharges électriques. Dans le même temps, l'Ademe anticipe des pertes d'emplois dans l'entretien et la réparation des automobiles ainsi que dans le transport routier de marchandises.

Mais une transition énergétique volontariste telle que celle voulue par la Région Occitanie, qui ambitionne de devenir d'ici à 2050 une RéPOS (région à énergie positive), produisant plus d'énergie qu'elle n'en consommera, aura un impact plus transversal. En effet, elle générera selon l'Ademe une hausse de 2% du PIB régional d'ici à 2030 et de 3,9% d'ici à 2050, une baisse de la facture énergétique des ménages de 56% d'ici à 2050 et donc une augmentation de leur pouvoir d'achat. Et cela profitera à l'ensemble des secteurs économiques, en particulier la construction, les transports de passagers et les services marchands.

À partir de ces deux études de cas, l'Agence déduit que la transition énergétique pourrait créer « jusqu'à 900.000 emplois en France d'ici à 2050 ».

« On observe un certain conservatisme sur ce sujet », regrette Arnaud Leroy, président de l'Ademe depuis mars 2018. Mais il reconnaît aussi des erreurs de communication par le passé, et une attitude spéculative sur la création d'emplois, notamment dans l'éolien et le solaire, « qui n'ont pas répondu aux attentes, en tout cas pas celles des élus ». Il n'en reste pas moins que dans certains secteurs, par exemple l'agriculture bio, le potentiel de création d'emplois est impressionnant. La conversion des exploitations françaises a généré une hausse de près de 12% des effectifs entre 2015 et 2016. Au-delà des chiffres, la transition écologique, ce sont aussi de nombreux emplois qui n'existaient pas hier, comme, à titre d'exemple, les maîtres composteurs, qui travaillent sur la composition des intrants dans les méthaniseurs.

Mais les métiers nouveaux ne sont pas les seuls à ne pas être répertoriés parmi les emplois verts. « L'appareil statistique aussi doit transitionner », insiste Arnaud Leroy, regrettant une nomenclature datant des années 1950. C'est d'ailleurs l'objet des travaux menés par l'Ademe Île-de-France avec le Partenariat pour l'excellence des écoentreprises (Pexe) pour élaborer un référentiel des éco-entreprises. Le déficit actuel de nomenclature rend difficile, pour ne pas dire impossible, l'obtention de statistiques fiables portant sur les emplois verts.

Pourtant, sur le terrain, « on voit vraiment les choses bouger », affirme le président de l'Ademe. De nouveaux marchés se développent, sur lesquels la demande est réelle. Ce sont parfois de petits marchés, mais qui connaissent une croissance forte. Une hausse de 9 à 20 % pour l'agriculture bio, par exemple, nettement plus en forme que le secteur des céréales, exposé à tous les vents de la mondialisation, celui du lait ou celui de l'élevage.

Et de nombreuses filières « vertes » ont du mal à recruter. Dans l'éolien par exemple, le métier de soudeur est en tension. Or on en emploie également dans la chaudronnerie ou la construction navale.

« Dans la biomasse forestière, il y a un vrai problème de main-d'oeuvre, insiste Arnaud Leroy. Et dans la chimie verte, certaines entreprises financent elles-mêmes les formations, car c'est pour elles un enjeu de survie. »

Sensibiliser les artisans

En mai dernier, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et la haut-commissaire à la transformation des compétences, lançaient un programme baptisé 10Kvert, destiné à « favoriser l'accès des jeunes et des demandeurs d'emploi aux emplois verts et verdissants » et visant la formation de 10.000 personnes à ces métiers. En parallèle, la ministre et Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique, confiaient une mission à Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, afin de bâtir le plan de programmation de l'emploi et des compétences prévu par la loi de transition énergétique. Dans le même temps, insiste Arnaud Leroy, « sur le glissement vers des emplois plus verts, il faut entendre les syndicats ».

