L’effacement électrique, une source de revenus pour les industriels

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RTE doit en permanence assurer l'équilibre entre l'offre et la demande sur le réseau haute tension
RTE doit en permanence assurer l'équilibre entre l'offre et la demande sur le réseau haute tension (Crédits : Macleg – Fotolia.com)
En cas de tension sur le réseau électrique comme c’est le cas ces jours-ci, le transporteur RTE peut demander à des entreprises volontaires d’interrompre momentanément leur consommation. Le montant de la rétribution reçue pour ce service varie selon le délai nécessaire pour s’effacer du réseau.

Auparavant, le site de l'imprimeur Maury situé à Manchecourt (Loiret), qui consomme quelque 50 GWh par an, bénéficiait du tarif EJP, pour "effacement jour de pointe". Moyennant une remise de 25% sur les tarifs d'électricité, il s'engageait à s'effacer du réseau (c'est-à-dire cesser de consommer) 22 jours par an, à raison de 18h par jour, de 6h30 à 1h du matin le lendemain, entre les mois de novembre et mars.

"C'est à ce moment là que nous nous sommes équipés de groupes électrogènes, car nous ne pouvons pas nous permettre d'interrompre notre activité », explique Daniel Dauget, le responsable technique du site. Qui justifie le choix de l'entreprise pour une formule qui lui permettait de bénéficier d'une remise de 25% sur le tarif. Soit une économie de l'ordre de deux millions d'euros annuels. En revanche, s'il devait finalement utiliser le réseau pendant l'une de ces périodes suite à la défaillance d'un groupe électrogène, il lui fallait payer le mégawattheure jusqu'à dix fois son prix habituel.

Mais l'EJP a disparu avec les tarifs dérégulés et la bascule des entreprises vers le marché libre, devenu obligatoire le 1er janvier 2016, mais pour laquelle Maury Imprimeurs avait opté bien avant.

De 9 à 25 minutes de préavis

Dans l'obligation d'entretenir ses groupes électrogènes, qu'il utilise en été par temps d'orage pour éviter toute interruption d'alimentation électrique, Maury a trouvé dans l'effacement un nouveau moyen de les valoriser. Selon le contrat qui le lie depuis plusieurs années à Energy Pool (pionnier parmi les agrégateurs d'effacement né en 2009, entré en 2010 dans le giron de Schneider Electric qui reste aujourd'hui l'un de ses actionnaires), ce dernier a la main sur les groupes électrogènes et peut les déclencher à distance en cas de besoin.

Même si Maury n'a pas à intervenir, il reçoit des alertes d'Energy Pool lui permettant à son tour de prévenir une douzaine de personnes en charge de la maintenance sur chacun des sites de Manchecourt et Malesherbes, tous deux concernés. Pour une capacité totale d'effacement de 6,4 MW, Maury touche une prime fixe de disponibilité de 130.000 euros par an, correspondant à un contrat d'effacement assorti d'un contrat « de réserve », pour des effacements pouvant aller de 1 à 10 heures par jour. Au lieu des 25 minutes séparant l'ordre de l'effacement réel, le délai tombe à 9 minutes dans le cadre d'un contrat de réserve, qui permet à RTE d'intervenir de façon quasi immédiate sur le réseau en cas de besoin. Appelé à quatre reprises en 2016 pour une période cumulée de deux heures, cette année, Maury n'a pas encore eu à basculer vers ses groupes électrogènes à la demande de RTE.

 "L'intérêt économique est sans comparaison avec celui que représentaient les EJP", reconnaît Daniel Dauget. Mais il suffit à l'entretien des coupes électrogènes et permet même à l'imprimeur de gagner de l'argent.

150 sites industriels pour une capacité d'effacement de plus de 1000 MW

Energy Pool compte également parmi ses clients de très gros industriels énergivores, tels que Lafarge, Arkema ou Arcelor Mittal. Au total, l'agrégateur dispose d'une capacité d'effacement cumulée de plus de 1.000 MW auprès de 150 sites industriels français identifiés à l'issue d'un audit détaillé, pour lesquels il dispose d'outils permettant de mesurer en temps réel la consommation de ses clients. Si Maury Imprimeurs peut basculer sur ses groupes électrogènes sans interrompre sa production, d'autres clients acceptent d'interrompre et de décaler leur process de fabrication.

Rémunéré par RTE, Energy Pool a réalisé en 2016 un chiffre d'affaires de 25 millions, qu'il espère doubler cette année. Une partie de ces revenus sont réalisés à l'étranger, notamment en Belgique, au Royaume-Uni, au Cameroun, au Japon, en Corée du Sud et en Turquie. La capacité totale (France + étranger) d'effacement gérée par Energy Pool depuis son poste de commandement de Chambéry s'élève à 2500 MW, un volume que la startup espère faire grimper à 4000 MW en 2017.

Plus d'une dizaine d'autres agrégateurs d'effacement électrique sont agréés pour opérer sur le marché français, certains intervenant auprès des consommateurs industriels et commerciaux, d'autres (comme Voltalis) auprès des particuliers. RTE peut de surcroît interrompre la consommation de 21 sites industriels particulièrement énergivores, pour une puissance cumulée de 1500 MW.

En plus de cette marge de manoeuvre autorisée par l'effacement, les importations et les éco-gestes des particuliers doivent permettre à l'opérateur de réseau de garantir à tout instant de l'équilibre entre consommation et production sur le réseau haute tension.

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a écrit le 19/01/2017 à 13:04 :
Théoriquement, la décentralisation et la diversification des moyens de production d’électricité devraient amener à mieux adapter la production aux besoins de consommation.
Sans parler de l'interconnexion entre pays et de l'apport des smartgrids en tant qu'outil de communication, de mesure, de commande et de régulation.
Le fond du problème reste celui du NON stockage de électricité (ou pour l'instant limité aux centrales hydrauliques) et de la non concordance entre la production et la consommation d’électricité. Jusque là on ne se posait pas la question, avec la quasi surproduction du parc nucléaire, mais les prix de revient du Kwh nucléaire et le montant des investissements deviennent dissuasifs.
En cas d’échec à fournir de manière fiable une électricité à un prix concurrentiel le risque est aussi d’impacter négativement l’économie d’un pays ou d’une région. Et inversement un prix bas peut constituer un avantage concurrentiel, comme ce fut historiquement le cas pour l’électrométallurgie savoyarde.

Les énergies renouvelables, la nouvelle houille blanche.
Si les énergies renouvelables continuent à faire chuter le prix de revient du KWh on pourrait en arriver à une surproduction d’électricité. Ce qui c'est déjà produit, certes épisodiquement, en 2016 en Allemagne et au Chili. Les ENR sont aussi un moyen de plus en plus performant pour répondre à des besoins spécifiques liés à un type d’industrie ou à des besoins.de grands groupes énergivores, pour exemple le projet mené par EDF EN aux USA pour Google et certainement d’autres clients.

Reste à résoudre le problème du stockage d’électricité, problème transversal pour tous les appareils mobiles de petites puissances : allant de la montre, pace maker, smartphone, micro ordinateur,..., au véhicule électrique. Les batteries étant plus que perfectibles. Pour les grandes capacités de stockage, l’air comprimé et l’hydrogène semblent prometteurs.
L’émergence et la diversification de toutes ces sources d’énergie réparties et « épisodiques » vont rendre le réseau plus hétérogène et modulaire et également plus complexe à piloter. Une opportunité pour ceux qui maitriseront l’ensemble de ces technologies.

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