Climat : les entreprises françaises ne sont pas encore assez ambitieuses

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146 des plus grandes sociétés cotées en France et au Benelux, représentant une capitalisation boursière de 86 % du marché, et la quasi-totalité de celles du CAC 40, ont participé à l'étude.
146 des plus grandes sociétés cotées en France et au Benelux, représentant une capitalisation boursière de 86 % du marché, et la quasi-totalité de celles du CAC 40, ont participé à l'étude. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Si, dans leur grande majorité, elles intègrent le changement climatique dans leurs stratégies, leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne s'étendent pas sur le long-terme, relève une étude. Les réductions constatées sont principalement dues aux efforts de trois entreprises fortement émettrices.

Pierre Gattaz, le président du Medef, l'a admis lui-même lors d'une conférence de presse lundi 2 novembre: la lutte contre le réchauffement climatique est "une immense opportunité" pour la France en termes de création de croissance et d'emplois.

"Sans entreprise compétitive, il sera impossible de relever le défi du changement climatique", estime d'ailleurs l'organisation patronale.

Pourtant, les entreprises françaises ne se saisissent pas encore assez de cette chance, constate un rapport publié mercredi 4 novembre par l'ONG britannique CDP (ex-Carbon Disclosure Project) et réalisée avec le cabinet de conseil Accenture.

Cinq entreprises françaises "leaders de performance climat"

Certes, la grande majorité (91 %) des entreprises ayant participé à l'étude (soit 146 des plus grandes sociétés cotées en France et au Benelux, représentant une capitalisation boursière de 86 % du marché, et la quasi-totalité de celles du CAC 40) intègrent le changement climatique dans leurs stratégies. Elles ont d'ailleurs identifié des risques liés à cet enjeu sur une période supérieure à six ans.

La fiabilité et la structuration de l'information fournie, et donc la transparence, s'améliorent aussi, selon le CDP. Les initiatives de réduction sont de plus en plus chiffrées, en termes de CO2 évité, mais aussi d'investissements et de bénéfices économiques. Et en matière de reporting extra-financier, c'est la France qui prend la tête du peloton des pays européens.

Cinq entreprises françaises (Alcatel-Lucent, L'Oréal, Schneider Electric, Atos et Foncière des Régions) figurent d'ailleurs dans la liste des "leaders de performance climat" du CDP (notés A). Leurs émissions, cumulées avec celles des quatre "leaders" du Benelux (Royal Philips, ING Group, Royal BAM group et Proximus) représentent 2 millions de tonnes métriques. Deux sociétés françaises rejoignent par ailleurs cette liste cette année: la Foncière des Régions (qui passe de C à A) et Alcatel-Lucent (qui passe de B à A).

La plus grande part des réductions est due à trois entreprises

Cependant, si l'on considère l'ensemble de l'échantillon, la performance moyenne qui mesure l'impact des entreprises contre le réchauffement climatique s'est dégradée, constate l'étude, puisque la note globale est passée depuis l'année dernière de B à C. Si les émissions de scope 1 (c'est-à-dire directes) ont baissé de 2,5%, passant de 744 à 725 millions de tonnes métriques, celles du scope 2 (à savoir indirectes issues de l'énergie) ont en effet augmenté de 1%, passant de 103 à 104 millions de tonnes métriques.

De plus, la réduction est principalement due aux efforts de trois entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre: EDF, Veolia et Engie.

Les autres, en revanche, ont pour la plupart signalé soit une diminution légère soit carrément une augmentation de leurs émissions. Les responsabilités face au réchauffement sont d'ailleurs très inégales: 80% des émissions globales reportées de Scope 1 et 42% de celles de Scope 2 sont dues à six émetteurs (Arcelor Mittal, Engie, Lafarge, Shell, EDF et Total).

La France loin derrière le Royaume-Uni

Le rapport met en évidence d'autres faiblesses des entreprises de la France et du Benelux en matière d'engagement contre le réchauffement climatique. Les objectifs de réduction des émissions ne s'étendent en effet pas assez sur le long-terme: seuls 4% d'entre eux vont au-delà de 2020, et plus de la moitié expirent en 2015, relève l'ONG.

La mise un place d'un prix du carbone, pourtant vantée par le Medef comme le "moyen le plus pertinent - sinon le seul - pour encourager tous les acteurs économiques à recourir aux solutions bas carbone", n'a par ailleurs pas encore été intégrée en interne (notamment pour les calculs de faisabilité /RSI) que par 18 % des sociétés de l'échantillon. Celles qui prévoient de le faire dans les 2 prochaines années ne sont que 20%.

Enfin, si à l'échelle mondiale l'Europe s'impose comme leader du développement durable entrepreneurial (46% du total des sociétés ayant participé à l'études ont obtenu la note A), la France compte toutefois moitié moins d'entreprises leaders que le Royaume-Uni (10) et l'Espagne (9).

Dans le monde, d'ailleurs, "le nombre d'entreprises ayant fixé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre a doublé en seulement cinq ans (...) et le nombre d'entreprises faisant vérifier leurs émissions a doublé", a souligné Paul Dickinson, président du CDP, lors de la présentation du rapport au ministère des Affaires étrangères à Paris.

La finance, le levier?

A quelques semaines de la 21e conférence internationale sur le climat (COP 21), pourtant, tout le monde affiche de bonnes intentions. Pierre Gattaz lui-même a souhaité la signature d'un accord "international, ambitieux et robuste".

   |Lire aussi: Climat: General Electric parie sur l'efficacité énergétique

Le CDP tente pour sa part de pousser les entreprises à relever le niveau en lançant avec cinq grandes sociétés (Décathlon, Renault, EDF, Engie et Enel) et l'Ademe une expérimentation d'une nouvelle méthode partagée au niveau mondial pour mesurer leur engagement dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

L'ONG compte également sur le levier de la finance: "Il y a dans le monde des coalitions d'investisseurs qui s'engagent à calculer l'empreinte carbone de leur portefeuille et même à décarboner ce portefeuille", met en garde Laurent Babikian, directeur France et Benelux du CDP -dans le sillon d'ailleurs du gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney. Cela  "va faire bouger les entreprises", est-il convaincu.

   |Lire: La « finance climat », joker de la COP21 ?

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Commentaires
a écrit le 08/11/2015 à 10:46 :
C'est tout à fait normal.
Rien que de très normal.
Les adultes de notre époque s'imaginent en commissaire Torremolinos , en inspecteur Machado De Iglesias Da Fanseca.
Pistant les hommes...pardon : profiling the men...
Faisant craker les hommes , stupidifiés par la Vespérale bÔté des espionnes ...
Etc. ( Oui , je viens d'apprendre que 3 points après etc enlève 2 points !!! Diable !

Il faut que Papa cesse de financer tout ça.
Pour que tout ce monde se réveille.
C'est avec la désactivation Freudienne du Père que la petite et le petit s'intéresseront à l'économie.
Nous vivons encore en des temps bisounouresques...
a écrit le 07/11/2015 à 7:45 :
Nous commettons une erreur fondamentale, c'est de vouloir financer la contribution de l'énergie uniquement par les entreprises. C'est l'utilisateur qui paie en définitive. C'est l'utilisateur qui doit payer.
a écrit le 06/11/2015 à 9:23 :
Les entreprises dites françaises ne sont plus patriote et agissent sur le terrain comme les touristes sur une aire de pique-niques, il ne font que passer et laisse leur papier gras sur place, c'est la mondialisation!

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