En Allemagne, l'industrie 4.0 sous contrôle syndical
Erick Haehnsen et Catherine Bernard

L'usine John Deere de Mannheim expérimente de nouvelles méthodes de formation en îlots.
John Deere
Erick Haehnsen et Catherine Bernard

L'usine John Deere de Mannheim expérimente de nouvelles méthodes de formation en îlots.
John Deere
Avec une industrie qui représente 25% de son produit intérieur brut, l'Allemagne est à l'origine du concept d'industrie 4.0, lancé en 2013 par Angela Merkel. Le sujet fait l'objet de multiples initiatives - comme la plateforme Industrie 4.0 -, et la formation en constitue un volet important.
« Le futur du travail » au sein de la puissante centrale syndicale IG Metall. L'importance du système dual d'apprentissage - qui forme nombre d'ouvriers, de techniciens et d'ingénieurs - est une force. « Les cursus s'adaptent rapidement aux nouvelles technologies », poursuit le syndicaliste.
Au moins aussi cruciale est la capacité du système industriel à se livrer régulièrement à des exercices de prévision très poussés - sur le portefeuille de produits, les volumes et méthodes de production - et à les décliner en termes de besoins qualitatifs et quantitatifs de main-d'oeuvre. Cette capacité d'anticipation a donné naissance, il y a déjà une dizaine d'années, à une nouvelle formation aujourd'hui très prisée : le « technologue de production » qui met en oeuvre les différentes technologies industrielles.
Sur le terrain, cette gestion prévisionnelle permet de former les salariés, sous le regard attentif de leurs représentants, très puissants au pays de la codétermination.
Ainsi, le fabricant de matériel agricole John Deere avait-il prévu de doter certains collaborateurs d'outils leur permettant de monter de multiples variantes des produits, sans avoir à maîtriser eux-mêmes les diverses façons de procéder. Après concertation, il a finalement été décidé que ces outils viendraient en contrôle qualité après montage. Résultat, les ouvriers conservent la richesse de leur travail.
L'industrie 4.0 a également des conséquences côté syndical.
La digitalisation oblige aussi à repenser les formations. « Pour les employés âgés, la formation doit être directement liée aux processus du travail quotidien. Une qualification formelle en classe est en revanche peu souhaitable », estime le syndicaliste.
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John Deere a ainsi développé des îlots d'apprentissage à proximité des ateliers où chacun, avec l'aide d'un coach, peut se familiariser aux nouveaux outils. Pour leur part, les PME peuvent s'appuyer sur la vingtaine de Learning Factories (usines-écoles) que compte le pays. Parfois créées par des grandes entreprises, souvent nées de l'initiative conjointe des gouvernements locaux, de l'industrie, de la recherche et des syndicats, elles abritent des environnements opérationnels où la formation se déroule en conditions quasi réelles. Ces usines-écoles ont même, désormais, leur conférence annuelle à Darmstadt.
Erick Haehnsen et Catherine Bernard