La digitalisation des acteurs du BTP avance (doucement) dans les Pays de Loire

Dans les Pays de la Loire, les initiatives se multiplient pour accompagner la digitalisation du secteur du BTP, réputé pour être à la traîne. La crise sanitaire et les besoins initiés par la rénovation énergétique des bâtiments incitent petites et grandes entreprises à se faire accompagner pour se transformer et respecter les délais.

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La nantaise LeanCo a déployé un outil de planification permettant d'optimiser la gestion  des étapes collaboratives sur un chantier de rénovation ou de construction. Qui permettrait, selon le fondateur de LeanCo, de réduire les délais de 20% à 30%.
La nantaise LeanCo a déployé un outil de planification permettant d'optimiser la gestion des étapes collaboratives sur un chantier de rénovation ou de construction. Qui permettrait, selon le fondateur de LeanCo, de réduire les délais de 20% à 30%. (Crédits : Leanco)

Selon une étude de la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment) Pays de la Loire, 63% des entreprises du bâtiment disposaient d'un site Internet en 2020 et 1 entreprise sur 2 d'une page google d'entreprise. Si l'équipement en smartphone a progressé, la digitalisation des entreprises du BTP est encore loin d'être entrée dans les mœurs. Signe plus inquiétant, le développement de sites Internet n'a quasiment pas bougé (+3 points) en cinq ans, alors que, selon une enquête OpinionWay, 77% des Français réservent en ligne dont 35% en dehors des heures d'ouverture.

Si un artisan sur deux estime le web indispensable pour être visible, l'autre moitié traîne les pieds. Cela peut-il être un frein à l'accélération de la rénovation énergétique des bâtiments ?

« Le constat, c'est que tout le monde est à la rue. Les filières ne sont pas prêtes. Les artisans sont crevés, leurs plannings sont bookés, ils commencent même à avoir des problèmes d'approvisionnement de matériaux, les clients sont de plus en plus exigeants.... Alors, il n'y aura pas d'accélération sans digitalisation. Mais, aujourd'hui, on leur demande d'accélérer alors qu'ils sont déjà à fond et qu'ils ne parviennent pas à recruter », observe Yann Person, cofondateur de la startup EP, qui vient de lancer la plateforme Maxeem.

Un genre de super assistant pour les acteurs du BTP, qu'ils soient artisans, PME, courtiers ou industriels... Une énième plateforme, alors que, selon la Capeb, 75% déclarent ne pas avoir déployé d'outils numériques de travail pour leurs salariés et que 62% se disent non intéressés par l'outil de relation client déployé par la fédération nationale des artisans 360Travaux?

Maxeem veut devenir le Doctolib du BTP

« Lorsque qu'on leur dit qu'on va leur faire gagner du temps, les accompagner et leur faciliter la vie, ils nous écoutent et deviennent réceptifs. En France, on a de bons professionnels mais qui sont de piètres commerciaux. Par conséquent, le travail de Maxeem est de digitaliser le travail de ces gens-là, pour leur permettre de bien travailler et mieux. Le temps est un vrai frein à la digitalisation», précise le fondateur de Maxeem, qui ambitionne de devenir « le Doctolib du BTP ! ».

Pour cela, l'entreprise capitalise sur le savoir-faire d'EP dans la gestion des datas et le développement d'algorithmes qui lui avait notamment permis, en 2016, de créer le carnet de santé de la rénovation des bâtiments Izigloo, revendu depuis. Cette fois, EP vient d'investir cinq millions dans cette opération et dédie une équipe de vingt personnes pour accompagner, former et suivre les dossiers. L'algorithme réussira-t-il à convertir les réfractaires au digital?

«Nous avons mis en place une équipe qui est en contact quotidien avec les acteurs du BTP dont ils ont le numéro de portable. C'est ce qui compte, ce sont les conseillers derrière. C'est ça qu'ils achètent. Et on fait beaucoup de choses pour eux », note Yann Person.

De fait, Maxeem s'occupe des devis, est capable de monter des plans de financement intégrant les différentes aides disponibles en cours, et de calculer le reste à charge. « En une minute trente », assure Yann Person.

Surtout, la plateforme dispose d'un outil permettant d'évaluer les travaux d'un bien immobilier avant de se déplacer. Ou de jauger si le déplacement sera susceptible d'être traduit en devis. Elle s'occupe de gérer les prises de rendez-vous, de mettre en place un agenda, de développer un site web, elle relève tous les avis et les gère.

L'administratif et le commercial sont aussi dans ses cordes, notamment pour gérer les prospects ou relancer ceux qui tardent à payer. « On automatise le plus possible. Cela nécessite souvent un peu de formation et de conduite du changement, mais aujourd'hui, un rendez-vous sur deux se termine par une signature quand autrefois c'était plutôt un sur dix », indique Yann Person.

Le risque de devenir sous-traitant

En chantier depuis un an, Maxeem doit être officiellement lancée d'ici la fin juin. Elle a déjà séduit 450 entreprises en France et accompagne six cents chantiers par semaine dans toute la France. Incubée chez EP et externalisée en location gérance, Maxeem, qui finalise un tour de table en vue d'une augmentation de capital en 2022, vise un chiffre de 3 millions d'euros cette année et dix millions d'euros en 2022. Il y a deux ans, le marché était plus compliqué. Mais la Covid est passée par là.

« Entreprises et artisans sentent qu'ils doivent y aller. Les instances professionnelles affichent une forte volonté en ce sens et la machine se met en route. Le risque, c'est que s'ils ne se digitalisent pas leur activité, les artisans vont tous devenir sous-traitants de sociétés commerciales », prévient Yann Person.

