Alimentation, eau, déchets... L'inquiétude monte dans les services essentiels

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Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a qualifié la protection sanitaire des salariés de gros point noir des mesures prises pour lutter contre la propagation du coronavirus.
Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a qualifié la protection sanitaire des salariés de "gros point noir" des mesures prises pour lutter contre la propagation du coronavirus. (Crédits : Reuters)
Les salariés tenus d'aller travailler s'inquiètent de mesures de protection insuffisantes. L'exécutif appelle à faire preuve de responsabilité, alors que selon les syndicats certains employeurs commencent déjà à exercer des pressions.

Le cri d'alerte a été lancé mercredi par le président délégué du Medef, Patrick Martin. Après l'allocution télévisée du président Emmanuel Macron lundi soir, et le début du confinement de la population mardi à midi, l'attitude des Français face à l'épidémie de coronavirus a forcément changé. Et avec elle, celle des salariés encore tenus de travailler, car indispensables au fonctionnement des services essentiels du pays: l'agroalimentaire, la grande distribution, l'énergie, l'eau, les déchets, les transports.

"De nombreux salariés ont demandé à ce que leurs employeurs prennent des mesures d'activité partielle, sans quoi ils exerceraient un droit de retrait", a déclaré à l'AFP le président délégué du Medef, Patrick Martin.

Le président de la République "n'a pas assez insisté sur la nécessaire continuité de l'activité économique" dans son intervention, a en effet regretté le Medef, en s'inquiétant d'un risque d'arrêt de "la plupart des secteurs d'activité, dont ceux dont l'activité n'a pas été suspendue par les récentes mesures", et appelant les entreprises à "bétonner" la protection sanitaire de leurs employés face aux critiques des syndicats.

"Il commence à y avoir une tension dans un certain nombre de supermarchés, de commerces, en matière de salariés", a reconnu dans la matinée le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, tout en rassurant sur l'absence immédiate de problème d'approvisionnement de la grande distribution.

Manque de gel et de masques

Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent en effet pour déplorer une protection insuffisante des salariés dans les activités toujours en fonction. "Clairement les inquiétudes des salariés viennent des moyens de protection, parce qu'il y a des insuffisances en termes de masques, de gants dans les commerces alimentaires, dans les services de nettoyage des hôpitaux", a expliqué sur France Inter mercredi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui a qualifié la protection sanitaire des salariés de "gros point noir" des mesures prises pour lutter contre la propagation du coronavirus.

"Il faut équiper de manière rapide ces travailleurs qui sont indispensables", a réclamé Laurent Berger.

Mercredi après-midi, les entreprises de l'eau ont d'ailleurs formellement demandé au gouvernement, via leur fédération professionnelle (FP2E), à ce que leurs agents en stations d'épuration soient équipés de masques.

Lire aussi: Eau : les industriels se veulent rassurants

"Toutes les commandes de masques, dont nos salariés ont besoin pour assurer les services essentiels des Français et respecter les mesures de prévention des risques, ont été réquisitionnées", a en effet expliqué Veolia à l'AFP.

"Le décret du 13 mars indique que les professionnels de santé et les patients sont prioritaires pour la distribution des masques", précise le directeur santé-sécurité du groupe, Fréderic Goetz. "Or nous devrions, en tant que professions OIV (Organisation d'importance vitale), bénéficier d'équipements afin d'assurer la continuité de nos services et la protection de nos salariés", ajoute-t-il.

Un sentiment de déclassement

Chez Veolia, le droit de retrait a déjà été "exercé par certains salariés en raison de la pénurie de masques", admet d'ailleurs le groupe. Et l'inquiétude monte aussi dans le secteur des déchets. En Seine-Saint-Denis, chez Otus, filiale de Veolia, le nombre insuffisant de flacons de gel a déjà poussé 18 éboueurs (sur 130 salariés) à exercer leur droit de retrait, rapporte Abdelkader Dif, représentant du personnel CGT, cité par Le Monde. Quant à la logistique, mercredi, le président de l'association de l'Association des industries alimentaires (Ania), Richard Girardot, confiait à l'AFP qu"il y a des droits de retrait qui s'effectuent dans certaines sociétés de transport".

Cette insuffisance des moyens de protection alimente d'ailleurs un sentiment d'injustice et de déclassement face aux cadres, qui peuvent, eux, télé-travailler. Et la crainte d'un exercice de plus en plus du droit de retrait est d'autant plus sensible qu'un certain absentéisme doit déjà être absorbé par les services essentiels, depuis la fermeture des écoles et la réduction des transports.

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Sans compter d'autres difficultés, comme la fermeture des frontières, qui inquiète les producteurs de fruits et de légumes, préoccupés de manquer de main-d'oeuvre pour leurs récoltes. Ou la multiplication des contrôles sur les routes, voire la méfiance de la part des entreprises partenaires, subies par les transporteurs de marchandises.

