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ClimatEnergie & Environnement

Crowdlending: écolos et fiables, les renouvelables attirent

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 22 décembre 2016 à 10:02

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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En deux ans d'existence, la plate-forme de crowdlending spécialisée Lendosphere a collecté plus de 10 millions d'euros auprès de 4.300 inscrits, tout en réussissant à garantir une performance "zéro défaut et zéro retard de remboursement". Mais l'appétence des particuliers pour les investissements écologiques et le caractère peu risqué des projets dans les renouvelables, grâce à l'existence en France d'un tarif réglementé d'achat de l'électricité, attirent la concurrence.

Jusqu'à la mi-août il n'y avait là que des champs. Mais jeudi 8 décembre, lorsqu'un bus d'investisseurs arrive sur le chantier de Leury, à quelques kilomètres de la ville de Soissons (Aisne), deux éoliennes d'une puissance unitaire de 3 MW s'élèvent vers le ciel. Camions et grues s'affairent autour des pilons de 25 mètres et des pales de 60 mètres composants les deux autres, qui doivent être hissées avant la fin de l'hiver. Piloté par l'entreprise InnoVent, qui en 2015 comptait une trentaine de collaborateurs et un chiffre d'affaires consolidé de presque 22 millions d'euros, le chantier a été en partie financé par la communauté de Lendosphere, qui a récolté plus d'un million d'euros: le plus grand financement participatif jamais réalisé en France par une plate-forme de crowdlending.

Une fois terminé, le parc éolien produira chaque l'année l'équivalent de la consommation électrique de 5.700 foyers (27 GWh),  pendant au moins 20 ans, au rythme de 12MW injectés chaque mois dans le réseau. Plusieurs mois après avoir mis les mains à leurs portefeuilles, les quelque 500 investisseurs ont été invités à assister à la concrétisation du projet, et à célébrer, à la même occasion, les deux ans de vie de Lendosphere, ses 4.300 inscrits et plus de 10 millions d'euros récoltés. Une quarantaine de prêteurs, curieux, ont participé.

"Je veux choisir où va mon argent"

Conscients que les intérêts annuels proposés, de 5% avant impôts pour ce projet, sont "de peu supérieurs à ceux d'une bonne assurance vie", la plupart des prêteurs disent avoir été poussés par des motivations idéologiques. "Je crois dans le potentiel de l'éolien, mais les sociétés qui le développent ont d'importants besoins de trésorerie", souligne Manuel, qui a misé un millier d'euros sur cette ferme. Malgré l'interdiction de toute forme de démarchage financier, nombre d'investisseurs sont par ailleurs des riverains du chantier, engagés dans la transition écologique de leur territoire, ajoute Amaury Blais, co-fondateur avec Laure Verhaeghe de la plate-forme: Lendosphère leur propose des tarifs préférentiels et leur apport peut aller, selon les cas, jusqu'à 65% des montants collectés.

Comme pour l'ensemble du crowdfunding en outre, le sentiment d'empowerment est également un puissant moteur du choix des investisseurs. "Je veux choisir où va mon argent", explique Marion, une investisseuse, qui précise: "Si j'en gagne, c'est par moi-même, je souhaite alors que ce soit pareil si j'en perds". Prêter pour un proposition choisie permet surtout de concilier ses idéaux avec ses besoins économiques, ajoute-t-elle, soulignant la nécessité que les leveurs de fonds ne confondent pas crowdlending et dons. Sans compter qu'investir dans plusieurs projets devient aussi une manière de diversifier les risques, soulignent Alain et Michèle, couple de "serial-prêteurs" impliqué dans des centaines de levées de fonds.

Les investisseurs de Lendosphere, qui sont à 98% des particuliers et misent en moyenne 1.050 euros, détonnent toutefois du cliché du crowdlender hyper-connecté comme de l'écolo bobo. Si tous les âges sont représentés, 44% ont entre 31 et 50 ans et 32% entre 51 et 70, souligne Amaury Blais. Toutes les régions de France contribuent, et les Parisiens ne sont que le 18% du total.

