Plastique recyclé : les entreprises s'engagent à redoubler d'effort

 |   |  984  mots
575.000 tonnes, cela reste insuffisant par rapport aux 3,6 millions de tonnes de plastique mises sur le marché chaque année en France, puisque 3 millions continueront d'être enfouies, incinérées, voire dispersées dans la nature, a souligné Brune Poirson.
"575.000 tonnes, cela reste insuffisant par rapport aux 3,6 millions de tonnes de plastique mises sur le marché chaque année en France, puisque 3 millions continueront d'être enfouies, incinérées, voire dispersées dans la nature", a souligné Brune Poirson. (Crédits : Reuters)
55 entreprises et fédérations se sont engagées lundi à incorporer dans leurs produits 275.000 tonnes de résines recyclées d'ici à 2025, qui viennent s'ajouter aux 300.000 tonnes déjà incorporées aujourd'hui. Pour le gouvernement, c'est une première étape vers l'objectif de 100% de plastique recyclé dans sept ans.

C'était l'un des principaux enjeux de l'élaboration d'une Feuille de route de l'économie circulaire: favoriser une plus grande incorporation du plastique recyclé dans les nouveaux produits, afin de soutenir l'industrie du recyclage. Mais, tiraillé entre la promesse de campagne d'Emmanuel Macron de 100% de plastique recyclé à l'horizon 2025 et le lobbying des metteurs sur le marché, très en retard en matière d'éco-conception, le gouvernement s'était finalement résolu à adopter une méthode plutôt inspirée des théories d'incitation comportementale dites du "nudge".

Dans le document final publié en avril, il se limitait ainsi à évoquer la nécessité de "susciter, d'ici l'été 2018, des engagements volontaires de l'ensemble des acteurs", "incluant des objectifs de volumes d'intégration de matières plastiques recyclées" dans l'ensemble des secteurs concernés tels "l'emballage, le bâtiment, l'automobile ou les équipements électroniques et électriques".

Multiplication par deux des quantités de plastique recyclé

Ce lundi, les premiers résultats de cette approche, qui s'est traduite dans la tenue pendant deux mois de quatre groupes de travail, ont été publiés. Globalement, ils ont abouti, selon la secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire Brune Poirson, à une multiplication par deux des quantités de plastique recyclé incorporé en France chaque année: les engagements pris par une cinquantaine d'entreprises et fédérations professionnelles viennent en effet ajouter 275.000 nouvelles tonnes à l'horizon 2025 aux 300.000 tonnes déjà incorporées annuellement en France.

Mer: les efforts de l'ue contre le plastique portent leurs fruits selon une etude

L'emballage promet 188.000 tonnes supplémentaires

Une grande partie de ces engagements concernent notamment le secteur de l'emballage qui, à l'origine de plus de 25% du plastique mis sur le marché en France, et de plus en plus interpellé par les médias et les consommateurs, promet d'ajouter 188.000 tonnes aux 200.000 tonnes de plastique recyclé déjà incorporées.

Un résultat qui a pu être obtenu grâce à une meilleure information des entreprises sur les exemples déjà existants d'intégration de la matière recyclée, a expliqué Agathe Cury, directrice générale des Boissons rafraîchissantes de France et présidente de la commission emballage de l'Ania.

Faire adhérer un nombre croissant d'entreprises

A cela s'ajoutent 75.000 tonnes promises par le secteur du bâtiment, et 12.000 par celui de l'automobile. Ce dernier compte notamment sur les engagements de Renault, qui vise une augmentation "de plus de 50% de la part de plastique recyclé dans ses fabrications d'ici à 2022", et de PSA, qui promet de "faire croître de plus de 15% la part de plastique recyclé dans ses productions d'ici à 2025". Le gouvernement espère par ailleurs susciter au fur et à mesure l'adhésion d'un nombre croissant d'entreprises.

Les metteurs sur le marché insistent toutefois sur un ensemble de "conditions" à la tenue de leurs engagements, qui seraient autant d'"indicateurs" de leur performance: le rapport entre les coûts de la matière vierge et recyclée, liés, dans le cas du plastique, aux cours du pétrole, mais qu'une plus grande demande de plastique recyclé devrait justement améliorer; la qualité et la traçabilité des résines recyclées, dépendant des techniques de tri et de recyclage; et les quantités d'abord mises sur le marché, ensuite collectées en France.

Afin d'améliorer ce dernier indicateur, les 55 entreprises et fédérations s'engagent d'ailleurs aussi à contribuer à la collecte de 25.000 tonnes supplémentaires de plastiques, ajoute le communiqué de presse commun des ministères de la Transition énergétique et solidaire et de l'Economie.

Lire aussi: Déchets : la Chine ferme ses portes, une opportunité pour l'industrie française ?

La confiance "n'exclut pas le contrôle et l'exigence"

"Nous accompagnerons toutes les entreprises dans ce changement car il implique aussi un avantage compétitif", en termes de réduction des coûts comme d'innovation, ainsi que "stratégique", en termes d'accès aux matières premières, a promis la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances Delphine Gény-Stéphann, en soulignant également les avantages de l'approche choisie, fondée sur la confiance: l'adaptation des objectifs aux divers secteurs, l'intégration de tous les maillons de la chaîne ainsi que des PME comme des TPE. Le gouvernement s'est d'ailleurs pour sa part engagé "à lever certains freins normatifs", déplorés par les entreprises notamment des secteurs agroalimentaire et du bâtiment.

Mais les metteurs sur le marché de produits en plastique ne peuvent pas pour autant s'asseoir sur leurs lauriers. La confiance "n'exclut pas le contrôle et l'exigence", et ces engagements ne sont qu'une "première étape", a en effet martelé Brune Poirson, qui rappelle:

"575.000 tonnes, cela reste insuffisant par rapport aux 3,6 millions de tonnes de plastique mises sur le marché chaque année en France, puisque 3 millions continueront d'être enfouies, incinérées, voire dispersées dans la nature".

La menace de la contrainte

Afin de responsabiliser les acteurs, Brune Poirson et Delphine Gény-Stephann ont notamment promis la mise en place d'un "comité de suivi" des engagements pris, en cours de composition, qui devra publier un bilan au moins trimestriel, ainsi qu'identifier les bons leviers pour accélérer la trajectoire. Comme les groupes de travail qui ont abouti à la formulation des engagements, il inclura la fondation Ellen MacArthur, une ONG experte en économie circulaire. Le gouvernement affirme également réfléchir à un renforcement de la modulation de l'éco-contribution payée aux éco-organismes par les metteurs sur le marché en fonction de l'incorporation de matière recyclée dans les produits, selon un système de bonus-malus: ce qui permettrait "d'envoyer un signal prix aux citoyens".

La menace de la contrainte continue toutefois de planer. "S'il devait y avoir besoin d'intervenir par une législation, cela se fera en amont de la transposition de la directive déchets", prévue pour début 2019, a rappelé Brune Poirson.

___

Photos : crédit Reuters.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/07/2018 à 11:10 :
haro au perturbateur endocrinien ! et revenons aux consignes

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :