Allemagne : manifestation anti-charbon dans un village menacé de disparition par l’extension d’une mine

Plusieurs milliers de manifestants se sont réunis samedi à Lützerath, un village menacé par l'extension d'une mine de lignite à ciel ouvert, afin de protester contre ce projet. L'opérateur du site, le conglomérat RWE, maintient cependant le cap, et affirme que le charbon qui se trouve dans le sous-sol de la commune sera "nécessaire dès 2024", puisque l'Allemagne dépend de ce combustible fossile extrêmement polluant pour produire son électricité, notamment si elle veut se défaire du gaz russe.

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La mine de Garzweiler est un des plus grands sites d’extraction de lignite à ciel ouvert du monde, nommé d’après le village de Jüchen-Garzweiler, et exploitée par l'entreprise allemande RWE Power.
La mine de Garzweiler est un des plus grands sites d’extraction de lignite à ciel ouvert du monde, nommé d’après le village de Jüchen-Garzweiler, et exploitée par l'entreprise allemande RWE Power. (Crédits : CC)

Samedi, des milliers de manifestants se sont rassemblés pour sauver le village de Lützerath, dans le bassin minier rhénan. Et pour cause, comme d'autres avant lui, celui-ci est condamné à disparaître afin de permettre à une mine de charbon de s'étendre, malgré l'objectif de l'Allemagne d'abandonner cette source d'énergie, très émettrice en gaz à effet de serre, à horizon 2030. En effet, Lützerath se situe à quelques centaines de mètres seulement de la gigantesque mine à ciel ouvert de Garzweiler, l'une des plus grandes du monde, et se voit donc menacé au moment où Berlin compte s'appuyer davantage sur ce minerai pour réduire sa dépendance à l'égard du gaz russe.

Sur les quelque 3.500 manifestants, selon les chiffres communiqués par les organisateurs, une centaine de militants ont même décidé d'aller protester au bord de la mine, ce qui peut s'avérer "extrêmement dangereux", a estimé dans un tweet la police de la région Rhénanie du Nord-Westphalie, demandant aux organisateurs de faire passer le message parmi les protestataires.

Un pays extrêmement dépendant de la roche noire

Depuis l'invasion russe de l'Ukraine, le débat sur le charbon est relancé dans le pays, très dépendant du gaz russe qui représente quelque 55% de ses importations.

Afin d'assurer la production d'électricité tout en réduisant sa dépendance, le gouvernement allemand s'est donné fin mars la possibilité de "suspendre" la fermeture de certaines centrales à charbon pour remplacer le gaz en provenance du pays de Vladimir Poutine, tout en assurant que l'objectif d'une sortie du charbon d'ici à 2030 reste inchangé.

Lire aussi 3 mnL'Allemagne pourrait prolonger des centrales à charbon pour réduire sa dépendance au gaz russe

"Comment pouvons-nous avoir confiance en la capacité du gouvernement de contribuer à la paix en Ukraine s'il détruit des maisons et des villages dans son propre pays pour des énergies fossiles ?", a dénoncé Ilyess El Kortbi, militant ukrainien du mouvement Fridays For Future, cité dans un communiqué.

De fait, avant même la guerre en Ukraine, l'Allemagne restait fortement engluée dans cette source d'énergie très polluante. En témoigne l'image, toujours prégnante, de la destruction de l'église de Sant-Lambertus en 2018 pour permettre l'extension d'une mine de lignite à ciel ouvert. Ainsi, au global, bien que la consommation de charbon outre-Rhin ait été divisée par trois depuis 1990, 28,9% de l'électricité injectée dans le réseau du pays provenait encore de centrales à charbon au premier trimestre 2021, « contre 13% en moyenne dans l'Union européenne », peut-on lire dans une note de l'Institut Jacques Delors publiée en septembre sur le sujet.

L'exploitant RWE maintient le cap

Face à ce constat, Lützerath est devenu le nouveau point de ralliement du mouvement écologiste allemand. Des activistes y ont construit des cabanes et se préparent à la confrontation avec les forces de l'ordre. La jeune activiste désormais mondialement connue Greta Thunberg avait d'ailleurs visité la région en septembre dernier.

Reste que le charbon qui se trouve dans le sous-sol de ces communes sera "nécessaire dès 2024" pour approvisionner les centrales, alors que les autres mines de la région ferment, continue d'assurer pour sa part l'exploitant, le groupe d'énergie RWE. Et tout autour, d'autres hameaux sont déjà complètement abandonnés. La plupart de leurs habitants ont été relogés dans de nouveaux villages construits à bonne distance de la mine.

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(Avec AFP)

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Commentaires 2
à écrit le 25/04/2022 à 18:10
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Ainsi donc, le charbon doit disparaître dès 2030, mais reste une "énergie de transition" qui sera remplacée par la suite par le gaz qui est lui-même classé comme "énergie de transition" (!) en attendant qu'il soit remplacé par ;;;; par quoi au juste ...

à écrit le 24/04/2022 à 0:04
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Toute l hypocrisie allemande… les ecolos ont voulu sortir du nucléaire ils récupèrent lle pliant charbon … félicitation .. en France on aurait deja eu des incendies ou exactions sur Rwe…

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