L'Etat veut développer l'éolien en France sans gêner les riverains

Afin d'encadrer le développement de projets éoliens et favoriser leur acceptation par les élus et les riverains, le gouvernement demande aux préfets de région d’identifier les lieux qui se prêteraient le mieux au déploiement de nouveaux parcs. Le mécanisme, qui ne prévoit aucune contrainte, doit permettre au gouvernement de multiplier par 2,5 les capacités de l’éolien d’ici à 2028, par rapport à 2019.

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En 2019, le parc éolien français a produit 34,1 TWh soit 6,3 % de la production d'électricité nationale.
En 2019, le parc éolien français a produit 34,1 TWh soit 6,3 % de la production d'électricité nationale. (Crédits : Pascal Rossignol/Reuters)

Alors que des voix s'élèvent contre certains projets d'éoliennes terrestres et leur implantation parfois qualifiée d'« anarchique », le gouvernement espère « pacifier la relation » avec les riverains mécontents. Car il ne prévoit pas d'abandonner la technologie, bien au contraire : l'Etat compte au moins doubler les capacités de cette source d'électricité renouvelable d'ici à 2028 - une évolution qui rimera sans doute avec hausse du nombre d'infrastructures.

« Le développement des énergies renouvelables électriques passera inévitablement par une forte croissance du solaire photovoltaïque et de l'éolien terrestre, dont les capacités installées devront être multipliées respectivement par 5 et 2,5 entre 2019 et 2028 », souligne la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, dans une circulaire publiée vendredi 28 mai.

Pour encadrer ce déploiement, qui devra être « plus harmonieux et mieux réparti », la circulaire en question prévoit ainsi un nouveau mécanisme : une cartographie des « zones favorables » à l'installation de parcs éoliens, qui devra être réalisée dans les six prochains mois par les préfets « partout sur le territoire ».

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Sentiment de saturation

Concrètement, ceux-ci devront prendre en compte différents paramètres, parmi lesquels la distance aux habitations, les contraintes radars, la biodiversité, les aspects paysagers ou encore le gisement de vent, a développé la ministre lors d'une conférence de presse - rappelant qu'à peine 20% du sol français était aujourd'hui accessible à l'éolien, du fait de contraintes réglementaires.

Aucune obligation venue d'en haut n'est cependant prévue, a-t-elle précisé - la cartographie étant plutôt un « outil d'aide à la décision », afin que « chaque territoire s'empare de sa transition ». « Ce travail va se faire en concertation avec les régions, les communes, les intercommunalités, les associations environnementales et de défense du patrimoine », a précisé Barbara Pompili - de manière à ce que « l'ensemble des parties prenantes s'assoient autour de la table » et « déterminent avec des données objectives les zones susceptibles d'accueillir demain des éoliennes ». Autant de données qui devront « être sur la place publique et garanties par l'Etat », a-t-elle souligné, insistant sur la nécessité de « donner de la visibilité à tout le monde » en la matière.

« Même si France compte cinq fois moins d'éolienne au km2 que l'Allemagne et trois fois moins que le Danemark, même si en 2030 il y aura moins d'éoliennes au km2 en France qu'en Allemagne aujourd'hui, certains projets éoliens suscitent des difficultés d'acceptation locale, avec une forme de sentiment de saturation auprès des riverains. Je crois à une transition avec, par et dans les territoires et à un développement de l'éolien concerté pour être plus harmonieux et accepté », a-t-elle ajouté pour défendre le dispositif.

Pour l'heure, le gouvernement a demandé un « premier retour » des préfets six mois après les élections régionales, prévues fin juin, en vue de finaliser les projets un an après celles-ci. Et afin de « permettre plus de consultation », une charte de bonne pratique, déclinée en guide de bonnes pratiques, sera publiée prochainement.

Une technologie « vitale »

La ministre a néanmoins battu en brèche les accusations d'implantation « anarchique » de telles infrastructures sur le territoire aujourd'hui. « Les projets font tous l'objet d'une étude d'impact. [...] Concrétiser un projet éolien en France prend plusieurs années, toujours significativement plus que chez nos voisins européens », a-t-elle affirmé. Et de défendre le caractère « vital » de cette technologie pour lutter contre le dérèglement climatique. « Installez une éolienne, vous protégez la planète, c'est aussi simple que ça. C'est un fait scientifique, une évidence que je veux réaffirmer aujourd'hui », a-t-elle déclaré, regrettant des « contre-vérités et des petites polémiques électorales stériles » sur le sujet.

