18 avril 2022, en plein Paris. Au pied de l'arc de la porte Saint-Denis, dans ce quartier à la circulation d'ordinaire intense, on entend cette fois-ci les bruits de la ville comme s'ils étaient lointains et étouffés. Sur le bitume, c'est une autre réalité qui se donne à voir : des tentes, des hamacs et des bottes de foin. Depuis trois jours déjà, une centaine de militants de l'association Extinction Rebellion bloquent l'accès à la chaussée pour dénoncer l'inaction climatique. Une des figures de ce « blocage festif » se fait appeler « Oeil de nuit ». Barbu, la petite trentaine, il arbore le même look que ses compagnons de « désobéissance non violente » : de jeunes urbains imprégnés d'éco-anxiété, à savoir l'angoisse de la nouvelle génération vis-à-vis d'une nature détruite et d'une planète en proie au réchauffement généralisé. « Aucun des deux candidats finalistes de la présidentielle n'a un programme écologique à la hauteur des enjeux actuels, clame le militant. On court vers la catastrophe, donc on est là pour mettre en avant ce sujet et mettre un gros coup de pression. » Il y a là de l'emphase et une vision sombre de notre avenir. Mais au programme, ni saccage ni destruction. Plutôt un emploi du temps alternatif rompant avec les habitudes bien ancrées de la société de consommation : débats, concerts, cours de yoga, hypnose de rue et ateliers de sensibilisation écologique. En somme, une nouvelle manière de mobiliser en faveur du climat à l'heure où les perspectives commandent, en France comme dans le reste du monde, de remettre en question nos modes de vie. Longtemps, il est vrai que le changement climatique constitua un non-sujet, comme s'il avait été un angle mort du débat démocratique. Pour que l'on s'en empare enfin, il fallut des décennies de pédagogie patiente et autres tentatives politiques plus ou moins fructueuses (lire notre analyse page 36) jusqu'à ce que le flambeau soit repris par une nouvelle génération de lanceurs d'alerte, cette fois bien visibles. Influents et bruyants, ceux-ci se nomment Greta Thunberg, Cyril Dion (lire notre interview page 92) ou Hugo Clément. Ils se déplacent en train ou en bateau plutôt qu'en avion, publient des best-sellers et font salle comble lorsqu'ils donnent des conférences. Mais surtout, ils influencent tout bonnement nos dirigeants à aller plus loin dans la transition vers le monde d'après. Politiquement, il ne fait aucun doute que l'activisme de la jeunesse en faveur de la planète et du climat a remplacé les luttes sociales de jadis dans leur ampleur comme dans leurs méthodes.