L'Allemagne se dit prête à se passer du pétrole et du charbon russe d'ici fin 2022, mi-2024 pour le gaz

Dans son objectif de réduire sa dépendance aux énergies russes, l'Allemagne a annoncé qu'elle allait fortement et rapidement réduire ses importations. Avant de s'en passer : ce sera d'ici l'automne pour le charbon et la fin 2022 pour le pétrole. Le processus s'annonce en revanche plus lent pour le gaz puisque ce ne sera pas avant mi-2024. L'UE et les États-Unis ont par ailleurs officialisé un accord sur des livraisons américaines supplémentaires de gaz naturel liquéfié (GNL) à l'Europe.

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Avant l'invasion de l'Ukraine, l'Allemagne importait de Russie un tiers de son pétrole, quelque 45% de son charbon et plus de la moitié de son gaz naturel.
Avant l'invasion de l'Ukraine, l'Allemagne importait de Russie un tiers de son pétrole, quelque 45% de son charbon et plus de la moitié de son gaz naturel. (Crédits : DADO RUVIC)

Critiquée depuis le début de la guerre en Ukraine pour son opposition à un embargo immédiat sur les hydrocarbures russes, dont elle dépend fortement, l'Allemagne n'en a pas moins avancé sur une stratégie pour se passer des énergies russes. Elle a ainsi annoncé ce vendredi 25 mars son calendrier pour réduire ses importations puis s'en passer totalement. « Les premières étapes importantes ont été franchies pour nous libérer de l'emprise des importations russes », a déclaré le vice-chancelier et ministre de l'Économie, Robert Habeck.

« D'ici le milieu de l'année, les importations de pétrole russe en Allemagne devraient avoir diminué de moitié, à la fin de l'année, nous visons une quasi-indépendance », précise son ministère, ajoutant que « d'ici l'automne, nous pouvons devenir globalement indépendants du charbon russe ».

Avant l'invasion de l'Ukraine, l'Allemagne importait un tiers de son pétrole et quelque 45% de son charbon de Russie, selon les statistiques du gouvernement allemand. Mais désormais, les entreprises achetant des hydrocarbures « laissent expirer les contrats avec les fournisseurs russes, ne les renouvellent pas et se tournent vers d'autres fournisseurs », selon le gouvernement.

Dans un rapport consulté par Reuters en milieu de semaine, le pays envisageait de suspendre la fermeture programmée de certaines centrales électriques au charbon afin de réduire sa dépendance à l'égard des énergies fossiles russes ainsi que sa facture énergétique. « Dans ce contexte, le démantèlement des centrales à charbon pourrait être suspendu jusqu'à nouvel ordre après une analyse » menée par le régulateur du secteur, peut-on lire dans ce projet.

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Objectif mi-2024 pour le gaz

Pour le gaz, dont le pays dépendait pour plus de la moitié - entre 50% à 75% estime Eurostat - de ses importations de gaz naturel, le processus devrait toutefois être plus long. « Il reste encore du chemin à parcourir et nous ne parviendrons à nous passer du gaz russe qu'au prix d'un effort collectif », estime le gouvernement. Selon Berlin, l'Allemagne pourra être « largement indépendante » du gaz russe « d'ici mi-2024 ». Le pays a déjà réduit ses importations ces dernières semaines, qui ne représentent plus que 40% actuellement.

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Le gaz est déterminant pour le pays puisqu'il chauffe 50% des logements et représente 26,7% de la consommation primaire d'énergie. Le recours à cette énergie devrait même augmenter, dans le cadre de la transition énergétique, pour remplacer le nucléaire et le charbon en tant qu'appoint des renouvelables.

Le pays a débloqué 1,5 milliards d'euros début mars pour des achats massifs de gaz liquéfiés, livrés par l'océan, et provenant de producteurs diversifiés, comme le Qatar, ou les États-Unis. Mais l'Allemagne n'a pour l'instant pas de terminal pour acheminer ce gaz, et dépend donc des infrastructures situées chez ses voisins européens.

Trois terminaux méthaniers flottants, des immenses bateaux permettant de réceptionner le gaz liquides sur les côtes, doivent donc être réservés par les sociétés Uniper et RWE, à la demande du gouvernement, a indiqué le ministère jeudi.

