"Dans la perspective d'un futur LBO, Materne se réjouit de l'intérêt de Danone pour la compote"

Michel Larroche, patron du fabricant de compotes (Mont-Blanc/Materne), qui vient d'être racheté par le fonds d'investissements LBO France, expose sa stratégie.
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Pourquoi Materne a-t-elle eu besoin de changer de fonds d'investissements comme actionnaire ?

Après sept ans passés à nous soutenir, Activa avait besoin de sortir au moment où nous-mêmes avions besoin de plus d'investissements pour nous développer à l'international. En face, LBO France a proposé 190 millions d'euros, soit l'équivalent de notre chiffre d'affaires ; une somme suffisante pour rendre les actionnaires heureux sans mettre une barre trop haute à rentabiliser. Nous n'avons pas sollicité d'industriels, type Danone ou Pepsi, jugeant plus important de leur prouver d'abord notre capacité à internationaliser l'entreprise.

Pourtant, Danone s'intéresse de près aux fruits ?

Oui, et c'est très bien, car cela contribue à notre croissance. Danone a lancé une compote avec édulcorant à sa marque Taillefine. Elle rencontre un certain succès, grâce à un soutien publicitaire d'environ 10 millions d'euros, un montant équivalent à trois ans d'investissements pour toute la filière française ! Son Fruitpote pour enfant est, en revanche, un échec. Dans la perspective d'un futur LBO, je ne peux que me réjouir de l'intérêt de Danone pour la compote, mais aussi de celui de Coca-Cola, qui a lancé une compote Minute Maid au Japon ou encore de Heinz, qui propose des compotes en gourde en Angleterre. Dans quelques années, ça leur coûtera moins cher de racheter une société comme la nôtre que de se développer seuls.

Quelle a été votre stratégie sur Materne depuis qu'Activa l'a racheté à Lion Capital en 2006 ?

Nous l'avons d'abord recentrée sur la compote en revendant, en 2007, l'activité confiture à marques de distributeur à Andros pour 10 millions d'euros. Depuis, nous avons réinvesti 27 millions d'euros sur l'outil industriel afin d'améliorer la qualité de nos marques à forte croissance. Nous avons ainsi pu proposer une Confipote composée à 65% de fruits au lieu de 50%. Surtout, nous avons commencé à exporter les gourdes pour enfants Pom'Potes aux Etats-Unis. Les gourdes ont représenté 80% de la croissance du marché en France entre 1997 et 2010. Le concept appliqué outre-Atlantique, un marché où le format n'existe pas, peut représenter un vrai jackpot. Mais les débuts via l'exportation n'ont pas été faciles et nous ne réalisons encore que 5% de nos ventes à l'international, alors que nous souhaitons atteindre 10% à 15% d'ici à la fin 2011.

D'où le besoin de changer de fonds ?

Oui, car nous venons de rentrer depuis trois semaines chez Wal-Mart. Du coup, nous mettons en place une production locale entre Detroit et Chicago, une région de culture de pommes. L'idée est de bien se développer aux Etats-Unis et au Canada, avant de populariser le snack fruitier dans des pays comme Israël ou l'Europe du Sud et du Nord, où la culture compote n'existe pas. L'international pourrait atteindre 50% des ventes dans les cinq ans. Mais la France, où les gourdes progressent encore de 20% sur un marché en hausse de 5%, a encore un grand potentiel. Nous y lançons notamment des gourdes pour adultes.

Yoplait est à vendre, que vous inspire le départ de nos fleurons nationaux à l'étranger ?

J'espère que Lactalis a encore sa chance, car je trouverais dommage que General Mills ou un autre étranger l'emporte. Même si pour l'agroalimentaire, il y a peu de délocalisations. Mais le problème vient d'un manque de compétitivité de notre agriculture. Les saisonniers qui ramassent les pommes étaient encore récemment payés 12 euros en France, contre 7 euros en Allemagne. La filière laitière, quant à elle, n'est pas suffisamment structurée. Il faudrait un plan Marshall des pouvoirs publics pour doubler la taille des exploitations, avec des aides à la reconversion.

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