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ClimatEnergie & Environnement

Alstom : l'après-crise sera difficile

Marie-Caroline Lopez

Publié le 04 mai 2012 à 17:36 - Mis à jour le 04 mai 2012 à 17:51

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Le groupe dirigé par Patrick Kron a confirmé vendredi, en présentant ses résultats annuels, le retour des commandes de ses grands clients dans le transport et l'énergie. Mais Alstom est ébranlé. La forte pression concurrentielle lui permettra-t-il de conserver ses marges ?

Alstom a confirmé vendredi la fin du trou d'air qui a mis à plat pendant près de deux ans son carnet de commandes. Après ce retournement commercial, initié début 2011, le groupe dirigé par Patrick Kron va devoir convaincre les marchés que son virage vers les pays émergents se fera en préservant ses marges. Et sa trésorerie, creusée par la chute des commandes. Après deux plans de restructurations -les premiers depuis les années noires 2003-2004, Alstom va devoir aborder cette délicate sortie de crise, avec une équipe de direction totalement renouvelée. Sur fond de course à l'échalote pour la succession de Patrick Kron.
Alstom affiche pour les trois premiers mois de 2012 un montant de commandes supérieur à son chiffre d'affaires -un indicateur vital dans ce secteur- et ce, pour le sixième trimestre consécutif. Le groupe vient de remporter des contrats spectaculaires comme des rames TGV, pour près d'un milliard d'euros, commandées par la SNCF ou la fourniture d'équipements pour une centrale nucléaire en Russie pour près de 900 millions d'euros. Le redressement commercial commence à se traduire dans le chiffre d'affaires qui a baissé de 5 % à 19,9 milliards d'euros (sur l'exercice décalé 2011/2012 clos le 31 mars), après un recul plus sensible de 10% sur le premier semestre. Confiant dans la pérennité de cette amélioration, Alstom table sur une hausse annuelle de 5% de son chiffre d'affaires sur les trois ans qui viennent.

Pour l'exercice écoulé, si le résultat net ressort à 732 millions d'euros (+ 58% par rapport à l'exercice précédent où il s'était effondré de 62%), la marge opérationnelle s'est à nouveau érodée, à 7,1% contre 7,5% l'an dernier et 9,1% il y a deux ans. Ce qui situe la rentabilité opérationnelle du groupe dans la fourchette basse de ses objectifs fixés entre 7 et 8% sur l'exercice. Le titre a perdu vendredi 4,26% à la Bourse de Paris. Une des plus fortes baisses du CAC.

Interrogations sur la rentabilité et la dette
Et c'est précisément sur l'évolution de cette rentabilité que les analystes s'interrogent. « Alstom réalise désormais 60% de ses commandes de centrales électriques et de trains dans des zones émergentes. Est-ce que ce sera pénalisant pour ses marges ? Le groupe pourra-t-il capter cette croissance avec le même niveau de marge ? », se demande Pierre Boucheny, de Kepler Capîtal. Patrick Kron vient de répondre en partie en fixant ce vendredi un objectif prudent, de retour à une marge de 8% en mars 2015. Prudence d'autant plus nécessaires que des doutes apparaissent sur le rythme de croissance des pays émergents. Siemens vient tout juste de faire état d'un ralentissement des commandes dans l'énergie en Chine. Alstom n'a d'ailleurs toujours pas finalisé son mariage avec le chinois Shangaï Electric, fabriquant de chaudières à charbon, qui les mèneraient à détenir 30% du marché mondial. La conclusion de cet accord, annoncé il y a un an, n'est pas certain, plusieurs « sujets significatifs » restant à traiter.
Autre question cruciale : la pression concurrentielle accrue va-t-elle modifier le financement des contrats quitte à creuser, encore, la dette du groupe ? Fort d'une trésorerie nette de 2,2 milliards d'euros en mars 2010, Alstom affiche une dette nette de 2,5 milliards en mars 2012. En cause : la diminution des avances liées à la chute des commandes mais aussi la nouvelle réticence des grands clients, souvent publics, à acquitter ces avances. Ce qui oblige Alstom à financer davantage lui-même l'exécution de ses commandes. « Nous attendons de savoir si Alstom sera encore en mesure de négocier un certain nombre d'avances sur les commandes », déclare Lionel Pellicer d'AlphaValue. « En d'autres termes, si le retournement du carnet de commandes va se traduire par la normalisation de la génération de cash ». En janvier, Moody's a dégradé d'un cran sa note crédit en lui adossant une perspective négative.

Le "dauphin" à l'épreuve

"Il ne faut pas vivre avec l'idée de marges et de conditions de paiement détéroriées dans les pays émergents", a répondu Patrick Kron en présentant ses résultats vendredi. Il explique notamment la dégradation de 7 à 5% de la rentabilité de sa division transport par le nombre croissant de contrats signés dans des pays comme l'Inde ou la Russie. "Le décalage d'impact sur le compte de résultat ne provient pas de l'origine géographique mais de la nature des contrats", explique-t-il. La plupart de ces commandes exigent la construction d'une nouvelle usine sur place, la conception d'un nouveau produit adapté, une chaîne d'approvisionnement nouvelle... "Cela exige davantage de cash", conclut le PDG d'Alstom. Pour la branche transport, il invoque également une proportion plus grande de nouveaux produits, moins rentables que les rames ou trains "rôdés". Confiant dans le retournement, Patrick Kron s'engage d'ailleurs à dégager un cash flow libre positif sur "chacun des trois exercices à venir", après avoir consommé plus de 500 millions d'euros ces deux dernières années.

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Pour aborder cette nouvelle conjoncture, plus difficile, Patrick Kron a choisi en juin dernier de renouveler totalement ses patrons opérationnels. « Il a repris la main et rajeuni son équipe en nommant des quadragénaires qui lui devront tout », explique un analyste parisien. Profitant du départ inopiné de Philippe Mellier patron d'Alstom Transport depuis 2003 parti pour diriger le diamantaire De Beers, Patrick Kron a écarté au même moment le responsable de l'énergie, Philippe Mellier. Il a reconfiguré en quatre branches ses activités et nommé quatre « jeunes » patrons. Dont Jérôme Pécresse, le mari de Valérie, qui vient d'Imerys que dirigeait Patrick Kron entr 1998 et 2003. Le PDG d'Alstom a saisi l'occasion pour mettre à l'épreuve son « dauphin » pressenti, Henri Poupart-Lafarge. « Confortablement calé à la direction financière du groupe depuis 2004, Henri se retrouve à la tête de la division Transport. Tâche à haut risque puisque sa rentabilité vient de plonger », souligne un autre observateur.

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Retrouvez ici l'interview de Patrick Kron dans l'Hebdomadaire La Tribune du 27 avril 2012

Marie-Caroline Lopez

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