Eau : les prix français restent inférieurs à la moyenne européenne

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Pour une consommation moyenne de 330 litres d'eau par jour, un foyer français dépense donc environ un euro, tous usages confondus. Sur l'année, cela absorbe 0,8% de son budget -une donnée constante depuis 1996.
Pour une consommation moyenne de 330 litres d'eau par jour, un foyer français dépense donc environ un euro, tous usages confondus. Sur l'année, cela absorbe 0,8% de son budget -une donnée constante depuis 1996. (Crédits : Flickr / Cha già José)
Dans les cinq plus grandes villes françaises, l'eau coûte en moyenne 3,56 euros par mètre cube, calcule une étude de la Fédération professionnelle des entreprises de l'eau. Dans un échantillon de dix pays européens, le prix moyen est de 4,01 euros. Mais, alertent les professionnels, cette performance cache des investissements en baisse.

Du point de vue des consommateurs, le modèle français des services d'eau et d'assainissement prouve sa performance. Par mètre cube, le prix moyen de l'eau dans les cinq plus grandes villes françaises était au 1er janvier 2017 inférieur de 11% à la moyenne d'une cinquantaine de métropoles européennes, révèle le 11e baromètre du cabinet NUS Consulting publié mardi 28 novembre par la Fédération professionnelle des entreprises de l'eau (FP2E).

Déterminé sur la base d'une consommation annuelle de référence établie par l'Insee de 120 mètres cubes par foyer, toutes taxes et redevances comprises, ce prix était en France de 3,56 euros par mètre cube (0,00356 euros par litre), contre 4,01 pour la moyenne de l'échantillon, constitués des cinq villes les plus peuplées de dix pays: l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède*. Pour une consommation moyenne de 330 litres d'eau par jour, un foyer français dépense donc environ 1 euro, tous usages confondus. Sur l'année, cela absorbe 0,8% de son budget -une donnée constante depuis 1996.

Décentralisation et compétition

Entre janvier 2015 et janvier 2017, la progression des prix français, de 0,6% par an, a d'ailleurs été maîtrisée à un taux bien inférieur à celui moyen des deux années précédentes, de 2%. En France en plus, ces prix bas intègrent des exigences de qualité, notamment en matière sanitaire, de continuité du service, de protection de l'environnement et d'équité sociale puisque, à la différence de ce qui se passe dans d'autres pays, la facture du consommateur français supporte la quasi-totalité des coûts de fonctionnement et d'investissement, observe la FP2E, qui regroupe la quasi-totalité des délégués privés des services d'eau et d'assainissement.

Une efficacité qui s'explique par les particularités du modèle français, selon le délégué général de la fédération Tristan Mathieu: d'une part, la décentralisation, qui permet aux maires de porter l'intérêt de la population à des prix bas ; de l'autre, la compétition entre acteurs publics et privés, qui les pousse à accroître leur performance technique et économique, mais aussi sociale et environnementale.

"Les Pays-Bas, où la délégation du service de l'eau à des entreprises privées est interdite, figurent parmi les trois pays de l'échantillon où les prix sont les plus élevés, avant l'Allemagne et le Danemark", note Tristan Mathieu.

Un "sous-investissement chronique"

Mais, "si la photo est belle, le film est triste", estime Olivier Grunberg, vice-président de FP2E. "Les prix bas ne disent rien de l'avenir": si la performance française résulte des efforts du passé, les investissements, qui représentent un quart des prix payés par les Français, sont en effet en baisse en France, explique Tristan Mathieu, qui pointe un "sous-investissement chronique" en citant une étude publiée cette année par l'Union nationale des industries et entreprises de l'eau et de l'environnement (UIE).

Pourtant, les défis sont toujours là. En premier lieu, la fracture territoriale. Au-delà des différences de prix, l'eau distribuée dans les zones les plus rurales connaît un taux de non-conformité bactériologique de 20 fois supérieur à celui des zones les plus urbaines, note la FP2E. Or, alors que de nouveaux défis comme celui des micro-polluants surgissent, les prélèvement prévus dans le budget de l'Agence de l'eau au profit de l' Agence pour la biodiversité, de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage et des parcs nationaux laissent craindre un affaiblissement du soutien financier des plus petites communes... Les régions françaises pour leur part se sont encore trop peu mobilisées pour faire connaître l'existence de 15 milliards de financement européens, qui en 2016, au bout de trois ans de programme sur sept, n'avaient été utilisés par la France que pour 4% (contre 47% en Allemagne).

La crainte d'une dégradation des infrastructures

Autre problème à résoudre, le vieillissement des infrastructures, et notamment des canalisations, dont la durée de vie ne dépasse pas les 80 ans, mais dont seulement 0,6 à 1% est aujourd'hui renouvelé chaque année: pour éviter ue dégradation du réseau, les 800 millions d'euros actuellement investis annuellement devraient être doublés, considère la FP2E. Les stations d'épuration, construites il y a une trentaine d'années, sont aussi vieillissantes, alors que l'assainissement pèse sur la facture même plus que la fourniture d'eau potable en raison d'une normative plus stricte.

Si ces interventions nécessaires sont repoussées, les prix du service pourraient en pâtir par la suite, met en garde la fédération: c'est justement ce qui s'est passé en Italie, pays qui affiche les prix les plus bas de l'échantillon étudié (1,43 euros par mètre cube d'eau), mais qui a enregistré la plus forte augmentation annuelle entre 2015 et 2017 (3%), justement car elle a dû rattraper le retard pris dans l'entretien de ses infrastructures. Sans compter les coûts de nouveaux services, notamment dans une industrie où la digitalisation joue un rôle de plus en plus important (capteurs sur les réseaux, compteurs intelligents, alertes etc.).

