« C'est un peu comme le pétrole il y a 150 ans. On a commencé à produire des barils de Brent au large de l'Ecosse dans les années 70, alors que la Standard Oil Company de John Davison Rockefeller avait créé sa première raffinerie en 1870. Il a fallu cent ans pour que l'on aille en mer. Cette fois, on va aller beaucoup plus vite », promet Matthieu Guesné, fondateur et PDG de Lhyfe, premier producteur d'hydrogène vert, créé à Bouin en Vendée en 2019.
Quatre ans plus tard, Lhyfe ambitionne déjà d'implanter à terre la production de 3 gigawatts à l'horizon 2030 et 3 gigawatts, en mer, en 2035. Fin 2022, l'entreprise présentait un portefeuille total de projets de 9,8 GW de capacité de production, contre 4,8 GW un an plus tôt. « On pousse dans les deux directions. Les deux stratégies sont importantes parce que si l'on ne fait pas le début il n'y aura pas la fin », conçoit Matthieu Guesné. Autrement dit, la production à terre doit permettre de créer le marché. De rendre l'hydrogène vert disponible dans les stations-services pour que la population achète des voitures et que les véhicules industriels roulent à l'hydrogène. « Mais, à un moment, on va manquer d'énergies renouvelables, et c'est là où la stratégie offshore va prendre le pas », résume le fondateur de Lhyfe.
Quatre ans après avoir produit ses premiers kilos d'hydrogène vert, à terre, en Vendée, Lhyfe raccordait, en juin dernier, la plateforme pilote de production d'hydrogène offshore, Sealhyfe, au site d'essais en mer SEM-REV, situé à 20 km de la côte au large du Croisic où était déjà connectée l'éolienne Floatgen (Bw ideol). Dimensionné pour produire 400 kilos d'hydrogène, l'électrolyseur, grimpé sur la plateforme WAVEGEM, a très rapidement livré ses premiers kilos d'hydrogène. Un premier pas vers la production à grande échelle. Après avoir réussi les six premiers mois de tests dans le bassin du port de Saint-Nazaire, ce prototype va affronter les conditions extrêmes de l'océan au cours de l'hiver prochain. « L'objectif, désormais, est de mesurer l'usure et le comportement du matériel face à la corrosion, au vent, au sel, à l'eau, à des vagues de dix mètres... et de réussir à produire 400 kilos jour malgré les aléas environnementaux. L'accélération des vagues a un véritable impact sur la gestion des fluides dans les systèmes. Ça va être un apprentissage ! », reconnaît Matthieu Guesné.