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ClimatEnergie & Environnement

Entre prix du baril et scission du cartel, cinq questions clés pour comprendre la réunion de l'Opep du 2 juin

Photo de Sarah Belhadi

Sarah Belhadi

Publié le 01 juin 2016 à 14:45 - Mis à jour le 02 juin 2016 à 15:13

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Alors que les prix du brut opèrent un virage haussier (le prix du baril flirte avec les 50 dollars), le cartel qui regroupe 13 pays exportateurs de pétrole, doit se réunir jeudi 2 juin à Vienne pour son rendez-vous semestriel. Cinq questions pour comprendre les enjeux de cette réunion.

Pourquoi les prix du brut remontent-ils ?

Le 17 avril, la dernière réunion de l'Opep à Doha a douché les espoirs des plus optimistes. Les pays producteurs membres du cartel ne sont pas parvenus à s'entendre sur un gel de la production. Sur les marchés, la sanction est immédiate avec un baril de brut qui poursuit sa chute. Puis, contre toute attente, les prix se redressent. "On s'attendait à une baisse des prix après cet échec, puis finalement le baril est monté à 50 dollars", rappelle Jean-Pierre Favennec, spécialiste de l'énergie, ancien directeur du Centre Economie et Gestion de l'IFP School.

Plusieurs événements expliquent cette remontée tant espérée. Le 1er mai, des feux de forêts se déclarent en Alberta (Canada), région de production de sables bitumineux. Ces incendies prennent de l'ampleur et ralentissent la production de pétrole de schiste : entre 600.000 et 800.000 barils par jour sont alors retirés du marché. Quelques jours plus tard, la compagnie américaine Chevron est victime d'une attaque de rebelles au Nigeria, et perd 35.000 barils par jour. Enfin, en Libye, le tout nouveau gouvernement d'union nationale ne signe pas la fin de l'instabilité politique et de l'anarchie pétrolière. Résultat, cet ensemble de facteurs conjoncturels a un impact sur les stocks de brut disponibles, ce qui conduit à une remontée des prix. "Ce n'est pas énorme, autour de 1 million de barils par jour, mais c'est suffisant pour faire un peu remonter le prix du brut", analyse Jean-Pierre Favennec.

Peut-on espérer que les membres de l'Opep s'entendent sur un gel de la production ?

Pour rappel, l'arrivée du pétrole américain a inondé le marché mondial et bousculé les équilibres "de 2010 à 2015, il est passé de 0 à 5% de la production mondiale", rappelle Jean-Pierre Favennec. "A la louche, on a produit entre 13 et 14 millions de barils par jour aux Etats-Unis en 2014." Résultat, les autres pays veulent conserver leur assise, et l'Arabie saoudite, premier producteur au monde, inonde le marché. Et ça fonctionne.

Avec la chute des prix et un coût de production compris entre 30 et 70 dollars le baril, l'industrie pétrolière américaine est contrainte de revoir ses prétentions à la baisse. En 2015, les Etats-Unis (hors Opep) ont réduit leur production de pétrole, entre 0,5 et 1 million de barils par jour. Les Etats-Unis retirent quelques cartes du jeu, et le marché se rééquilibre.

Jeudi, l'Opep pourrait arguer qu'une intervention sur les quotas de production est désormais inutile, et l'organisation sera soutenue par les observateurs internationaux. Le mois dernier, l'Agence internationale de l'énergie a affirmé qu'un rééquilibrage était attendu pour 2017 en raison d'un repli de la production des pays non-membres de l'Opep.

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Toutefois, il faut rester prudent : si les prix venaient à remonter, les Etats-Unis pourraient chercher à récupérer leurs parts de marché, et donc tirer de nouveau les prix à la baisse  "avec un baril à 80 dollars, on va retomber dans la même situation", prévient le spécialiste Jean-Pierre Favennec.

L'Iran peut-il céder sur ses quotas de production ?

Avec la levée des sanctions internationales, Téhéran cherche à regagner sa place de numéro deux en matière de production pétrolière. En mars, l'Iran est remonté à 3,3 millions de barils par jour, et vise les 4 millions de barils d'ici à un an. A partir de cet été, le pays compte exporter 2,2 millions de barils de pétrole par jour, retrouvant ainsi son niveau d'exportation d'avant l'intensification des sanctions en 2012.

Ce facteur rend donc improbable toute décision de l'Opep en faveur d'une limitation de sa production. Le 17 avril, lors de la réunion à Doha, l'Arabie saoudite avait posé comme condition sine qua non à un accord que Téhéran accepte de revoir ses objectifs de production à la baisse...

Peut-on envisager une scission au sein du cartel ?

Dans les faits, la scission existe déjà entre Ryad, qui veut maintenir à un niveau élevé les quotas de production, et les autres qui souffrent de la baisse des prix du brut depuis deux ans.

Si l'Arabie saoudite peut se permettre de poursuivre sa guerre d'usure (l'extraction de brut lui coûte entre 2 et 5 dollars), d'autres membres de l'Opep, comme le Venezuela, sont proches de l'agonie. Le pays, qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde, est sévèrement affecté par la chute des cours du brut, et a appelé à plusieurs reprises à un changement de politique de l'Opep pour que les prix se redressent. Sans succès. Il peut envisager de quitter le cartel, mais cela ne changerait rien à la situation dans laquelle se trouve désormais le pays. "Et la tendance est plutôt contraire, l'Indonésie a réintégré l'Opep en 2015 (NDLR : elle avait quitté l'organisation en 2009), et le Gabon en a fait la demande", rappelle Jean-Pierre Favennec.

>>>LIRE AUSSI : A nouveau 13 à table au 1er janvier 2016 ! Pourquoi l'Indonésie (re)-rejoint l'OPEP ?

Le nouveau ministre de l'énergie saoudien va-t-il donner un nouveau souffle à l'Opep ?

Le cartel de 13 pays, qui produit environ un tiers du brut mondial, a pompé quelque 32,3 millions de barils par jour (mbj) au premier trimestre 2016, tandis que la production saoudienne a atteint à elle seule 10,13 mbj de janvier à avril, en hausse de 3,5% sur un an. Bref, c'est Ryad qui dicte les règles du jeu de la production Opep.

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Alors que l'ancien ministre du pétrole saoudien, Ali Al-Naimi, a quitté son poste début mai après 21 années de service, son remplaçant, Khaled Al-Faleh, devrait concentrer toute l'attention jeudi à Vienne. Mais il est peu probable que le nouveau ministre change la ligne de Ryad sur les quotas de production. "La politique est déterminée par les autorités saoudiennes, et donc par le vice-prince héritier", rappelle Jean-Pierre Favennec. Dont acte.

Sarah Belhadi

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