Les labels Qualibat ou RGE (« reconnu garant de l'environnement ») ont précisément été créés pour favoriser la formation de main-d'oeuvre qualifiée, mais encore faut-il que les choses suivent. Ainsi, dans les régions littorales ou plus largement touristiques, la rénovation thermique de l'habitat se trouve en concurrence avec le business beaucoup plus lucratif de la rénovation des maisons secondaires. Peut-être faudrait-il envisager, dans ces régions, de revaloriser ces opérations ?

Pour Arnaud Leroy, « il faut surtout former des générations d'artisans qui soient sensibles à ces sujets ». L'Ademe y travaille avec les lycées professionnels, les chambres des métiers, les CCI... Son président se réjouit de la pétition « Manifeste pour un réveil écologique » lancée dans la foulée du dernier rapport du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), signée par quelque 13 000 étudiants des grandes écoles françaises, qui par ce geste s'engagent à ne jamais travailler pour une entreprise polluante. « C'est bien la preuve que les emplois de la transition sont les emplois du futur. »

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Déjà 4 millions d'emplois dans les métiers de l'environnement

En 2016, les éco-activités et le secteur environnemental représentaient 456 000 emplois, soit 1,8 % de la population active. Entre 2015 et 2016, ses effectifs ont enregistré une augmentation de 0,5 %, principalement grâce aux conversions des exploitations françaises à l'agriculture biologique, qui emploie 32 264 travailleurs, en hausse de 11,7 % sur un an. La gestion des déchets (84 550 emplois) et la gestion de l'eau (66 800 emplois) sont les deux autres secteurs gros pourvoyeurs d'emplois. Globalement, l'ensemble des professions à finalité environnementale (les emplois verts) ou dont l'exercice évolue avec les préoccupations environnementales (les emplois verdissants), représentent 4 millions d'emplois en France.

Dominique Pialot

6 mn

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Commentaires 38
à écrit le 01/12/2018 à 13:26
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Ah les emplois verts. Le potentiel existe, c'est indiscutable. Ce qui est déstabilisant dans ces secteur c'est la forte dépendance aux décisions politiques. Changeantes, alternant euphorie parfois exagérée, jusqu'à la cyclothymie, vœux pieux et crit...

à écrit le 01/12/2018 à 10:01
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Les emplois dans l'agriculture bio sont des emplois peu qualifiés, mal payés, mais surtout peu durables: dans un premier temps, ils coutent cher à la collectivité (compte tenu des aides qui les accompagnent), et dans un deuxième temps, ils couteront ...

à écrit le 01/12/2018 à 8:33
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Arrêtons avec ces sempiternels emplois verts non délocalisables. Une grande partie des travaux d'isolation sont faits par des sociétés commerciales françaises qui pour maximiser leur profit font sous-traiter les travaux de pose par des sociétés d'int...

à écrit le 30/11/2018 à 17:41
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Zéro emplois crées:tout se fera avec des robots grace a l'intelligence artificielle

à écrit le 30/11/2018 à 17:29
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Peut être des milliers d'emploi, mais a priori pas en France. Ainsi une part très importante des panneau solaire viens de chine, tout comme les batterie des véhicules électrique. La France a par ailleurs revendu ses activité énergétique d’Alstom (gé...

le 30/11/2018 à 18:02
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vous avez effectivement raison mais il ne s'agit pas d'une question de compétence , seulement une question de coût de revient et nous sommes au coeur du problème dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres. La mondialisation a des effets pervers car...

à écrit le 30/11/2018 à 15:24
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Les meilleurs emplois seraient ceux pour la construction de centrales nucléaires au Thorium !

à écrit le 30/11/2018 à 14:47
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La photo de la charpente en construction est une "vraie" charpente faite pour durer des dizaines voire quelques centaines d'années. Durable donc. Ce n'est pas ce qui se fait actuellement dans la construction, avec des charpentes industrielles dont l...

le 30/11/2018 à 16:26
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"une "vraie" charpente faite pour durer des dizaines voire quelques centaines d'années". Termite ou réalité ?

