Comment le lobby du vin travaille en coulisse pour échapper à la taxe sur les alcools

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Les fabricants d'alcool fort demandent l'élargissement de la nouvelle taxe gouvernementale aux vins et aux bières. Mais ils se heurtent à un lobbying très puissant. Récit.

Défense de l'équité d'un côté, mise en avant du patrimoine culturel et des terroirs de l'autre. Il n'y a pas que les lobbys des sodas qui ont fort à faire en ce moment. Ceux des vignerons et des spiritueux ne chôment pas non plus. En cause, la taxe sur les alcools forts proposée par le gouvernement fin août, toujours en cours de discussion à l'Assemblée. Censée rapporter 340 millions d'euros à l'État, elle ne concerne que les boissons dont le degré d'alcool est supérieur à 18 degrés.

Côté spiritueux, la coupe est pleine. « Nous sommes tous d'accord pour participer à la réduction des déficits publics mais le gouvernement se fiche de l'équité et ne stigmatise les spiritueux que par peur des troubles publics que pourraient faire les vignerons en période électorale », s'insurge le président de la Fédération française des spiritueux, Jean-Pierre Lacarrière. Ces alcools dits forts ont déjà subi deux salves de hausse de leur droit d'accise en 1993 et 1997, alors que les vins n'ont pas été sollicités depuis 1982. Du coup, les impôts divers (droit d'accise, de consommation, cotisation à la sécurité sociale) représentent 80 % des 12 euros dépensés par le consommateur pour s'offrir sa bouteille de Ricard ou de Martini. « Alors que les spiritueux ne représentent que 22 % des volumes d'alcool pur consommés en France », s'énerve un industriel. Lui et les autres producteurs de spiritueux réclament donc un élargissement de l'assiette de la taxe aux vins et à la bière.

« 45.000 morts par an »

C'est sans compter le lobby ultra puissant des viticulteurs. Ce mardi, le député du Bas-Rhin, Yves Bur, a proposé cet élargissement à la commission des affaires sociales. Immédiatement rejeté. « Je ne m'imaginais pas un instant qu'il serait voté, souffle Yves Bur à « La Tribune », mais je voulais souligner l'incohérence de notre politique de santé publique, qui préfère oublier la majorité des boissons alcoolisées, alors même que l'on dénombre 45.000 morts liés à l'alcool chaque année en France. » Son amendement aurait rapporté 50 millions d'euros supplémentaires. Insuffisant pour l'exécutif face au risque de manifestation dans toute la France. Ce mercredi, dans « une note confidentielle à ne pas diffuser », le maire de Beaune, Alain Suguenot, demandait même à tous les députés amis du vin de se réunir avant la séance de question-réponse de l'Assemblée pour parer à toute nouvelle tentative venant de « collègues irresponsables ».

Les associations professionnelles des vins de Bordeaux ou des pays d'Oc, d'habitude si volubiles, ont, elles, préféré ne pas répondre à nos questions. Seule l'association de défense baptisée Vin et Société rappelle que le vin paie déjà 1 milliard d'euros de taxe et apporte 6 milliards à la balance commerciale et qu'il serait donc inadmissible de le mettre dans le même panier que les spiritueux. Comme avec les sodas, ce sera donc aux consommateurs d'effacer l'ardoise. Le prix de la bouteille de pastis, de crème de cassis ou de liqueur devrait croître de près de deux euros. Et au-delà de Pernod Ricard, seul grand groupe à être véritablement touché en France, la menace sur le bilan sera bien réelle pour des centaines de PME, des whisky bretons au génépi des Alpes.

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Commentaires
a écrit le 03/11/2011 à 11:40 :
Je souhaite apporter un éclaircissement sur la taxation des alcools en France. Il y a des erreurs importantes dans cet article...

- Vins Tranquilles ( DONT MARTINI désormais fabriqué avec des vins à forts degrés, aromatisés, sans ajout d'alcool. De ce fait, et par un simple procédé industriel, sa fiscalité a été réduite de 98 % !!!) 0,0355? par Litre, donc bien loin des 80% du prix d'une bouteille à 12?!!!!

-Vins effervescents 0,0878? par Litre

- Produits intermédiaires (DONT Pineau des Charentes) 2,23? par Litre (63 fois plus que le MARTINI, 4 fois plus que le Banyuls)

- Vin doux Naturels (Dont Muscat de Rivesaltes, Banyuls...) 0,54? par Litre

- Alcools à 40%Vol. : 7,66? par Litre à 40%Vol.