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Les États-Unis vont augmenter leurs livraisons de GNL à l'Europe

Comment réduire la dépendance de l'UE aux hydrocarbures russes fait aussi partie des discussions entre les dirigeants des Vingt-Sept, réunis à Bruxelles depuis hier. Ils ont d'ailleurs officialisé ce vendredi 15 mars, avec les États-Unis, un accord sur des livraisons américaines supplémentaires de gaz naturel liquéfié (GNL) à l'Europe.

« Les États-Unis vont œuvrer avec leurs partenaires internationaux et faire leur maximum pour pouvoir fournir 15 milliards de mètres cubes supplémentaires de GNL au marché européen en 2022, avec des hausses supplémentaires attendues à l'avenir », indique une note d'information diffusée par la Maison blanche.

À plus long terme, l'objectif est que le volume supplémentaire des livraisons américaines de GNL s'établisse à environ 50 milliards de mètres cubes chaque année, est-il précisé dans ce document.

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Reste que Moscou continue d'approvisionner abondamment en hydrocarbures le Vieux continent, qui lui a fourni en échange près de 17 milliards d'euros depuis le début du conflit en Ukraine, le 24 février dernier. Même plus que d'ordinaire. Selon les dernières estimations du centre de réflexion européen Bruegel, qui s'appuie sur les chiffres du Réseau européen des gestionnaires de réseau de transport de gaz (Enstog), la Russie a ainsi vendu plus de 2.600 millions de mètres cubes de gaz à l'UE la semaine dernière, contre 1.700 millions « seulement » lors des sept premiers jours de janvier. Et alors même que le projet de gazoduc Nord Stream 2 a été suspendu, son jumeau Nord Stream 1 (qui évite l'Ukraine en passant par la Baltique) fonctionnait tout autant que l'an dernier à la même période, avec plus de 170 millions de mètres cubes acheminés quotidiennement.

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(Avec agences)

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Commentaires 9
à écrit le 27/03/2022 à 4:30
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Berlin ferait mieux de quitter l'UERSS et provisionner la reconstruction de son mur sans oublier de cracher au visage de Paris qui a annulé sa dette de la WWII car apparemment se passer du gaz de Poutine ne serait possible qu'aux calendes grecque...

à écrit le 26/03/2022 à 8:55
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Bonjour, Bon ils me semble légitime de ne rien acheter immédiatement a la Russie tant que cette agression est en cours ... Plus tard lorsque tout sera revenue dans l'ordre , nous pourrions recommencer ensemble...

à écrit le 25/03/2022 à 19:30
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elle est loin ,'Allemagne de Helmut........ca pays suit la france dans le declin et les decisions absurdes basees sur de la culpabilisation fachoes des minorites........jusqu'il y a pas tres longtemps l'Allemagne etait pragmatique...ca s'appelait 'Re...

à écrit le 25/03/2022 à 16:41
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Ce qui est con c est que Vladimir va couper le gaz la semaine prochaine vu que sa demande à reçu une réponse négative.

à écrit le 25/03/2022 à 14:06
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L'Allemagne va remplacer le pétrole et le Gaz par des centrales à Lignite les plus polluantes du monde et nous envoyer leur pollution atmosphérique comme en ce moment où toute la moitié nord de la France est entrain de mourir, au sens propre du terme...

le 25/03/2022 à 16:24
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L Allemagne arrete le nucleaire car c est cher (le KWH produit), c est une technologie mal maitrisee (plein de fissures dans les tuyaux, d ou obligation de recontroler tout le parc veillissant (fevrier 2022, eclipse par l ukraine)), c est plein de ...

à écrit le 25/03/2022 à 13:24
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Je croyais que le gaz de schiste etait un risque environnemental? que le cout du GNL est 3 fois plus que le gaz sous gazoduc... Les grands perdants sont les populations et les grands gagnants? ..... cherchez... l'USA. comme d'habitude. A qui profit...

le 25/03/2022 à 13:46
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Pas aux russes, en tout cas et c'est le but recherché.

à écrit le 25/03/2022 à 12:59
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Les endormis se réveillent pour rassurer le bon peuple ou pour l'endormir?

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