Un "rôle fondamental pour la vie de la Nation"

Le gouvernement multiplie alors les interventions pour motiver les troupes. Dès mercredi matin, Bruno Le Maire et le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume ont diffusé ensemble un message "d'encouragement et de reconnaissance" aux salariés de l'agroalimentaire. Le même matin, sur BFM Business, Bruno Le Maire a insisté :

"J'invite tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail [...] dans des conditions de sécurité sanitaire maximales".

"Il faut que, de l'agriculteur jusqu'à la grande distribution, aux commerces de détail et aux marchés, les marchandises alimentaires puissent circuler", a-t-il expliqué.

Aujourd'hui, c'était au tour de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, d'envoyer une "lettre ouverte aux agents et salariés de l'énergie, des transports, de l'eau et des déchets", reconnaissant leur "rôle fondamental pour la vie de la Nation", et insistant sur leur "sens des responsabilités" et leur "professionnalisme".

"Depuis le début de la crise, chaque jour, je suis en lien avec vos employeurs et leurs fédérations pour vous permettre de travailler dans les meilleures conditions de sécurité sanitaire. Ma préoccupation première et constante, c'est que l'organisation de votre travail permette le respect des gestes barrières et des distances qui vous protègent", assure Elisabeth Borne

Jeudi, même Emmanuel Macron a fini par intervenir, en exhortant les entreprises et les salariés à poursuivre leur activité "dans le respect des règles de sécurité sanitaire", et en appelant à "la responsabilité civique".

Des pressions sur les salariés

Mais au-delà des exhortations, le gouvernement mise sur l'"état d'urgence sanitaire". Si le Parlement l'autorise jeudi à le déclarer par décret, il pourra en effet prendre par ordonnances des mesures visant à maintenir l'activité dans les entreprises des secteurs essentiels. Pour l'instant, il s'est limité à promettre la mise en oeuvre "dans les délais les plus brefs" de mesures pour "améliorer la fluidité des réapprovisionnements des commerces par la chaîne logistique":

Il s'agit "de permettre aux collaborateurs de se rendre sur le lieu de travail ou de production, de maintenir ouverts de façon dérogatoire les commerces ou services indispensables à la chaîne logistique (stations-service y compris les points alimentaires, les centres routiers, les garages pour les poids-lourds, les équipements sanitaires des aires de service, etc.)", a-t-il précisé.

En attendant, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, tout en saluant les salariés qui vont travailler "avec la boule au ventre", a rappelé jeudi les limites du droit de retrait, qui ne s'applique pas dès lors que l'employeur assure "la sécurité sanitaire qui leur est due".

Les syndicats alertent pour leur part sur des pressions et des abus d'employeurs. S'adressant à l'AFP, Laurent Indrusiak, secrétaire général de l'union départementale CGT de l'Allier, cite par exemple une entreprise de recyclage de la région demandant à ses 260 salariés "de poursuivre leur activité dans des espaces confinés et sans masque, comme si de rien n'était". Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a directement accusé "certains magasins Leclerc, qui mettent la pression sur les salariés pour qu'ils ne se mettent pas en arrêt pour s'occuper de leurs enfants".

"Des employeurs forcent les salariés, faisant planer le licenciement", assure également Michel Beaugas, de Force ouvrière.

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Commentaires
a écrit le 22/03/2020 à 11:11 :
L article stipule ".....un certain absentéisme doit déjà être absorbé par les services essentiels, depuis la fermeture des écoles et la réduction des transports...."
Y a aucune mention sur un certain nombre de absents pour maladie...comment expliquer?
a écrit le 19/03/2020 à 20:41 :
tout ca pour un virus qui tue au pire 3 % des contaminés (et encore, vis vous etes jeunes et en bonne santé vous ne risquez pas plus qu avec une grosse grippe). Felicitation pour avoir reussi a mettre l economie du pays a plat et fait stresser les gens qui s imaginent pouvoir attraper la peste (mortalite entre 30 et 50 % au moyen age) !
Réponse de le 19/03/2020 à 23:26 :
Est ce que vous seriez prêt à monter dans un véhicule sur une route de montagne en sachant qu'à chaque fois que vous roulez, vous avez 2 chances sur 10 de perdre le freinage et 3 chances sur 100 de perdre en plus du freinage, la direction?
Réponse de le 20/03/2020 à 0:51 :
J"ai pas l'intention de sacrifier une partie de ma famille sous prétexte de choix économique.

De la vous pouvez comprendre aussi la rupture du vivre ensemble que nous aurons dans le futur de fait!

L'économie ne fonction que lorsque le consentement du consumérisme fonctionne encore.

Nous avons devant nous des questions donc d'eugénisme puisque le risque c'est assumer la question économique comme primo expression du genre humain.

