Catastrophe de Lubrizol à Rouen : questions autour de la gestion d'une crise

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(Crédits : PASCAL ROSSIGNOL)
Après le gigantesque incendie qui a ravagé le dépôt de l'usine Lubrizol à Rouen dans la nuit de mercredi à jeudi, de plus en plus de voix s'élèvent parmi les élus pour dénoncer la communication lacunaire pour ne pas dire infantilisante des services de l'Etat.

Retour de week-end compliqué pour les Rouennais qui avait profité de la pause de la fin de semaine pour fuir l'atmosphère nauséabonde de leur ville. Dimanche soir en dépit d'un vent soutenu, des odeurs persistantes, mélange d'hydrocarbures et d'œuf pourri, planaient encore sur tout l'ouest de l'agglomération. « J'ai l'impression de rentrer dans une cuve de fuel. Même si je ne suis pas d'un naturel inquiet, ce n'est pas franchement rassurant », confie une habitante de retour après deux jours d'absence. Comment des centaines d'autres, sa maison a été survolée par l'énorme panache de fumée pendant toute la matinée du jeudi et reste imprégnée.

Communication lacunaire et consignes désordonnées

Quatre jours après le sinistre qui a ravagé le dépôt de l'usine Lubrizol, l'inquiétude demeure vive parmi la population et la colère monte chez les élus. Si la gestion de l'incendie par les services de secours est unanimement saluée, il n'en va pas de même de la gestion de la communication par les services de l'Etat. Incriminés ? Des consignes désordonnées et des messages par trop lacunaires, telle cette promesse d'une « absence de toxicité aigüe » répétée en boucle par la préfecture pendant les premières 48 heures sans autre forme de précision. « Aigüe, c'est le contraire de grave non ? » ironisait un confrère journaliste en salle de presse. Résultat, des maires déboussolés bien en peine de répondre aux interrogations légitimes de leurs administrés. « Faute d'information claire, les élus ont été livrés à eux-mêmes et des gens ont littéralement fui », peste le député PS de Seine-Maritime, Christophe Bouillon. « Si 14 communes ont été efficacement prévenues, d'autres très proches voire à proximité immédiate du site ont été informées de manière aléatoire », constate pour sa part la sénatrice centriste, Catherine Morin-Dessailly.

Les limites d'une doctrine ?

Pour Cyrille Moreau, vice-président EELV de la Métropole Rouen Normandie en charge de l'environnement, cet accident remet en cause la doctrine de l'Etat. « Tant que l'information n'est pas validée par trois cachets, elle n'est pas rendue publique. Cette culture du secret, qui a pour but d'éviter la panique, s'apparente à du déni. Elle produit en réalité un effet exactement contraire. Sans compter qu'elle expose la population à des fake news ».

Paradoxalement, les mêmes critiques s'étaient faites entendre lors d'un précédent accident survenu dans l'usine Lubrizol : une fuite de mercaptan qui dont les effluves avaient ému jusqu'à Londres. A l'époque, les informations parcellaires délivrées par les autorités avaient suscité plus d'angoisse qu'elle n'avait rassuré, donnant lieu à toutes sortes de conjectures.... Et à un mea culpa tardif du ministère de l'intérieur. « J'ai l'impression de vivre un remake en pire », s'agace Jean-Michel Béregovoy, conseiller municipal Vert à Rouen.

Questions sur les mesures prises par le groupe de Warren Buffett

Cette fois, il aura fallu que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, en visite sur le lieu du sinistre vendredi soir, se risque à lâcher que « Rouen était clairement polluée » pour que le discours des services de l'Etat prenne un tour (un peu) plus en phase avec le ressenti objectif des habitants.

Dans ce climat de défiance, c'est le doute qui a accueilli la publication des premières analyses promises par le gouvernement. « Nous ne pouvons nous satisfaire du tableau de mesures publié par la préfecture au nom de la « transparence. Nous défions quiconque de le comprendre et de l'interpréter simplement », tance Nicolas Mayer Rossignol, ancien président PS de la Région Haute-Normandie et candidat déclaré aux municipales de Rouen.