à écrit le 30/11/2018 à 14:14
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Pour l' instant , on a déjà claqué 144 Md d' euros en ventilo pour 5% de l' électricité . Faite le calcul quand tout le parc automobile sera électrique.....On en n' a pas fini avec les taxes !

à écrit le 30/11/2018 à 14:11
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Les études des pays les plus avancés en transition énergétique donne chaque fois un solde "d'emplois nets" positif. Pour la France on importe en moyenne 56 milliards d'euros pas an d'énergies fossiles donc faire revenir cette somme dans le pays où l'...

à écrit le 30/11/2018 à 13:48
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Il y a juste un problème que les écologistes ne veulent pas voir, un énorme problème. Le pétrole est une énergie brute facilement transportable, qui produit 10 KwH par litre, ou je veux quand je veux. L'uranium est encore plus puissant bien que dang...

à écrit le 30/11/2018 à 13:40
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L'espoir fait vivre. Je dirai que c'est faux pour plusieurs raisons : ce n'est qu'un transfert de main d’œuvre d'un secteur à l'autre, ensuite, du fait de nouvelles qualif nécessaires, le solde d'emploi créé par rapport à ceux détruit sera forcément ...

à écrit le 30/11/2018 à 13:31
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Du vert au noir , ça fait quelle couleur ?

à écrit le 30/11/2018 à 13:24
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Ce qui est sur c’est qu’un monde sans pétrole ni charbon c’est un monde où on produira moins de choses donc Moins besoin de travail pour les produire ... alors faire des plans sur la comète...

à écrit le 30/11/2018 à 12:51
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Qui va payer cette croissance de cette demande crée par décret du gouvernement? Pour un logement à 500 euros par mois la mise en conformité du chauffage et isolation coûte 18000 euros soit 3 ans de loyer. Ce sont des emplois qui coûtent cher au cont...

le 30/11/2018 à 14:03
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@ Boule : dans une isolation extérieure à 18.000 euros vous avez une part importante qui concerne aussi le ravalement obligatoire tous les 10 ans et nécessaire à la durabilité de l'habitat De plus elle participe à la valorisation de l'habitat en plus...

le 01/12/2018 à 8:27
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@ Polytech: ma maison de plus de 30 ans, correctement isolée, n'a jamais été ravalée, et n'en a pas besoin

à écrit le 30/11/2018 à 12:04
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"le gros des emplois se situent dans les énergies renouvelables ,à savoir bois-énergie et méthanisation".Première remarque le bois-énergie est le plus toxique de tous les combustibles, il génère une foule de produits cancérogènes de classe 1, il dev...

à écrit le 30/11/2018 à 11:44
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900000 emplois verts en 2050. Oui ,pourquoi pas, mais les 4 millions de chômeurs en 2018 n'auront plus droit aux indemnités à cette échéance !!!

à écrit le 30/11/2018 à 11:42
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900000 emplois verts en 2050. Oui ,pourquoi pas, mais les 4 millions de chômeurs en 2018 n'auront plus droit aux indemnités à cette échéance !!!

à écrit le 30/11/2018 à 11:37
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La vérité est certainement ailleurs: nos gouvernements n'ont jamais vraiment voulu reconnaître que la hausse des coûts de fabrication due à celle du pétrole nécessitait une médecine de cheval; il fallait contenir les salaires pour sauver les marges e...

à écrit le 30/11/2018 à 10:28
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selon le conseil d'orientation des retraites, si le chomage baisse a 4% et qu'il y a 8% de croissance les 30 prochaines annees, le regime des retraites a la francaise est parfaitement equilibre.... les chiffres qui viennent de nulle part, ca n'engag...

à écrit le 30/11/2018 à 10:19
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Des milliers d'emplois pour les travailleurs détachés afin d'imposer une concurrence dans le but de supprimer la sécurité sociale, a terme. Adieu l'Europe sociale!

