Après ceux de Fessenheim, douze autres réacteurs devraient être stoppés. Mais la route vers les énergies 100 % renouvelables est encore longue et l’atome toujours indispensable à la lutte contre le réchauffement.C 'est une promesse de campagne de François Hollande qui se concrétise. Samedi 22 février, le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Bas-Rhin, va être mis à l'arrêt. Le second réacteur cessera sa production le 30 juin. Critiquée par certains, applaudie par d'autres et maintes fois reportée, la fermeture de la plus vieille centrale en activité dans l'Hexagone, mise en service en 1977, marque le début d'une évolution du mix énergétique français vers moins de nucléaire. Et peut-être même vers l'abandon total de l'atome, comme en Allemagne, au profit des énergies renouvelables ?
Une hypothèse qui demeure très lointaine. Pour le moment, la France s'est en effet fixée pour objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 %, contre un peu plus de 70 % aujourd'hui, à horizon 2035 - dix ans plus tard qu'initialement prévu. Pour y parvenir, douze réacteurs supplémentaires doivent être stoppés. Soit six paires à choisir parmi une liste de sept sites déjà identifiés par EDF (Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines et Tricastin). Contrairement à Fessenheim, ces centrales comptent au moins quatre réacteurs. Et donc ne fermeront pas à cette échéance.
Cependant, au-delà de 2035 aucune option n'est écartée, assure le gouvernement. « Il est important de regarder tous les scénarios », expliquait fin 2019 Élisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire. Dont un scénario sans nucléaire et 100 % renouvelable, que l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) estime possible d'ici à 2060. Des « fadaises », rétorque le député Julien Aubert, principal pourfendeur des éoliennes à l'Assemblée nationale. « Un voyage outre-Rhin suffira à montrer [à la ministre] que c'est infaisable », ajoute l'élu LR du Vaucluse.
Bâtir trois paires d'EPR
Pour les partisans du nucléaire, l'exemple allemand a valeur d'avertissement, celui d'une sortie trop précipitée de l'atome. Entérinée en 2011, quelques mois après la catastrophe de Fukushima, au Japon, celle-ci doit être définitive en 2022. Dix des dix-sept réacteurs du pays ont déjà cessé de fonctionner. La baisse du nucléaire a certes été compensée par la montée en puissance de l'éolien et du solaire, qui assurent environ 30 % de la production d'électricité nationale. Mais le secteur de l'éolien, qui a connu des années de forte croissance, est aujourd'hui en crise. En outre, ce choix n'a fait que retarder l'abandon du charbon, énergie fossile particulièrement polluante et émettrice de gaz à effet de serre. Cet été, une centrale à charbon flambant neuve va même être raccordée au réseau électrique. « L'objectif français de neutralité carbone en 2050 ne pourra pas être atteint sans une part significative de nucléaire », souligne par ailleurs Marc Bussieras, directeur de la stratégie d'EDF. L'énergéticien français milite ainsi pour la construction de nouveaux réacteurs.