Efficacité économique et concurrence

Refusant un "déclassement" de la politique hydrique et voulant au contraire se saisir de toutes les opportunités drainées par les nouvelles technologies ainsi que l'essor de l'économie circulaire, la FPE2 mise donc sur les Assises de l'au promises par Emmanuel Macron pour le printemps 2018 pour remettre sur la table la question du financement des investissements et de l'innovation.

"L'efficacité économique et concurrence sont des facteurs clés de la performance à long terme", martèle Tristan Mathieu, qui réclame l'application de ces critères aussi aux délégataires publics du service de l'eau.

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(*) Les zones rurales ne sont donc pas représentées dans l'étude. Toutefois, selon la FP2E, en France la moyenne des prix de l'eau dans les grandes villes étudiées est très représentative de la moyenne nationale.

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a écrit le 02/12/2017 à 15:15 :
un article sponsorisé par le lobby de l'eau pour pouvoir augmenter les tarifs sans coup férir ?
a écrit le 30/11/2017 à 16:57 :
c'est loin d'etre le cas dans la region boulonnaise ,exploite par veolia le m3 d'eau est a 5euros lem3 plus l'abonnement???????
a écrit le 30/11/2017 à 15:16 :
le probleme de la secheresse a causse du changement de climat ont deja CREESdes problemes dans l isere sur vif et sa region EN 2016 ? DES MILLIES DE PERSONNES ONT ETE CONTAMINE PAR DES EPANDAGES DE TERRE ACRICOLE et cela risque de se reproduire n importe ou? BREF L EAU VAS SE RARIFIER DANS LES ANNEES A VENIR ? DONC LES ELUES DE TOUS BORD DOIVENT DES MAINTEMENT SINQUIETE ET FAIRE TOUS LES TRAVAUX POSSIBLE POUR QUE PERSONNE NE MANQUE D EAU POTABLE ET QU IL N Y ET PAS D ACCIDENT SANITAIRE PLUS GRAVES QU A VIF EN ISERE???
a écrit le 30/11/2017 à 11:41 :
Pas à Granville(Manche) !
Résidence secondaire, consommation annuelle 37 mètres cubes, total (toutes taxes et redevances comprises) 301,28 €, soit 8,14 € le mètre cube.
Et le distributeur (bien connu) annonce sur la facture : 2,87 € le mètre cube hors abonnement.
Et ça, il y en a des abonnements et taxes pour le distributeur, la commune, l'Agence de l'eau, le SMMAG et la part fermière !
a écrit le 30/11/2017 à 10:02 :
C'est en grande partie grace à la géographie du pays ou l'eau est acheminée naturellement...
Le réseau fuit cependant beaucoup et la pression est deux fois moins élevée qu'en allemagne, résultat trois plombe pour remplir une casserole, un bain on évite...
a écrit le 30/11/2017 à 9:55 :
"restent inférieurs à la moyenne européenne" il faut donc que ça cesse rapidement !
Pourquoi les milliards de l'UE ne sont pas utilisés ? On en récupère 4% je crois, c'est pourtant issu de l'argent que l'on verse à l'UE. Et qu'on va finir par retrouver sur les factures directes, vu qu'il faudra faire un énorme effort de remise en état de la tuyauterie [à nos frais]. Peut-être que l'argent ne peut être versé aux structures (privées) qui gèrent, ou ça fait trop de paperasses (pour des milliards, c'est si peu) ?
Je modère fortement ma consommation vu que l'eau c'est précieux, 12m3/an, ça fait 10€/m3 net (abonnement (69€), taxes comprises dont le traitement des eaux usées).
a écrit le 30/11/2017 à 8:43 :
"la décentralisation, qui permet aux maires de porter l'intérêt de la population à des prix bas ; de l'autre, la compétition entre acteurs publics et privés, qui les pousse à accroître leur performance technique et économique, mais aussi sociale et environnementale"

Hé oui quand plusieurs acteurs contrôlent les bénéfices des actionnaires milliardaires l'intérêt public est sauvegardé, heureusement d'ailleurs que l'eau reste la propriété de l'état vu les abus qu'on déjà fait les multinationales du secteur en matière de prix et de qualité (même si j'ai appris il y a peu que ce gout de chlore abominable que je sent depuis plusieurs années dans l'eau vient en fait d'une mesure d'état a cause du plan vigipirate).

Les maires sont trop proches de leurs administrés pour se faire totalement acheter c'est l'avantage par rapport aux politiciens nationaux qui ont déjà leur code barre tatoué dans le dos.
Réponse de le 30/11/2017 à 11:45 :
Bonjour, President d'un syndicat intercommunal,je me vois dans l'obligation dans le cadre de la loi Nottre, de transférer la compétence à la communauté de communes qui perd aujourd'hui de sa taille humaine, le prix au m3 va évoluer de plus1 euros et approcher les 3 euro au lieu des 1.5 aujourd'hui.le syndicat actuellement est géré par un conseil syndical reprenant les 6 communes' demain plus de 100 communes quid !de la gestion. L'ensemble sera délégué à une multinationale.
Réponse de le 30/11/2017 à 12:00 :
Merci beaucoup pour votre réponse, par ici c'est le même problème, ce regroupement des régions n'est là on dirait bien que pour déposséder les petits élus de leurs pouvoirs afin de faire gagner des parts de marchés aux multinationales donc.

Courage à vous mais le citoyen lucide actuellement ne peut qu'entrer en résistance contre cette gigantesque compromission généralisée.

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