La technologie progresse à grande vitesse dans les champs

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(Crédits : David Girard 2018-317)
La technologie est déjà omniprésente dans les exploitations agricoles, mais la tendance « Ag-tech » veut pousser l’innovation encore plus loin. Logiciels, drones, robots, intelligence artificielle et satellites : la France compte déjà 250 start-ups spécialisées en agriculture. Un article de notre partenaire Euractiv.

Depuis les chevaux de trait que l'on croisait encore dans les champs dans les années 1960, la high-tech s'est immiscée dans l'agriculture européenne à marche forcée. Si les chevaux font leur grand retour dans certains cultures spécifiques, comme en viticulture bio, c'est à une toute petite échelle. « Aujourd'hui on a des tracteurs quasiment autonomes, qui n'ont presque plus besoin de conducteurs », s'enthousiasme Stéphane Marcel, responsable du numérique chez InVivo. Les technologies de guidages, le recours aux satellites pour géolocaliser les opérations, mais aussi les smartphones, les logiciels voire les drones font désormais partie intégrante du quotidien des agriculteurs

En France, la recherche en agronomie qui a toujours été largement soutenue par les pouvoirs publics a pris le virage de l' « agritech ». Produire plus avec moins ? Produire mieux plus près ? Produire à distance sans main d'œuvre ? Produire durable ? Si le maître mot est l'innovation, les motivations qui mènent à l'agritech sont multiples. Au sein de l'association Ferme digitale, installée paradoxalement en banlieue parisienne, on retrouve 45 projets qui tentent d'instiller le numérique dans les fermes, avec des objectifs aussi variés que des engrais bio, des places de marché pour éviter Amazon, des logiciels d'aide à la décision, ou encore la plate-forme de financement participatif Miimosa.

Au total près de 250 start-up se penchent en France sur le secteur agricole. Côté coopératives, le groupe InVivo qui fédère 3000 entreprises développe aussi une offre technologique renforcée. Son logiciel Smag quadrille un tiers du territoire agricole français, soit 10 millions d'hectares. Il permet à l'agriculteur d'avoir accès, sur son smartphone, à des informations croisées : météo, date de pulvérisation optimale, semences, plan de fumure (ajout d'azote), mise en conformité. Si le consommateur qui achète chaque jour sa baguette de pain issue de tout ce processus n'en a pas conscience, la composante technologique est désormais omniprésente dans son alimentation.

« En France, c'est souvent les contraintes règlementaires compliquées qui tirent le recours à des logiciels, alors qu'ailleurs, les technologies sont développées pour optimiser la productivité » assure Stéphane Marcel. Entre le respect des bandes enherbées ou des cours d'eau, les agriculteurs doivent tenir à jour des cahiers d'épandage qui peuvent être informatisés. Les logiciels sont aussi très présents dans l'élevage, en raison de la complexité de la gestion vétérinaire notamment.

La nouvelle vague des « AgTech » produit aussi des innovations plus spécifiques, notamment dans le segment de l'agriculture de précision. Il s'agit alors de cartographier et de suivre les données géologiques puis végétales d'un champ, pour pouvoir adapter les intrants en fonction de besoins ultralocalisés. La société Be Api propose ainsi de cartographier ultra précisément des terrains, et de proposer, en fonction des niveaux de fertilité et d'exposition au sein d'une même parcelle, des traitements différents : plus ou moins de semences, d'eau, d'azote, d'herbicide etc. L'agriculture de précision se voit ainsi comme une solution aux pesticides : la technologie permet d'ajuster l'épandage et de les réduire.

Algorithmes et satellites pour suivre ce qui se passe dans les champs

La high-tech n'est pas seulement présente à l'étape du développement de l'agriculture : le contrôle de l'ensemble de la Politique Agricole Commune est également en train d'évoluer grâce au renfort des algorithmes. Les 59 milliards d'euros alloués aux agriculteurs font souvent l'objet de fraudes, que les organismes payeurs tentent de réduire. Les aides sont en effet allouées en fonction de certains critères, qui sont aussi des coûts pour l'agriculteur, lequel a potentiellement intérêt à préserver certaines informations de l'organisme payeur, comme l'analyse l'OCDE dans son rapport sur « les opportunités numériques des politiques agricoles ». L'imagerie satellite peut offrir une réponse à ce problème.

En partenariat avec l'Agence spatiale européenne, deux satellites, Sentinel 1 et 2, fournissent en permanence des images précises des parcelles agricoles, avec des informations ultra-précises : le type de culture, la taille exacte des parcelles, mais aussi la présence de jachères ou non peut être analysée par ces images. Des données distribuées en open source, qui font le bonheur des développeurs pour la partie de l'agriculture orientée sur les data. En matière de contrôle de l'activité agricole soumise à la PAC, l'Italie, l'Espagne et la Belgique notamment les utilisent déjà pour attribuer ou non les aides à la surface, qui représentent près de 80  % des aides. Soit un nombre insuffisant de pays selon la Cour des comptes européenne, qui déplore que la Commission n'ait pas validé à l'heure actuelle les méthodologies d'autres Etats membres désireux d'utiliser les données satellites

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Par Aline Robert, Euractiv.com

(Article publié le lundi 24 février 2020 à 8h30 mis à jour à 9h30)

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Commentaires
a écrit le 25/02/2020 à 10:00 :
On cherche a tout prix a nous vendre de "l'innovation" sans qu'il y ai le moindre progrès, alors que le capital de l'agriculteur c'est une terre vivante et non ce qui pousse dessus qui sont ses intérêts!
a écrit le 24/02/2020 à 18:40 :
Démentiel ! Toute cette technologie a nécessité des moyens et une débauche d'énergie colossale qui participe au dérèglement climatique qu'elle est aujourd'hui censé combattre.
Pour un résultat... nul.
Des produits bourrés de pesticides, d'engrais chimiques, gustativement et de conservation nuls... nuls...nuls pour les agriculteurs qui ne gagnent même pas leur vie avec leur production, mais parfaitement rentable pour tous les intermédiaires, jusqu'au distributeur...Tout faux... tout nul.
a écrit le 24/02/2020 à 14:36 :
l'avenir est à la low tech, pas aux délires d'ingénieurs agronomes, formatés intellectuellement, qui ne savent etre attirés que par des bazars monstrueux.... Il est bien plus facile d'imaginer un système complexe que l'élégance d'un système plus simple qui est réellement conçu pour son utilisateur (l'agriculteur) et pas pour que l'ingénieur se fasse plaisir..
Actuellement, les fermes les plus rentables sont celles qui ont tourné le dos aux délires techniques qui coutent "un pognon de dingue". Résultat, de grosses exploitations, avec de gros chiffres d'affaire, ont des marges ridicules car il faut bien rembourser les emprunts pour payer ces "machins"...
a écrit le 24/02/2020 à 13:46 :
Pour ne pas parler de l'empoisonnement généralisé de l'agro-industrie que l'UE non seulement est incapable de combattre mais qui en plus lui est totalement dévouée, on nous amuse, encore une fois, avec le progrès technologique.

Encore une belle démonstration de la lucidité de nos dirigeants européens.

Vite un frexit.

"En matière de contrôle de l'activité agricole soumise à la PAC, l'Italie, l'Espagne et la Belgique notamment les utilisent déjà pour attribuer ou non les aides à la surface, qui représentent près de 80 % des aides"

Vraiment très vite.

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