Et les sondages semblent aller dans son sens : selon le baromètre de l'Institut de sûreté nucléaire (IRSN) sur la perception des risques, 82% des Français ont une bonne image de l'énergie éolienne. Du côté des installations, le parc éolien est jugé le plus acceptable : 41% des sondés accepteraient de vivre près d'éoliennes, contre 22% près d'une ligne à autre tension et 16% près d'une centrale nucléaire.

Impacts sur la biodiversité

Mais son influence sur la biodiversité interroge, alors qu'un Gypaète barbu - une espèce volatile rare et menacée - a été tuée hier par une pale d'éolienne aux Pays-Bas.

« Toutes les infrastructures ont un impact sur la biodiversité. Nous connaissons celui des éoliennes sur les chauve-souris et certains oiseaux, notamment migrateurs [...] La question est : comment fait-on pour tenir compte de cet effet [...] et éviter de les construire dans des zones sensibles », a répondu à cet égard Barbara Pompili.

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Quant à la part future du nucléaire - qui permet la production d'électricité décarbonée mais suscite de nombreux débats - face à l'éolien en France, le choix pour après 2035 « devra être fait une fois tous les scénarios sur la table. RTE [le gestionnaire du réseau électrique, NDLR] est en train de les faire », a-t-elle précisé, souhaitant que la « décision ne soit pas prise par en haut mais démocratiquement, suite à une campagne, par les parlementaires ou d'autres moyens ».

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Commentaires 13
à écrit le 31/05/2021 à 2:18
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le developpement de l eolien est irreversible C est un phenomene mondial. Tout le monde en veut parce que pas cher et facile a mettre en place.Par exemple, en Europe ,on a deja plus de 5000 eoliennes offshores ( la France, une seule). Pas de probleme...

à écrit le 30/05/2021 à 14:44
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Vous pouvez faire et leur dire ce que vous voulez, ils s'en fichent pas mal. Le lobby nucléaire qui ne supporte pas la moindre concurrence après 60 ans de domination sans partage. A déjà distillé ses messages sournois faits d'un treillis de fakes new...

à écrit le 29/05/2021 à 18:25
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Chouette !! Des éoliennes partout !! Je suggère d'en mettre dans les parcs nationaux pour limiter les nuisances aux riverains et éliminer un peu plus d'oiseaux.

le 30/05/2021 à 14:34
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Mais que croyez vous, les parc nationaux en sont truffés. Le parc de la Narbonnaise est un site privilégié

à écrit le 29/05/2021 à 9:59
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Bref! Seulement et seulement si, tout cela est de fabrication française de A à Z!

le 30/05/2021 à 14:35
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Comme vos chaussettes, votre slipe, et votre stylo bille ?

le 30/05/2021 à 14:37
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Comme vos chaussettes, votre slipe, et votre stylo bille ?

à écrit le 29/05/2021 à 9:30
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Toujours la politique du en même temps, je fais un parallèle avec la question des algues vertes, un discours en pointe pour les réduire et en même temps une augmentation de l'élevage que je qualifie de concentratif et la pilule passe en expliquant la...

le 30/05/2021 à 14:39
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Tandis que vous, vous savez..... Heureusement que vous êtes là

à écrit le 29/05/2021 à 1:47
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Le cadre financier des éoliennes a conduit à oublier toutes les nuisances engendrées, paysages dégradés devenus" industriels", dévalorisation de l'habitat de proximité, bruit, nuisances psychologiques par la rotation incessante...L'affaire est "juteu...

le 29/05/2021 à 14:03
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petite négligence qui accouche d un grand mal pour finir en plogoff de l éolien

à écrit le 28/05/2021 à 21:16
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Une éolienne, c'est un mât plus des pales qui font culminer le tout à 180/200 mètres et balaient le paysage sur une surface de 10 à 15 000 mètres carrés. Et comme dans les parcs éoliens il y en a plusieurs, des dizaines, même au loin, ce sont des nu...

à écrit le 28/05/2021 à 18:45
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Je crois que la première mesure serait d'imposer des taux de charge minimum pour obtenir un permis. Mettre en place une éolienne terrestre avec un taux de charge de 15/20% est un gâchis de moyens, ne répond pas à la problématique carbone (l'intermitt...

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