Face à la pandémie d'abord, puis au bouleversement du marché alimentaire mondial causé par la guerre en Ukraine, le gouvernement, mais aussi l'ensemble des candidats à la présidentielle, à l'unisson des principaux syndicats agricoles, n'ont eu cesse de le répéter : la France doit atteindre la souveraineté alimentaire. Elle doit même exploiter au maximum la fertilité de ses terres et la douceur de son climat pour assurer une "mission nourricière" mondiale, pensent certains.
Aujourd'hui, toutefois, le pays est loin d'être indépendant. Malgré un "excédent commercial agro-alimentaire" de 6 milliards d'euros en 2020, la France est largement dépendante des importations d'un large nombre de produits agricoles, nécessaires non seulement pour l'alimentation, mais aussi pour d'autres biens largement consommés par les Français: le bois pour fabriquer du papier ou des meubles, le caoutchouc pour les pneus, le coton pour les vêtements, des céréales ainsi que l'huile de palme et de soja pour les carburants, des plantes pour les produits cosmétiques. Une dépendance qui nécessite l'utilisation à l'étranger de 14 millions d'hectares de terres forestières et cultivées: l'équivalent d'environ un quart de l'Hexagone, calcule une étude publiée mardi par Solagro, cabinet de conseil spécialisé dans l'agroécologie, qui a analysé la période entre 2010 et 2016.
Les importations des produits agricoles sans le bois, elles, représentent 10 millions d'hectares, l'équivalent d'un tiers de la surface agricole utile française. 9,1 millions d'hectares sont nécessaires pour les importations des seuls produits alimentaires.
Ces chiffres montrent l'ampleur non seulement de la dépendance de la France d'autres pays, mais également des échanges qui se cachent derrière l'"l'excédent commercial agro-alimentaire" dont annuellement se targue le pays, note Solagro. Ainsi, en 2015, cet excédent, de 9,3 milliards d'euros, correspondait au solde entre 60,1 milliards d'exportations -portées par les céréales, les vins et les spiritueux, les eaux minérales et les produits laitiers- et 50,8 milliards d'importations.