SALBRIS (41). Le fabricant aéronautique, qui fournit à la fois l’aviation civile et militaire française, compte devenir un équipementier de taille européenne. Une nécessité dans le contexte économique chahuté de la filière.La récente cérémonie de remise du 21.000e palonnier à Raphaël Duflos, vice-président d'Airbus, sur le site du Loir-et-Cher de Rafaut sonne comme une reconnaissance pour l'équipementier aéronautique fondé en 1960. L'ETI, qui emploie environ 350 salariés dans sept usines et a réalisé 90 millions d'euros de chiffre d'affaires, est depuis 1989 le fournisseur unique de cette interface de commande de direction dans les A320 et A330. Rafaut vise à moyen terme de nouveaux clients pour ces assemblages complexes, en premier lieu Boeing, l'autre géant aéronautique.
Reconnu comme un acteur de premier rang par les avionneurs français, la société table d'ici 2025 sur une implantation internationale. « Si l'aviation civile s'est effondrée brutalement de 35% entre janvier 2020 et janvier 2019 en raison de la crise sanitaire, le groupe mise sur une reprise des courts et moyens courriers fin 2021, assure Bruno Berthet, président de Rafaut. Nous irons donc chercher de nouveaux marchés dès le redémarrage de l'activité », prévoit-il.
Pour amortir la rupture brutale des commandes civiles, l'équipementier a largement réorienté en 2020 sa production en direction de l'aviation de défense, peu touchée. Via notamment la fourniture d'emports de bombes et de missiles de croisière Scalp, ainsi que des pylônes de voilure pour les Rafale, elle représente désormais 60% des recettes du groupe. Ces systèmes de commande de vol font fonction d'éjecteurs aussi bien pour les armes que pour les réservoirs de carburant également produits par Rafaut. Soutenue par le plan de relance gouvernemental en faveur de la filière, la stratégie de bascule a permis de limiter l'activité partielle à 20% et d'éviter la mise en place d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).
Dimension européenne
La volonté de Rafaut de sortir des frontières de l'Hexagone dans l'aéronautique civile s'exprime également côté militaire. Fournisseur de Dassault, mais aussi d'autres avionneurs de combat comme le britannique Jaguar, le russe Sukhoï, le groupe discute à présent avec l'indien Tejas. Également en ligne de mire, le futur système de système SCAF développé par l'Allemagne, la France et l'Espagne et qui succédera au Rafale et au Typhoon (consortium Eurofighter). Le rachat le 12 janvier de Secapem s'inscrit dans cette politique affirmée de croissance extérieure.
Guillaume Fischer, à Tours