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Entreprises & FinanceIndustrie

Alimentation, eau, déchets... L'inquiétude monte dans les services essentiels

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 19 mars 2020 à 12:40 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:45

Caisse supermarché

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Les salariés tenus d'aller travailler s'inquiètent de mesures de protection insuffisantes. L'exécutif appelle à faire preuve de responsabilité, alors que selon les syndicats certains employeurs commencent déjà à exercer des pressions.

Le cri d'alerte a été lancé mercredi par le président délégué du Medef, Patrick Martin. Après l'allocution télévisée du président Emmanuel Macron lundi soir, et le début du confinement de la population mardi à midi, l'attitude des Français face à l'épidémie de coronavirus a forcément changé. Et avec elle, celle des salariés encore tenus de travailler, car indispensables au fonctionnement des services essentiels du pays: l'agroalimentaire, la grande distribution, l'énergie, l'eau, les déchets, les transports.

"De nombreux salariés ont demandé à ce que leurs employeurs prennent des mesures d'activité partielle, sans quoi ils exerceraient un droit de retrait", a déclaré à l'AFP le président délégué du Medef, Patrick Martin.

Le président de la République "n'a pas assez insisté sur la nécessaire continuité de l'activité économique" dans son intervention, a en effet regretté le Medef, en s'inquiétant d'un risque d'arrêt de "la plupart des secteurs d'activité, dont ceux dont l'activité n'a pas été suspendue par les récentes mesures", et appelant les entreprises à "bétonner" la protection sanitaire de leurs employés face aux critiques des syndicats.

"Il commence à y avoir une tension dans un certain nombre de supermarchés, de commerces, en matière de salariés", a reconnu dans la matinée le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, tout en rassurant sur l'absence immédiate de problème d'approvisionnement de la grande distribution.

Manque de gel et de masques

Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent en effet pour déplorer une protection insuffisante des salariés dans les activités toujours en fonction. "Clairement les inquiétudes des salariés viennent des moyens de protection, parce qu'il y a des insuffisances en termes de masques, de gants dans les commerces alimentaires, dans les services de nettoyage des hôpitaux", a expliqué sur France Inter mercredi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui a qualifié la protection sanitaire des salariés de "gros point noir" des mesures prises pour lutter contre la propagation du coronavirus.

"Il faut équiper de manière rapide ces travailleurs qui sont indispensables", a réclamé Laurent Berger.

Mercredi après-midi, les entreprises de l'eau ont d'ailleurs formellement demandé au gouvernement, via leur fédération professionnelle (FP2E), à ce que leurs agents en stations d'épuration soient équipés de masques.

Lire aussi: Eau : les industriels se veulent rassurants

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"Toutes les commandes de masques, dont nos salariés ont besoin pour assurer les services essentiels des Français et respecter les mesures de prévention des risques, ont été réquisitionnées", a en effet expliqué Veolia à l'AFP."Le décret du 13 mars indique que les professionnels de santé et les patients sont prioritaires pour la distribution des masques", précise le directeur santé-sécurité du groupe, Fréderic Goetz. "Or nous devrions, en tant que professions OIV (Organisation d'importance vitale), bénéficier d'équipements afin d'assurer la continuité de nos services et la protection de nos salariés", ajoute-t-il.

Un sentiment de déclassement

Chez Veolia, le droit de retrait a déjà été "exercé par certains salariés en raison de la pénurie de masques", admet d'ailleurs le groupe. Et l'inquiétude monte aussi dans le secteur des déchets. En Seine-Saint-Denis, chez Otus, filiale de Veolia, le nombre insuffisant de flacons de gel a déjà poussé 18 éboueurs (sur 130 salariés) à exercer leur droit de retrait, rapporte Abdelkader Dif, représentant du personnel CGT, cité par Le Monde. Quant à la logistique, mercredi, le président de l'association de l'Association des industries alimentaires (Ania), Richard Girardot, confiait à l'AFP qu"il y a des droits de retrait qui s'effectuent dans certaines sociétés de transport".

