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Valeo : l'Etat et le Medef s'opposent au parachute doré de l'ex-PDG

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Publié le 24 mars 2009 à 10:29

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Le Medef veut que Thierry Morin, ex-PDG de Valeo, renonce à son parachute doré de 3,2 millions d'euros. L'Etat qui détient 8% du capital de l'équipementier a par ailleurs indiqué qu'il s'opposerait en tant qu'actionnaire au versement de ces indemnités.

Les salaires des grands patrons continuent de défrayer la chronique car malgré la crise, ces derniers continuent de se verser des rémunérations trop souvent démesurées. Le dernier cas en date concerne Valeo et son ex-PDG Thierry Morin. Le quotidien Libération a révélé ce mardi que l'ex-PDG de l'équipementier automobile allait quitter l'entreprise avec 3,2 millions d'euros en poche. Et ce alors que le groupe a bénéficié du soutien financier de l'état.

Depuis cette révélation les déclarations des politiques ne cessent d'affluer pour dénoncer l'autisme de la classe dirigeante économique. Et même Laurence Parisot, patronne des Patrons, vient d'ajouter de l'eau au moulin. La présidente du Medef a  en effet demandé  à l'ex-PDG de Valeo, Thierry Morin, de "renoncer immédiatement" à ses indemnités de départ de 3,26 millions d'euros. "Nous demandons à Thierry Morin de renoncer immédiatement aux indemnités auxquelles il prétend", a -t-elle déclaré d'une conférence de presse. "Je veux dire aux Français que le Medef ne se reconnaît pas dans le comportement d'un dirigeant qui piétine ainsi l'interêt général de son entreprise, qui méprise ses salariés, bafoue les patrons de PME et notamment les PME sous-traitantes de cette entreprise, et qui foule aux pieds notre code de gouvernance", a ajouté la présidente du Medef.

De plus, la présidente du Medef s'est également dite "très heureuse" de pouvoir s'exprimer mercredi sur la question de la rémunération des dirigeants devant la commission des lois de l'Assemblée nationale. "A cette occasion, je dirai d'une manière beaucoup plus développée notre vision, ma vision, de ce que doit être l'éthique des entrepreneurs, de ce qu'en réalité elle est dans la quasi totalité des cas", a-t-elle souligné. Laurence parisot a aussi annoncé que le Medef répondrait mercredi par courrier aux ministres de l'Economie Christine Lagarde et du Travail Brice Hortefeux "sur la question plus spécifique de la part variable des rémunérations pour les dirigeants d'entreprises qui connaissent des plans sociaux ou du chômage partiel." Interrogée pour savoir si le Medef est en faveur d'une loi dans le cas où le code de gouvernance n'est pas respecté, elle a renvoyé au contenu même de ce code : "Il n'est pas acceptable que les dirigeants dont l'entreprise est en situation d'échec la quitte avec des indemnités", a-t-elle jugé. "Dans le code de gouvernance, il est dit que la question des rémunérations des dirigeants doit toujours être regardée en cohérence avec la rémunération de tous les salariés de l'entreprise et par rapport à l'intérêt général de l'entreprise, et en tenant compte de la cohésion sociale et de l'intérêt de notre pays", a-t-elle poursuivi.

Un geste qui choque pour Luc Chatel

Luc Chatel a été le premier à avoir dégainé ce mardi sur le parachute doré de Thierry Morin. S'exprimant ce matin sur l'antenne d'Europe 1, le secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie et de la consommation, a qualifié de "choquante" l'attribution de 3,2 millions d'euros d'indemnités de départ au PDG Thierry Morin (soit l'équivalent de deux ans de salaires, ndlr), puisque, dans le même temps, le groupe licencie 5.000 personnes, et reçoit l'aide financière du Fonds souverain d'investissement (FSI).

"Ce geste me choque puisque Valeo a reçu l'aide de l'Etat il y a quelques semaines, à travers le Fonds des équipementiers automobiles, c'est-à-dire un fonds qui sert à investir dans les fonds propres de belles entreprises. Valeo est une belle entreprise dont on pense qu'elle est stratégique pour l'avenir de l'automobile. Cela me choque. (...) Lorsqu'il y a une aide de l'Etat, les dirigeants doivent renoncer à toute forme de rémunération exceptionnelle !".

