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ClimatEnergie & Environnement

Marée noire : BP de Charybde en Scylla

latribune.fr avec Reuters

Publié le 18 juin 2010 à 00:19

Le Quotidien Numérique

21 juillet 2026

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Après Standard & Poor's, Moody's abaisse la note de crédit de BP de trois crans en raison du coût qu'aura la marée noire dans le golfe du Mexique. Le directeur général de BP, Tony Hayward, abandonne la gestion quotidienne des opérations. Vladimir Poutine craint carrément la disparition de BP, troisième producteur de pétrole en Russie.

Pour BP, plus dure est la chute. Et tel Ulysse sur les flots de la Méditerranée qui passe d'un monstre marin à l'autre (Charybde et Scylla), symboles d'un gouffre menaçant ou d'un tourbillon assassin lors du passage du détroit de Messine, le groupe pétrolier britannique n'en finit pas de voir les mauvaises nouvelles le frapper. Jeudi soir, c'est la grande agence de notation financière Standard & Poor's (S & P) qui a abaissé la note de crédit de BP de deux cran à A contre AA-, en raison du coût qu'aura la marée noire dans le golfe du Mexique. S&P a précisé que cette note pourrait encore être abaissée à l'avenir. Son homologue Fitch avait elle aussi abaissé cette note en début de semaine, de six crans pour la ramener à BBB contre AA. Ce vendredi, c'est au tour de l'autre grande agence, Moody's, de dégrader la note à long terme de BP de trois crans, de "A2" à "Aa2".

Le directeur général de BP Tony Hayward va abandonner la gestion quotidienne de la marée noire du Golfe du Mexique à un autre responsable du groupe pétrolier, Robert Dudley, a déclaré vendredi le président de BP, Carl-Henric Svanberg, dans un entretien à Sky News.

Ce vendredi, le premier ministre russe Vladimir Poutine affiche ses craintes de voir carrément disparaître brutalement BP, troisième producteur de pétrole en Russie et co-actionnaire de la société russo-britannique TNK-BP.

BP envisagerait un emprunt de cinq à dix milliards de dollars (quatre à huit milliards d'euros) dès la semaine prochaine, rapportait jeudi la chaîne CNBC. BP discuterait de l'opération avec sept banques, dont Goldman Sachs et Morgan Stanley. BP, mis en difficulté par la marée noire dans le golfe du Mexique, a sollicité sept banques dans le but d'emprunter un milliard de dollars à chacune d'elles, ont déclaré des sources bancaires à Thomson Reuters LPC. CNBC a précisé vendredi soir que BP espère lever cinq milliards de dollars avec l'émission d'une obligation non garantie offrant un rendement compris entre 8% et 10%, rapporte CNBC. Le groupe pétrolier britannique doit lever des capitaux pour financer le fonds de réserve de 20 milliards de dollars qu'il s'est engagé à créer pour couvrir les indemnisations à venir liées à la marée noire.

Il aurait demandé à ses principales banques de mettre en place une série de prêts-relais bilatéraux à un an, a expliqué une source. Ces types de prêts ne sont pas syndiqués. Parmi les banques concernées figurent Barclays, HSBC et Royal Bank of Scotland, chacune pour un prêt d'un milliard de dollars, ont dit plusieurs sources bancaires."BP approche discrètement des banques en vue de cette facilité", a déclaré une seconde source. Une troisième a expliqué qu'aucune banque américaine ne devrait accorder de prêt à la compagnie pétrolière. En 1996, Exxon, devenue depuis Exxon Mobil, avait eu recours à un mode de financement équivalent après la catastrophe de l'Exxon Valdez pour emprunter 6,75 milliards de dollars et garantir le paiement d'une amende de cinq milliards.

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Un représentant de BP s'est refusé à tout commentaire sur un éventuel projet d'emprunt. "Nous ne commentons pas les rumeurs et les spéculations", a dit un porte-parole. Le 4 juin, BP avait déclaré disposer de cinq milliards de dollars de trésorerie, de 5,25 milliards de lignes de crédit bancaire non utilisées et de 5,25 milliards supplémentaires en lignes de crédit-relais bancaires.

Après avoir annoncé que le groupe ne verserait pas de dividende pendant trois trimestres pour financer la création d'un fonds de 20 milliards de dollars et couvrir les dommages causés par la marée noire, le cours de la dette de BP a rebondi mercredi et jeudi. BP a également annoncé qu'il réduirait son programme d'investissements et vendrait dix milliards d'actifs. Les spreads de l'emprunt BP Capital Markets à échéance 2013 et offrant un coupon de 5,25% se sont réduits de 13 points de base jeudi pour s'établir à 620 points de base par rapport aux Treasuries, selon les données MarketAxess.

Jeudi, le directeur général de BP Tony Hayward a affronté la colère du Congrès américain, lors de son audition par une commission de parlementaires qui a accusé le géant pétrolier d'avoir pris des risques excessifs, déclenchant ainsi la pire marée noire de l'histoire des Etats-Unis. "Sous votre direction, BP a pris les risques les plus exagérés", a dit le démocrate Henry Waxman au début de l'audition. "BP a pris des raccourcis pour économiser un million de dollars par-ci et quelques heures ou jours par-là. Et maintenant l'ensemble du golfe (du Mexique) en paie le prix."