Comme Catherine Morin Dessailly et Christophe Bouillon, il demande l'ouverture immédiate d'une enquête parlementaire en complément des enquêtes judiciaire et administrative. Celles-ci devront aussi démontrer que le groupe Lubrizol, propriété du milliardaire américain Warren Buffett a pris toutes les dispositions pour assurer la sécurisation de cette usine située au cœur d'une agglomération de 450.000 habitants. En attendant, l'exploitation du site est suspendue sur décision de la préfecture.

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Commentaires
a écrit le 01/10/2019 à 10:55 :
En tout cas bravo aux services publics pour avoir sécurisé la zone et l'absence de mort. La com a été faite en temps réel avec des imprécisions normales ( on peut pas tout savoir à l'avance, sinon ce n'est pas une "crise" ).
Les différentes enquêtes analyseront les responsabilités. Pour les grincheux : allez voir dans d'autres pays comment se passent des "crises" similaires.
a écrit le 30/09/2019 à 19:10 :
"Celles-ci devront aussi démontrer que le groupe Lubrizol, propriété du milliardaire américain Warren Buffett"

hou,hou Warren un mot peut-être ?
a écrit le 30/09/2019 à 18:32 :
Cet incendie grave a été maîtrisé et il n'y a pas eu de victimes : c'est déjà énorme, et on le doit vraisemblablement aux services publics, que pourtant tout le monde critique.
Les faux problèmes, c'est bien pratique pour ne pas réaliser à quel point nos vies de consommateurs repus sont emm...antes.
a écrit le 30/09/2019 à 16:27 :
Incendie à Rouen : communication zéro pointé

L’incendie spectaculaire survenu sur l’usine Lubrizol à Rouen dépasse sans aucun doute ce qui était prévu dans les différents plans, et débouche naturellement sur une gestion de crise, dont l’objet est précisément de compléter les dispositifs prévus par des dispositions complémentaires.
Cet événement touche très rapidement un grand nombre de personnes, lesquelles doivent effectuer des gestes de bon sens , fermer les fenêtres, couper la ventilation, rester confiné, etc… Sans stratégie de communication efficace (c’est-à-dire partagé et testé), ces manœuvres de mises en sécurité ne peuvent être effectuées.
Mais au moment précis où le Préfet de Seine Maritime, en charge des opérations de secours, allait prendre la parole et donner ces consignes et demander aux populations d’écouter les médias, l’ensemble des chaines info ont coupé le signal pour basculer sur l’annonce de la mort de l’ancien président Jacques Chirac. Pas un bandeau, pas un partage d’écran, pas de report sur un autre canal dont l’antenne aurait été cassée. Il ne reste quasiment que le fil tweeter de la préfecture. Pendant de très longues heures, l’émotion l’a emporté sur la sécurité des personnes et le principe de précaution. Et on découvre en fin de journée que le sol est souillé, les gorges raclent, les légumes inconsommables, les populations et animaux exposés. S’il ne s’agit pas de remettre en question le caractère national de l’annonce du décès de Jacques Chirac, la question du rôle des médias, non pas pour couvrir l’événement mais en tant qu’acteur de la résolution de la crise doit être sérieusement posée et trouver un solution, rapidement.
Cette participation a pourtant été testée en Octobre 2018 par les pouvoirs publics en Polynésie Française dans le cadre d’un exercice simulant une cyber attaque touchant les populations éparpillées dans les archipels ; La cellule de crise rassemblant les experts et les autorités diffusaient les consignes techniques et recommandations aux médias, lesquels rassemblés dans un média center piloté par France Télévision et fonctionnant en pool avec les médias locaux diffusaient en temps réel consignes et « tutoriels » sur les ondes radio, TV et réseaux sociaux. Cette stratégie a bien fonctionné, elle est éprouvée et permet de déployer facilement une manœuvre, ce qui rassure tout le monde, populations, acteurs de la gestion de crise et autorités politiques.
Mais cette fois, les rédactions en ont décidé autrement, il n’y a pas eu de réquisition. Il reste à espérer que nous puissions progresser, sans renoncer à la liberté de la presse, avec bon sens et pragmatisme. Les média sont les professionnels de la communication. Les crises complexes ne pourront pas être résolues sans eux.
a écrit le 30/09/2019 à 15:07 :
Voilà un gouvernement spécialiste de"fake news" !
a écrit le 30/09/2019 à 13:52 :
@ Une stratégie de com imbécile a écrit le 30/09/2019 à 11:13 :