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"Un secteur qui a déjà fait ses preuves"

Tout en avouant que les déceptions, parfois même sur des projets aux apparences très solides, sont le pain quotidien de ces crowdlenders, tous les prêteurs présents à Soissons affirment être satisfaits de Lendosphere, dont ils disent apprécier le choix des projets, la transparence du suivi et l'accessibilité -"On peut contribuer sans casser sa tire-lire". Quelque 63% des prêteurs de Lendosphere ont investi plus d'une fois. La plateforme, qui selon ses propres calculs occupe aujourd'hui 11,9% du marché du crowdlending, tous secteurs d'activités confondus, et 80,26% de celui spécialisé dans la transition énergétique, est en effet l'une des rares à pouvoir se prévaloir jusqu'à présent d'un bilan de "zéro défaut et zéro retard de remboursement", malgré 45 projets financés.

"L'existence en France d'un tarif réglementé d'achat de l'électricité est une garantie de solidité de nos projets", reconnaît Amaury Blais. Se focalisant sur la production d'énergies renouvelables, Lendosphere précise par ailleurs avoir fait le choix de "propulser un secteur qui a déjà fait ses preuves", "déjà compétitif par rapport au nucléaire". Ainsi, si elle n'exclut pas d'élargir son action à d'autres domaines de la transition énergétique, la plate-forme ne compte par exemple proposer des projets de stockage énergétique que quand les technologies et le marché seront matures, ajoute son co-fondateur.

Un "marché d'avenir et sécurisé"

L'appétence des particuliers pour les investissements écologiques et le caractère peu risqué des projets dans les renouvelables attirent toutefois aussi la concurrence. Lendopolis, la plateforme de KissKissBankBank consacrée au crowdlending de TPE et PME -née comme Lendosphere en 2014, quand les entreprises ont été autorisées à lever des fonds auprès des particuliers via des plate-formes agrées-, a annoncé début décembre le lancement d'une offre spécialisée dans les énergies renouvelables, les économies d'énergie et l'efficacité énergétique. Principale raison de ce choix, un "marché d'avenir et sécurisé qui connaît une croissance moyenne de 8,9% entre 2006 et 2013", explique le communiqué de présentation.

Aujourd'hui, 10% de l'activité de la plate-forme -qui, en deux ans d'existence, a levé 10 millions d'euros auprès de 15.000 personnes pour 150 projets- concerne en effet d'ores et déjà ce secteur, observe son responsable du développement, Nicolas de Feraudy. 320.000 euros ont notamment été levés pour deux projets de la société Arkolia Energies, l'un de construction de centrales photovoltaïques, l'autre de développement sur le marché de l'autoconsommation.  Et le projet de construction de 12 centrales solaires porté par Irisolaris, qui inaugure la nouvelle offre, a déjà collecté en deux semaines 95% des 250.000 euros visés. Pendant les trois prochaines années, Lendopolis espère ainsi lever plusieurs dizaines de millions d'euros au profit des renouvelables.

Un public plus large

La plate-forme généraliste -qui par rapport à des communautés spécialisées comme Lendosphere compte attirer vers les énergies renouvelables un public plus large, voulant diversifier ses investissements- a néanmoins considéré opportun d'adapter son offre. La règle des deux ans d'existence normalement requise par Lendopolis est notamment levée pour les structures voulant se lancer dans les renouvelables, et le capital pourra être remboursé seulement in fine. "Afin de faciliter l'éventuelle vente des nouvelles centrales, les développeurs d'énergies renouvelables s'appuient en effet normalement sur la création de sous-sociétés de projet pour chaque nouvel investissement, où convergent les actifs et les financements. Or, ces structures n'ont au moment de la levée de fonds ni d'histoire ni de chiffre d'affaires", explique Nicolas de Feraudy. Les taux d'intérêts -versés périodiquement- ont en revanche été revus à la baisse, en raison du caractère peu risqué de l'investissement qui a "l'énorme avantage de donner de la visibilité sur la génération de revenus jusqu'à 20 ans".

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Lendopolis a également choisi de s'associer à un cabinet de conseil spécialisé dans le financement de projets d'énergies renouvelables, FinerGreen, qui depuis sa création en 2013 a contribué à lever plus de 200 millions d'euros pour la filière. Afin de profiter des dispositifs d'incitation à l'implication des communautés locales dans les projets de renouvelables, la plate-forme compte également lancer une offre dédiée aux riverains.

Giulietta Gamberini

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