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Entreprises & FinanceAutomobile

Qui est Antonio Filosa, le nouveau patron de Stellantis ?

Photo de Agathe Perrier

Agathe Perrier

Publié le 28 mai 2025 à 10:06 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 19:40

John Elkann, président de Stellantis, et Antonio Filosa, désormais directeur général, à l’usine d’assemblage de Sterling Heights, aux États-Unis, en février 2025.

John Elkann, président de Stellantis, et Antonio Filosa, désormais directeur général, à l’usine d’assemblage de Sterling Heights, aux États-Unis, en février 2025.

Stellantis

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Italien Antonio Filosa prend aujourd’hui ses fonctions de directeur général du géant automobile. Il a la lourde tâche de relancer Stellantis dans un contexte, particulièrement dangereux, d’électrification et d’ultraconcurrence.

Stellantis a un nouveau directeur général, un successeur à Carlos Tavares, évincé en décembre dernier, qui prend ses fonctions aujourd'hui, lundi 23 juin. Le conseil d'administration « a élu à l'unanimité Antonio Filosa en tant que CEO », a fait savoir le constructeur dans un communiqué. Un vote qui clôt « un processus de recherche approfondi de candidats internes et externes, mené par un comité spécial du conseil d'administration dirigé par son président exécutif, John Elkann », est-il précisé.

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Du bas en haut de l'échelle

Antonio Filosa est italien, napolitain plus précisément - il dispose également de la nationalité brésilienne. Il portait jusqu'à présent la double casquette de directeur des opérations de Stellantis pour l'Amérique du Nord et du Sud, le marché souvent présenté comme la « machine à cash ». Un poste qu'il a décroché à l'automne, quand le groupe a émis un « profit warning » spectaculaire, en raison notamment d'un gonflement de ses stocks aux États-Unis. Plus récemment, en février, il avait aussi été nommé directeur qualité du constructeur au niveau mondial.

Auparavant, Antonio Filosa a occupé divers rôles au sein de Fiat-Chrysler (FCA) - groupe qui a fusionné avec PSA (Peugeot-Citroën) en 2021 pour former Stellantis - où il est entré en 1999. Diplômé de l'école d'ingénieurs Polytechnique de Milan (Politecnico di Milano), il y a gravi les échelons. Il a ainsi été directeur d'une usine Fiat à Betim, au Brésil, puis responsable des achats pour la région Amérique Latine. Il a aussi été directeur de l'Argentine et des marques Alfa Romeo et Maserati pour la région Amérique Latine, à la fin des années 2010. Sous sa direction, « la marque Fiat est devenue leader du marché sud-américain, et les marques Peugeot, Citroën, Ram et Jeep s'y sont considérablement développées », indique Stellantis dans son communiqué. Il a en outre mené la création d'une usine Fiat au Pernambouc (un des États fédérés du Brésil), qui « a permis le lancement de Jeep au Brésil » où « la marque est rapidement devenue n° 1 hors des États-Unis », ajoute le groupe.

« Filosa possède une vaste expérience des achats et des opérations de production, ainsi que de la gestion et de la stratégie globales de l'entreprise », résume la biographie qui lui est consacrée sur le site du constructeur.

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Candidat favori

L'annonce de cette nomination était attendue, puisque Robert Peugeot, deuxième actionnaire de Stellantis, avait reconfirmé qu'elle arriverait « avant la fin du semestre ». Le nouveau patron comblera un poste laissé vacant depuis la démission/éviction soudaine et fracassante de son prédécesseur, Carlos Tavares. Ce dernier avait claqué la porte du constructeur avec effet immédiat le 1er décembre 2024, alors qu'il devait initialement terminer son mandat qui courait jusqu'en 2026.

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Le choix d'Antonio Filosa n'est d'ailleurs pas une totale surprise. Son nom avait été évoqué parmi les prétendants en lice pour le poste et il faisait partie des candidats favoris en interne - avec le Français Maxime Picat et les Américains Mike Manley et Douglas Ostermann. « En réalité, peu de dirigeants étaient prêts à s'embarquer dans cette aventure. Ils craignaient tous que la cabane tombe sur le chien ! », souligne un consultant américain au quotidien Le Figaro.

Montée en puissance des forces italiennes

L'arrivée d'un Italo-Brésilien à un tel poste clé rebat l'équilibre des forces à la tête de Stellantis. À la naissance du groupe, à l'aube des années 2020, il avait été décidé de placer John Elkann, issu de la branche italienne, au poste de président et Carlos Tavares, pur produit de la branche française, en tant que directeur général. La représentativité des souches françaises du groupe disparaît donc au sein de l'état-major. « Cette représentation renforcée des Italiens à la tête du groupe fait craindre pour l'avenir des sites industriels français. Déjà, les syndicats se préparent à la fin de la production automobile à l'usine de Poissy, dans les Yvelines », indique le journal Le Monde.

L'option Maxime Picat, actuel directeur des achats de Stellantis, qui a fait toute sa carrière au sein de PSA jusqu'à la création du groupe, aurait pu préserver cet équilibre. Tel n'était peut-être pas la volonté des instances dirigeantes, agacées par la gestion jugée autoritaire de Carlos Tavares.

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Rompre avec l'ère Tavares

Le futur patron débarque en tout cas dans une période compliquée pour Stellantis. Le groupe a enregistré une chute de 70 % de son bénéfice net en 2024, qui s'est affiché à 5,5 milliards d'euros, et a perdu six milliards d'euros de liquidités. Le cours de son titre à la Bourse de Paris a de son côté dégringolé au cours de cette même année. Il tourne actuellement autour des 9 euros par action, chutant à un niveau inédit depuis novembre 2020.

Au-delà du redressement financier, Antonio Filosa devra poursuivre les chantiers lancés par l'équipe intérimaire et destinés à rompre avec la stratégie de Carlos Tavares. Alors que les décisions se prenaient auparavant au niveau mondial, chaque zone régionale retrouve petit à petit davantage d'autonomie. Le constructeur est en outre revenu sur l'objectif de l'ancien DG d'abandonner la motorisation thermique, afin de ne vendre que des voitures électriques dès 2030. Ainsi, la production des célèbres moteurs V8 Hemi, qu'il avait choisi d'arrêter, est relancée, quand bien même ils sont considérés comme une aberration écologique. Autre rupture avec l'organisation sous l'ère Tavares : le télétravail n'a plus la cote, alors qu'il était encouragé pour faire des économies de surfaces de bureau. D'un jour en présentiel, les salariés - hors ceux en usines - vont passer à deux en juin puis, à terme, à trois.

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Nul doute qu'Antonio Filosa aura également ses propres idées pour tenter de relancer la machine Stellantis. Dans un contexte plus général de crise du secteur automobile, la tâche se profile déjà rude.

Agathe Perrier

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