à écrit le 30/11/2018 à 10:15
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Je ne penses pas qu'isoler les habitations avec des matériaux de synthèse soit très écologique. Le réchauffement climatique fait en plus baisser la facture de chauffage. Il faut tout miser sur une production d'énergie propre et pérenne. Et jusqu'à pr...

à écrit le 30/11/2018 à 10:11
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Quelques obsevations: les métiers de l'eau et des déchets sont mis dans l'environnement? alors en 1960 les éboueurs et les regies de l'eau etaient dans quel secteur? Les panneaux solaires sont fabriquées à l'étranger mais pire encore, suite au racha...

à écrit le 30/11/2018 à 10:02
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Bonjour, Vous mettez quoi dans "emploi verdissant"? Tout et n'importe quoi? Parce que 4 millions d'emploi ça fait presque 1 travailleur sur 7 en France! Si vous y mettez les jardiniers ça devient un peu du foutage de gueule!

à écrit le 30/11/2018 à 9:46
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Bonjour, Vous mettez quoi dans "emploi verdissant"? Tout et n'importe quoi? Parce que 4 millions d'emploi ça fait presque 1 travailleur sur 7 en France! Si vous y mettez les jardiniers ça devient un peu du foutage de gueule!

à écrit le 30/11/2018 à 9:44
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Pour les soudeurs, oui il y a une tension mais non, ça ne vaut pas la peine de se former. Les directives européennes font que si un marché devient rentable pour un travailleur, on fait venir des travailleurs moins payés de l’etranger. C’est méchant d...

à écrit le 30/11/2018 à 9:40
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L'absence de structures destinées à réunir des spécialistes des ENR, dispenser formation des jeunes et moins jeunes aux métiers d'avenir, offrant simultanément aux quidams la possibilité de s'informer sur les réelles possibilités offertes pa...

le 30/11/2018 à 15:04
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"En même temps" je me demande si cette absence de diffusion des connaissances et de la formation sur les ENR n'est pas voulue, car s'il y avait plus de monde qui en comprenait les enjeux et limites, et qu'elles sont loin d'être la panacée qu'on veut ...

à écrit le 30/11/2018 à 8:56
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Sans volonté politique il ne peut pas y avoir de dynamique or nos politiciens sont formatés à exécuter les ordres des actionnaires milliardaires, ceux-ci repus aux subventions d'état et à imposer aux citoyens leurs intérêts ne peuvent plus, d'eux-mêm...

le 30/11/2018 à 10:37
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Ca me parait une vision assez réductrice. En fait la "transition écologique" enrichira (peut être) d'autres actionnaires milliardaires qui seront aussi repus aux subventions étatiques, sinon bien plus encore qu'actuellement. Et ce seront peut être mê...

le 30/11/2018 à 10:55
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"Mon point de vue est que si transition écologique il doit y avoir, elle doit se faire dans un cadre où il ne doit pas y avoir de subvention," Ok mais dans ce cas il est indispensable de cesser toutes les autres subventions aux multinationales et...

le 30/11/2018 à 13:41
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Mais que faites vous en douce FRANCE . Rejoignez la Corée du NORD : vous y serez heureux et nous aussi de ne plus voir vos posts.

le 30/11/2018 à 14:59
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j'avoue avoir du mal à voir de dont vous parlez quand vous voyez des subventions étatiques aux multinationales. Des exemples SVP.

le 30/11/2018 à 18:03
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"j'avoue avoir du mal à voir de dont vous parlez quand vous voyez des subventions étatiques aux multinationales. Des exemples SVP. " Non mais vous rigolez ? Je viens d'exprimer clairement tous les doutes que j'ai sur vous et vous faites sembl...

le 30/11/2018 à 19:01
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@ multipseudos: "Rejoignez la Corée du NORD : vous y serez heureux et nous aussi de ne plus voir vos posts." Vous savez qu'avec internet je pourrais encore commenter ? Si si je vous le garantie. Votre trollage flagrant est signalé, j'atte...

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