- Rhum des DOM : 4,55? (Régime de faveur)

- Bières : 0,0136? à 0,027? par Litre


Une taxation proportionnelle au degré d'alcool serais judicieuse. La preuve les industriels trouvent des solutions pour contourner cette taxation, c'est beaucoup plus compliqué pour un produit issu d'une AOC...
a écrit le 30/10/2011 à 15:10 :
j'aime le vin et j'en consomme une quantité respectable, bien que modérée :),
moi aussi jpj11
mais, c'est bien connu :

l'abus de sodas au volant est bien plus dangereux que l'abus d'alcool.
La faute à qui ? la faute au lobby.

a écrit le 21/10/2011 à 17:10 :
j'aime le vin et j'en consomme une quantité respectable, bien que modérée :)
Celà ne m'empêche en rien d'être conscient des ravages de l'alcoolisme, et d'approuver la taxation des alcools, qui devrait s"appliquer à toutes les boissons alcoolisées au prorata de leur taux d'alcool. Je trouverais normal de payer cette taxe conforme à l'intérêt général, et je suis profondément indigné par les manoeuvres sans principes du lobby viticole ; le corporatisme est une des pires plaies de la vie politique française, et le protectionnisme est une injure au bon sens.
a écrit le 20/10/2011 à 16:57 :
Un lobby ultra puissant ? Mais de qui se moque-t-on ? Je travaille dans la viticulture, et mis à part quelques manifestations qui ont mal tourné en Languedoc Roussillon, je n'ai jamais vu les viticulteurs tout massacrer pour s'opposer à une énième loi asphyxiante.

Si les vins sont moins taxés, on devrait alors se tourner vers les cotisations MSA (La sécu des agriculteurs) imposées à la viticulture qui est une véritable vache à lait depuis les années 80, et paye pour tout le restant (par contre il n'y a certainement pas de lobby céréalier, ils ont eu toutes les subventions européennes comme ça, gratuitement ...)

La viticulture va mal, de nombreux domaines déposent le bilan, des régions entières sont sinistrées (et je ne parle pas que du Beaujolais) et l?État ne songe qu'à sensibiliser les brebis égarées contre les méfaits de l'alcool. Messieurs les spécialistes, il est révolu le temps du petit pinard infâme qui inondait nos régions et les gangrénait d'alcoolisme. Maintenant ce sont les enseignes hard discount qui diffusent des alcools forts (et autres) au prix de l'eau. Si on recensait le nombre de cuites ramassées en France en un an, je serais curieux de savoir quel pourcentage l'a été avec une AOC ou un de ces alcools minables (allant de la bière à 24 cts la canettes aux alcools blancs à 7? la bouteille) vendus dans ce type de magasins.

De plus quand les députés de Côte d'or ou de n'importe quelle autre région viticole s'opposent à des lois qui défavoriseraient leurs administrés, où est le mal ? Ce sont des élus qui travaillent pour leurs électeurs. D'ailleurs je ne pense pas que Meursault soit un haut lieu de la débauche et une cause principale de l'alcoolisme. Qu'un député bourguignon défende la viticulture est normal puisque l'économie de la région repose entièrement sur cette activité.

Le seul syndicat actif représentant la viticulture est la Fédération des Vignerons Indépendants. C'est une organisation purement commerciale et qui ne fait aucunement de la politique. D'un autre côté, que les négociants en vin, d'énormes entreprises, essayent de faire la pluie et le beau temps, c'est autre chose. Ils n'ont rien à voir avec les viticulteurs qui sont leurs premières victimes (maintien des cours au plus bas, délais de paiement de plus en plus longs etc...) Les viticulteurs sont des entrepreneurs comme les autres et qui peinent à sortir la tête de l'eau depuis le début des années 90, alors en parler comme d'un syndicat du crime planifiant dans des caves un projet d'alcoolisation de la population révèle une chose. La personne qui a rédigé cet article l'a certainement fait avec de bonnes intentions, mais elle ne connaît rien de son sujet.

Je suis tellement furieux d'avoir lu cet article que mon commentaire doit être très mal écrit, et incomplet ... mais tant pis, comprendra qui veut.
Réponse de le 21/10/2011 à 8:02 :
Et les campagnes de promotion recommandant 2 verres de vin par jour c'est pas la viticulture qui est en à l'origine? De plus vous voulez nous faire croire qu'en tant que producteur de pouilly fuissé vous avez du mal à vivre? arrêtez de nous prendre pour des idiots...
Réponse de le 21/10/2011 à 13:50 :
Je maintiens tout. On peut produire du Pouilly et ne pas être propriétaire de ses vignes (donc les louer à prix d'or). Si on ne possède pas un marché bouteille, on le vent aux négociants qui donnent moins de 3? pour 75cl. (on est loin des 80? des cartes de restaurants qui font des bénefs de 1000%). Venez y faire un tour, il y a des domaines qui tournent bien, et beaucoup d'autres qui sont au bord de la faillite. Je reconnais que le vin finit très cher au niveau du consommateur, mais ne s'enrichissent pas toujours ceux auxquels vous pensez. Vous n'y connaissez donc rien. (pour info je suis au RSA, alors ne me la jouez pas lutte des classes contre les méchants propriétaires terriens)

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