A la CAPEB des Pays de la Loire, où l'on se plaît à rappeler que 95% des adhérents disent avoir une connexion Internet..., c'est finalement la crise sanitaire qui a accéléré le phénomène de la digitalisation.

« Avant, on nous aurait parlé de Teams, de Zoom... on aurait écarquillé les yeux. Aujourd'hui, avec les confinements et le couvre-feu, toutes les réunions ont lieu en visio. Et tout le monde s'y est mis. Ils sont plus ou moins à l'aise avec l'outil, mais aujourd'hui, on continue en présentiel et en visio. Ça évite parfois d'avoir à faire cinq heures de route. Et finalement, on estime avoir gagné deux à trois ans dans la mise en place d'outils numérique », constate Yannick Février, responsables des affaires économiques et techniques à la Capeb des Pays de la Loire où les premières initiatives remontent à l'introduction des maquettes numériques en BIM, utilisées pour améliorer et fluidifier les échanges entre les architectes, maître d'oeuvres et artisans.

« Ça a été l'occasion de parler numérique », se souvient Yannick Février. Depuis, la Capeb a organisé des journées de sensibilisation pour utiliser Google Street View ou Google Earth avant de se déplacer. Au fil du temps, les outils ont été élargis aux drones, au suivi de reporting, à la prise de cotes, à la gestion des dossiers pour les aides, la maintenance pour les équipements...

« Quand vous voulez instruire les dossiers sur la plateforme Maprimerevov', il faut être un minimum à l'aise avec l'outil. Très vite , on se rend compte qu'il faut monter en compétences. Une entreprise ne travaille pas parce qu'elle a de jolies photos sur son site, mais ce sont des démarches et des équipements qui vont attirer les jeunes, même si, dans le BTP, le numérique n'est pas une question de génération. Beaucoup de jeunes ont un smartphone mais l'utilisent pour des jeux vidéo et ne veulent pas en entendre parler quand ils sont sur des chantiers. A l'inverse, tous les archis ne savent pas faire de la 3D, alors que le BIM s'est fortement démocratisé. Hier, on y avait recours pour la construction d'un hôpital ou d'un aéroport, aujourd'hui, cette technique est utilisée pour une piscine ludique, une construction en ossature bois où l'on voudra optimiser la ventilation et le chauffage...», dit-il.

Planifier pour mieux gérer

Ingénieur en bâtiment, Xavier Motsch a fondé Leanco en 2016, à Nantes où il a mis au point une solution de planification intuitive pour rendre autonomes les pilotes de projets.

« A l'époque, il n'existait aucun outil numérique dédié. C'était papier, crayon et au mieux Excel ! », explique l'ingénieur en bâtiment de formation.

Lui, a voulu déployer les méthodes d'organisation et de planification Lean à grande échelle. Sa cible : les chantiers à une grue et à partir d'un million d'euros. Cinq ans après, l'entreprise emploie dix personnes et a pris pied chez Vinci, Bouygues, Legendre , Eiffage... « Dès qu'un chantier nécessite des étapes collaboratives, le numérique s'impose. C'est notamment le cas dans la rénovation où le nombre de chantiers explose. Le frein, c'est la formation à l'utilisation du logiciel, mais la transition informatique va extrêmement vite. On se rend compte que de cette manière on peut amener de l'information rapidement jusqu'au propriétaire, communiquer en live, détecter, mesurer...  analyser la donnée et améliorer les travaux. Ce qui est impossible avec Excel. »

La planification permet d'orchestrer plusieurs intervenants en même temps, d'améliorer la productivité des entreprises et... de livrer les chantiers à l'heure. « Fiabiliser les délais, c'est un moyen de rassurer les maîtres d'œuvre. En moyenne, la démarche Lean a permis de réduire les temps des travaux de 20% à 30% et de nombreux maîtres d'ouvrages demandent aujourd'hui sa mise en place », constate Xavier Motsch, qui, après une année de stabilisation en raison de la Covid estime pouvoir doubler son chiffre d'affaires (500.000 euros en 2021) dès l'an prochain sur des chantiers à plus d'un million d'euros. Un terrain de jeu estimé à 10.000 opérations immobilières par an en France.

La relation client, d'abord.

« Aujourd'hui, ils sont mûrs... Du moins, le tiers qui s'intéresse à la digitalisation », constate Charles Pellé, ex-directeur industriel du groupe Cetih, spécialisé dans les équipements techniques et industriels de l'habitat, qui a fondé Revel Home, spécialisée dans la rénovation, les extensions et notamment la pose de portes et fenêtres il y a tout juste un an, à Nantes. Objectif : fiabiliser les relations entre artisans et particuliers, avec une plateforme à double entrée, chacun la leur. « Les professionnels ne sont pas dans une problématique de chiffres ou d'acquisition de marché mais dans la recherche de solutions pour gagner du temps. Le particulier, lui, est en quête d'une bonne expérience client », dit-il.

Pour rassurer la clientèle, le fondateur de Revel Home a sélectionné cinquante partenaires à qui il garantit des contacts exclusifs. Pour les pros, Revel Home a conçu un outil pour faciliter les prises de rendez-vous téléphoniques, garantit un rappel sous 24 heures, envoie de documents, permet la signature électronique en ligne, la gestion des avis... et des facilités comme la prise en charge des paiements bancaires ou des virements qui, en final, améliorent la trésorerie des entreprises... pour éviter les oublis.  A terme la solution sera accessible en marque blanche et intégrable à des sites existants. « L'objectif n'est pas de supprimer la relation physique mais de l'optimiser. Pour nous, l'enjeu est de devenir une référence de la relation clients», indique Charles Pellé dont l'outil se veut pilotable avec le pouce. « Car, en 2025, 75% de la population active sera celle qui fait tout avec le pouce et que le monde du BTP a aussi besoin de séduire les jeunes générations », dit-il.

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