Ces déclarations et ses réponses qualifiées aux Etats-Unis d'"évasives" ont donné le ton d'une séance difficile pour Tony Hayward, dont les bévues, le peu de sensibilité et la volonté de minimiser l'ampleur de la catastrophe ont heurté l'opinion. A cela s'ajoute le fait que la perspective des élections de mi-mandat de novembre prochain aiguise les prises de position des parlementaires.

Les membres de la commission parlementaire ont reproché au groupe pétrolier basé à Londres d'avoir ignoré les mises en garde des entreprises partenaires et de ses propres employés, et choisi l'option de forage la plus rapide et la moins onéreuse, qui augmentait pourtant le risque de rupture du puits.

La collecte de plus en plus fructueuse

Le groupe BP a réussi à collecter plus de 25.000 barils de pétrole provenant du puits endommagé dans le golfe du Mexique et le forage du puits de secours progresse, a déclaré vendredi l'amiral des garde-côtes Thad Allen, qui supervise les opérations de nettoyage.

Il s'agit de la plus importante quantité de pétrole récupérée en une journée grâce aux systèmes de confinement mis en place par le géant pétrolier depuis l'explosion et le naufrage de la plate-forme Deepwater Horizon, le 20 avril dernier, qui a fait onze morts et soufflé le puits.

Selon le groupe britannique, le dôme de confinement mis en place le 3 juin au-dessus de la fuite a permis de capter 16.200 barils jeudi. Depuis son installation, ce dispositif a permis de collecter 191.170 barils au total.

Le second système de confinement, mis en service mercredi, a permis de récupérer et de brûler 9.270 baris supplémentaires jeudi, sur une capacité maximale quotidienne de 10.000 barils. Presque deux mois après le début de la pire marée noire de l'histoire des Etats-Unis, la quantité de pétrole qui se déverse chaque jour dans les eaux du golfe n'est toujours pas précisément connue. Selon Thad Allen, le chiffre "le plus probable" s'élève à 35.000 barils par jour (bpj) mais il pourrait atteindre 60.000 bjp, selon les dernières estimations des autorités américaines.

"PUITS DE CAUCHEMAR"

"Nous avons appris que les responsables de BP avaient reçu à plusieurs reprises des signaux faisant comprendre qu'il s'agissait - selon les termes d'un employé - d'un puits de cauchemar", a relevé le démocrate Bart Stupak.

La déclaration préliminaire de Tony Hayward, durant laquelle il s'est dit "profondément désolé", a été interrompue par une femme dont les mains étaient peintes en noir et qui a crié à tue-tête: "Vous devriez être poursuivi pour crime, Tony." Après une lutte avec la police, elle a été évacuée de la salle.

Le directeur général de la compagnie pétrolière a déclaré que BP faisait tout son possible pour contenir la marée noire consécutive à l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, qui a fait onze morts le 20 avril.

"L'explosion et l'incendie de Deepwater Horizon, ainsi que la marée noire qui s'en est suivie, n'auraient jamais dû se produire et je suis profondément désolé que cela ait été le cas", a dit Tony Hayward.

Dans une déposition écrite soumise au comité, le patron de BP estime qu'il est trop tôt pour expliquer les causes de cet "accident complexe" dans lequel "un certain nombre de compagnies, dont BP, sont impliquées", suggérant que c'est le secteur pétrolier dans son ensemble qui doit s'améliorer.

Bob Abbey, qui dirige le service fédéral de gestion des minerais, a par ailleurs indiqué lors de son audition par une autre commission du Congrès que les compagnies pétrolières devraient "sans aucun doute" passer en revue et amender leurs plans d'action pour faire face aux marées noies au regard de ce qui s'est passé dans le golfe du Mexique.

Pendant que Tony Hayward était entendu à Washington, les efforts se poursuivaient en mer pour collecter le pétrole qui continue à s'échapper du puits endommagé. Un deuxième système de confinement qui permettrait de porter la capacité de captage à 28.000 barils par jour a été mis en place mercredi.

Selon l'amiral des garde-côtes Thad Allen, chargé de superviser les opérations de lutte contre la marée noire pour le gouvernement, la quantité de pétrole récupérée devrait s'élever à 28.000 barils par jour "en début de semaine prochaine" grâce à ce nouveau système, contre 18.600 barils pour la journée de mercredi.

Selon une nouvelle estimation, le volume total de fuite est de l'ordre de 35.000 à 60.000 barils par jour (soir 5,56 à 9,52 millions de litres). Le groupe pétrolier a accepté mercredi de créer un fonds de 20 milliards de dollars pour couvrir les dommages causés par la marée noire.

L'accord sur la création de ce fonds de réserve a été annoncé mercredi par le président Barack Obama après quatre heures de discussions entre responsables de l'administration américaine et représentants de la compagnie BP (voir .

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Quelque 190 kilomètres de côtes ont été souillées, l'industrie de la pêche et le secteur du tourisme ont été lourdement pénalisés, tandis que la faune et la flore du golfe du Mexique et des Etats côtiers sont en péril.

latribune.fr avec Reuters

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