Du coup nous ne faisons plus société en fait! l'avenir proche va sans doute le faire constater a chacun !
a écrit le 19/03/2020 à 17:28 :
Tout d'abord il fait une vie d'enfer à ceux qui vont travailler en exigeant des certificats de l'employeur, une attestation à la con à refaire chaque jour (vous imaginez le pensum si l'employé doit réécrire à la main une attestation tous les matin....), des pièces d'identité. Les maçons doivent maintenant aller bosser avec un attaché case.

Ensuite il impose des directives de comportement totalement infantilisantes et qui pour beaucoup tombent à plat faute d'équipement de protection.

Et pour terminer Pénicaud annonce toute une batterie de dérogations au code du travail concernant le travail de nuit, du WE, et du temps de repos. Que pensez vous que les employeurs indélicats entendent?

Chouette, c'est la guerre, on va pouvoir maltraiter les employés comme jamais...
Et dans les faits, c'est ce qu'on observe. Au prétexte de la continuité de l'économie, certains patrons font n'importe quoi.
Réponse de le 20/03/2020 à 0:47 :
En plus d'avoir exposé la population au virus, trop fort !!

Je suis de plus en plus dans l'idée qu'avec un tel système, nous courrons a la catastrophe avec l'avantage que des millions de gens le comprennent !

Car n'imaginez pas qu'il puisse être audible lorsque l'on aura les tenants et les aboutissants de l'histoire et comme a mon avis son choix économique il devra l'assumer.

Comme ce qui se passe aujourd'hui ou c'est la transformation en anthropocratie !

Mon responsable 3 minutes après 12 h me demandais de sortir du confinement, c'est dire !!!!!

C'est pourquoi ce qui s'annonce après crise sera inédit !

Il y a de la prospective a faire !!!!!
a écrit le 19/03/2020 à 16:12 :
Cela permet d'avoir une idée aussi de qui guide quoi et comment.
Comme il n'y a pas de récit global, mais compteur qui attend que les choses se fassent, du coup difficile de jouer sur la corde après avoir fait galérér ces mêmes personnes a noêl et pendant tout le temps de la grève.

On peut donc dire qu'en plus du manque d'anticipation des autorités, vous y ajoutez une séquence depuis début décembre qui finalement dit aussi de la gestion d'un pays par finalement peu de gens.

Que les députés ne soient pas capable de faire voter a ce moment symbolique, virtuellement pour accord une forme de pleins pouvoirs qui si l'on regarde donc la durée, l'application, par les mêmes policiers, avec en face d'eux les mêmes gens, pour le fait de n'avoir rien anticiper.

Je le rappels pour toute information, pour ceux qui ont des parents a risques, l'organisation ne m'a pas amener dans l'urgence et la peur a venir vider les magasins, même si comme chacun, le peu de temps de décision a forcément fait des dégâts!

Vous ne prenez que les restaurateurs, bref, la question est a présent de savoir quelles sont les actes concrets que les employeurs doivent produire. Du matériel de protection, du coup le simple manque de masque permet encore une fois a comprendre que le monde politique et le monde économique n'a rien compris, rien voulu anticiper.

Alors ensuite envoyer les mêmes personnes qui subissent les galères depuis trois mois, franchement, l'impréparation et l'incompétence est a son comble!

C'est surtout une question d'orga par l'anticipation, l'employeur veut passer outres les risques des employés, car eux mêmes comme souvent ceux qui décident le fond a partir du virtuel!

En plus ils se feront plus d'argent, tout en faisant du télétravail, mais intiment aux autres de prendre les risques....

Ils sont beaux ces oiseaux, le niveau simplement d'incompréhension des évènements va de fait donner autre chose que ce qui se passera dans les autres pays.

Tant d'évènements précédant sont de fait une réalité de ce qui est pour moi la pensée de constat.

Ce qui est aussi propre au fonctionnement de petits marquis a leurs niveaux, et qui se sentent plus fort que le danger, puisqu'ils le font prendre aux autres....

C'est terrible, mais les faits sont la !
a écrit le 19/03/2020 à 15:43 :
"n'a pas assez insisté sur la nécessaire continuité de l'activité économique"

Disons que son discours était particulièrement flou comme d'habitude mais comme il a dit que c'était une guerre ben les gens se comportent comme ce qu'ils pensent être en temps de guerre, logique.

Les gendarmes et policiers encore une fois en première ligne pour pallier à la pitoyable communication de nos néolibéraux.
a écrit le 19/03/2020 à 14:13 :
Mais oui, faites bien monter la pression : la cocotte minute ne tardera plus à nous exploser tous au visage. Moi, ce qui me choque, c'est qu'on s'adresse à moi en portant un masque alors que je n'en ai pas. Et que l'on veuille se protéger de moi alors que je n'exige pas davantage que la "distanciation sociale" à l'égard des autres. Et que devient le hashtag #jenesuispasunvirus ? Une question de valeurs, sans doute....

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