Cette insuffisance des moyens de protection alimente d'ailleurs un sentiment d'injustice et de déclassement face aux cadres, qui peuvent, eux, télé-travailler. Et la crainte d'un exercice de plus en plus du droit de retrait est d'autant plus sensible qu'un certain absentéisme doit déjà être absorbé par les services essentiels, depuis la fermeture des écoles et la réduction des transports.

Lire aussi: Déchets : l'industrie s'organise pour assurer le service essentiel

Sans compter d'autres difficultés, comme la fermeture des frontières, qui inquiète les producteurs de fruits et de légumes, préoccupés de manquer de main-d'oeuvre pour leurs récoltes. Ou la multiplication des contrôles sur les routes, voire la méfiance de la part des entreprises partenaires, subies par les transporteurs de marchandises.

Un "rôle fondamental pour la vie de la Nation"

Le gouvernement multiplie alors les interventions pour motiver les troupes. Dès mercredi matin, Bruno Le Maire et le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume ont diffusé ensemble un message "d'encouragement et de reconnaissance" aux salariés de l'agroalimentaire. Le même matin, sur BFM Business, Bruno Le Maire a insisté :

"J'invite tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail [...] dans des conditions de sécurité sanitaire maximales"."Il faut que, de l'agriculteur jusqu'à la grande distribution, aux commerces de détail et aux marchés, les marchandises alimentaires puissent circuler", a-t-il expliqué.

Aujourd'hui, c'était au tour de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, d'envoyer une "lettre ouverte aux agents et salariés de l'énergie, des transports, de l'eau et des déchets", reconnaissant leur "rôle fondamental pour la vie de la Nation", et insistant sur leur "sens des responsabilités" et leur "professionnalisme".

"Depuis le début de la crise, chaque jour, je suis en lien avec vos employeurs et leurs fédérations pour vous permettre de travailler dans les meilleures conditions de sécurité sanitaire. Ma préoccupation première et constante, c'est que l'organisation de votre travail permette le respect des gestes barrières et des distances qui vous protègent", assure Elisabeth Borne

Jeudi, même Emmanuel Macron a fini par intervenir, en exhortant les entreprises et les salariés à poursuivre leur activité "dans le respect des règles de sécurité sanitaire", et en appelant à "la responsabilité civique".

Des pressions sur les salariés

Mais au-delà des exhortations, le gouvernement mise sur l'"état d'urgence sanitaire". Si le Parlement l'autorise jeudi à le déclarer par décret, il pourra en effet prendre par ordonnances des mesures visant à maintenir l'activité dans les entreprises des secteurs essentiels. Pour l'instant, il s'est limité à promettre la mise en oeuvre "dans les délais les plus brefs" de mesures pour "améliorer la fluidité des réapprovisionnements des commerces par la chaîne logistique":

Il s'agit"de permettre aux collaborateurs de se rendre sur le lieu de travail ou de production, de maintenir ouverts de façon dérogatoire les commerces ou services indispensables à la chaîne logistique (stations-service y compris les points alimentaires, les centres routiers, les garages pour les poids-lourds, les équipements sanitaires des aires de service, etc.)",a-t-il précisé.

En attendant, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, tout en saluant les salariés qui vont travailler "avec la boule au ventre", a rappelé jeudi les limites du droit de retrait, qui ne s'applique pas dès lors que l'employeur assure "la sécurité sanitaire qui leur est due".

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Les syndicats alertent pour leur part sur des pressions et des abus d'employeurs. S'adressant à l'AFP, Laurent Indrusiak, secrétaire général de l'union départementale CGT de l'Allier, cite par exemple une entreprise de recyclage de la région demandant à ses 260 salariés "de poursuivre leur activité dans des espaces confinés et sans masque, comme si de rien n'était". Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a directement accusé "certains magasins Leclerc, qui mettent la pression sur les salariés pour qu'ils ne se mettent pas en arrêt pour s'occuper de leurs enfants".

"Des employeurs forcent les salariés, faisant planer le licenciement", assure également Michel Beaugas, de Force ouvrière.

Giulietta Gamberini

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