Selon un document du conseil d'administration émis le 20 mars, que Libération a dévoilé ce mardi Thierry  Morin doit recevoir "à titre d'indemnité de départ (...) une somme forfaitaire égale à deux ans de rémunération, soit 3.261.405,33 euros brut". Le versement de cette indemnité était toutefois conditionné à la réalisation de 5 critères de performance et "après avis du Comité des Nominations, des Rémunérations et de la Gouvernance, le Conseil d'administration a constaté que seuls trois des cinq critères de performances (...) étaient remplis", ce qui aurait dû conduire à "abattre le montant de l'indemnité de départ d'un montant de 30%", précise le document. "Néanmoins, le conseil d'administration a décidé que le critère fondé sur le résultat (part du Groupe) pour l'exercice 2008 aurait été rempli en l'absence des provisions exceptionnelles correspondant à une décision approuvée par le conseil d'administration avant la fin de l'exercice 2008 et a décidé en conséquence (...) de ne pas pratiquer cet abattement", est-il ajouté. Selon ce document, l'indemnité de départ de Thierry Morin devait être versée lundi.

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Le porte-parole du gouvernement a mis Thierry Morin "face à ses responsabilités". "A la fois, il a travaillé pendant vingt ans chez Valeo qui est une belle entreprise. En même temps aujourd'hui, il ne peut pas nier qu'il y a une crise et que ce type de pratique choque nos concitoyens ! Il a sans doute un contrat qui prévoit deux ans de rémunération en cas de départ... Mais l'Etat a accompagné cette entreprise, et je trouve choquant que, dans le contexte actuel, on mette en place ce type de rémunération".

Luc Chatel ensuite rappelé : "Depuis la mise en place de la Loi de modernisation de l'économie, ce type de parachute doré doit être validé par l'assemblée générale des actionnaires. L'Etat est aujourd'hui, à travers la Caisse des dépôts et le Fonds de modernisation des équipementiers, présent au capital de Valeo à hauteur de 8%. Il n'est pas encore au conseil d'administration, mais il est membre du capital. Il sera donc à l'assemblée générale des actionnaires, et s'opposera au versement de ce parachute doré".

"L'idée c'est un véritable pacte, du donnant-donnant... On vient chercher l'Etat aujourd'hui parce que les entreprises ont besoin de ses engagements. En contrepartie, on doit renoncer à certaines pratiques... Le monde change !", a conclu Luc Chatel.

Pour mémoire, Valeo a publié, le 13 février dernier, une perte nette de 207 Millions d'euros, et a prévenu que sa marge opérationnelle serait probablement négative au premier semestre 2009. L'équipementier automobile n'a pas livré de prévisions chiffrées pour le reste de l'exercice. Confronté à un recul de 30% de ses ventes au 4ème trimestre 2008, Valeo s'apprête à supprimer 5.000 postes dans le monde, dont 1.600 en France. Le 25 février dernier, le FSI a annoncé une prise de participation de 2,35% au capital de Valeo pour près de 19 millions. Avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC) qui détenait déjà 5,98% de l'équipementier automobile, l'Etat contrôle ainsi 8,33% du capital de l'entreprise.

Un problème moral et de comportement pour Eric Woerth

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Pour le ministre du Budget, Eric Woerth a estimé pour sa part  que l'indemnité de départ octroyée à l'ex-PDG de Valeo, Thierry Morin, n'était "pas normale" et qu'il "serait plus juste" qu'il y renonce. "Je ne trouve pas ça normal (...) à un moment donné où personne n'est prêt à çà. Ce serait plus juste de renoncer à ce type de sommes", a déclaré Eric Woerth sur Canal Plus. Les patrons qui s'octroient ce type d'indemnités "n'ont rien compris. C'est un problème de morale, de comportement (...)", a-t-il ajouté. "Comment voulez-vous expliquer que d'un côté 1.000 salariés soient licenciés et en partie trompés, et voir de l'autre que certains s'accordent des rémunérations pas dignes par les temps qui courent", s'est-il insurgé. Interrogé sur la nécessité d'une loi pour encadrer les rémunérations des dirigeants, Eric. Woerth a estimé qu'il fallait "remettre de l'ordre", établir "des règles précises", notamment pour les entreprises qui touchent de l'argent de l'Etat dont "l'exemplarité doit être totale". Par ailleurs, "quand une entreprise n'a pas touché d'argent de l'Etat, mais qu'elle connait un échec, ça doit être pareil", a-t-il ajouté. "Aujourd'hui il y a un code de déontologie (...) mais on doit constater que ça ne marche pas". Questionné sur la nécessité d'une intervention de l'Etat en la matière, il a répondu qu'il faudrait "peut-être une loi. Je n'ai pas dans ma boîte à outils quelque chose de prêt".

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