pleinement d'accord avec vous et les commentaires de votre post ;

une stratégie imbécile faite par des bons à rien mauvais à tout, bonimenteurs, qui in finé mettent la vie des citoyens en dangers ;
a écrit le 30/09/2019 à 13:43 :
Quel est le problème in fine? Une communication approximative des services de l'état? Heureusement, on n'est pas intoxiqué, au sens premier, par un problème de com. Et pour les reste, des produits chimiques et pétroliers qui brûlent n'améliorent pas la qualité de l'air, et sont toxiques, mais cela, j'imagine, tout le monde le sait?
a écrit le 30/09/2019 à 13:42 :
On voit des images de cette fumée noire, pour le reste rien !!!! Ce sont les ordres du " Polit Büro " ? Il faut consulter la presse étrangère, pour avoir un aperçu.
a écrit le 30/09/2019 à 11:13 :
Se réfugier derrière un "circulez, il n'y a rien à voir" est une idiotie sans nom alors que justement il y a à voir, à sentir et même à toucher.

Ce qu'on attendait des responsables c'est du bon sens. Et en l’occurrence ça aurait été de jouer franc jeu.
1°) il y a un incendie sérieux qui a débuté à 2h00 du matin et qui dégage beaucoup de fumées et de poussières grasses. L'incendie est sous contrôle mais pas encore éteint.

2°) Autant que nous sachions, à l'heure ou je vous parle ces fumées ne sont pas toxiques mais nous continuons les investigations.

3°) En attendant des résultats complémentaires, à titre de précaution nous recommandons à la population de rester chez soi, dans un lieu clôt et de pas rester sous le nuage. Les écoles sont également fermées.

4°) nous vous tiendrons au courant par voie de communiqués de presses.

Au lieu de celà, les responsables gouvernementaux, Castaner en tête ont décrété en préalable que tout allait pour le meiux, qu'il n'y a avait pas de pollution plus que d'habitude. Mensonge éhonté qui ne peut que susciter les méfiances.
D'autant plus que le temps passant ils ont été obligés de revenir sur la plupart de leurs mensonges.
Réponse de le 30/09/2019 à 11:30 :
entièrement d’accord ..le truc le plus débile dans tout ça, c'est que ce vous décrivez est quasiment ce qui est enseigné en communication de crise aux militaires par ex...ou au officiers sapeurs pompiers, bref ceux qui gèrent le truc "en vrai" !
Réponse de le 30/09/2019 à 13:19 :
Une stratégie imbécile ? Oui, peut-être ! Mais, en tout cas, cette sorte de "stratégie" débile qui consiste à prendre les concitoyens uniquement pour la première syllabe (et il y en a un fameux paquet qui le mérite !) est une habitude dans la clique macronienne qui n'en est plus à une malversation, à un mensonge, à un dérapage et à une fake news prêt. Macron , largement relayé par une presse aux ordres qui n'est plus que pitoyable organes de propagande, est le prince du mépris, le roi de la politique ripoux et l'empereur de l'incompétence. Principalement préoccupé par la sauvegarde des intérêts pour le moins mercantiles de ses petits copains financiers et industriels, l'ancien petit employé de banque raté reconverti en politicien tout aussi raté, pratique une politique de mensonges qui n'est que conflits d'intérêts, magouilles et corruption. mais bon : les français l'ont voulu, ils l'ont eu. S'ils sont assez "concitoyens" (prenez toujours la première syllabe) que pour avoir gobé les discours creux, ineptes et aberrant au plan économique du candidat macron, ils n'ont que ce qu'ils méritent. Les français ont le psdt qui leur ressemble et macron est à l'image de la populace : aucune classe, du vide,n de l'incompétence et des magouilles peu reluisantes
a écrit le 30/09/2019 à 8:59 :
Et c'est là que l'opposition politique aurait du faire appel à des experts indépendants afin de faire des tests objectifs sur place au lieu de seulement gueuler ne faisant que rajouter du doute à l'incertitude.

Où quand l'opposition politique est une chimère, tous compromis au sein du grand mensonge.

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