Déchets en plastique : l'Union européenne publie sa première stratégie

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L'Ue promet notamment de consacrer 100 million d'euros au financement de l'innovation visant à développer des plastiques mieux recyclables et des procédés de recyclage plus efficaces, ainsi qu'à repérer et éliminer toutes éventuelles substances nocives du plastique recyclé.
L'Ue promet notamment de consacrer 100 million d'euros au financement de l'innovation visant à développer des plastiques mieux recyclables et des procédés de recyclage plus efficaces, ainsi qu'à repérer et éliminer toutes éventuelles substances nocives du plastique recyclé. (Crédits : DR)
Dans un ensemble de documents publiés samedi, la Commission européenne dessine les politiques devant permettre d'établir les "fondations d'une nouvelle économie du plastique". Elle affirme poursuivre deux objectifs: protéger l'environnement, mais aussi créer de nouvelles opportunités d'investissement et de nouveaux emplois.

25 millions de tonnes jetées chaque année, dont 39% incinérés pour produire de l'énergie, 31% enfouis en décharge et seulement mois d'un tiers (30%) collectés pour être recyclés. Comme la France, l'Union européenne aussi croule sous la masse de ses déchets en plastique, et recherche en urgence des modèles de gestion plus durables. Mardi 16 janvier, elle publie ainsi sa première "stratégie" entièrement consacrée à ce sujet: un ensemble de documents où la Commission fixe les orientations de la politique européenne dans ce domaine. Elle vient en complément des mesures contraignantes (dont l'objectif de 55% des emballages en plastique recyclés avant 2030 et l'interdiction d'enfouir le plastique trié) contenues dans quatre propositions législatives qu devraient être approuvées au cours du premier trimestre 2018.

"Transformer un défi en programme positif"

S'inscrivant explicitement dans le cadre du Paquet sur l'économie circulaire adopté par l'UE le 2 décembre 2015, cette Stratégie sur les plastiques affirme poursuivre deux objectifs. D'une part, celui de protéger l'environnement, dramatiquement pollué par le plastique, dont la production contribue également à la raréfaction des ressources et au réchauffement climatique, et donc de contribuer à la poursuite des objectifs de développement durable de l'agenda 2030 de l'Onu ainsi qu'à ceux de l'Accord de Paris.

D'autre part, celui de "transformer un défi en programme positif pour le futur de l'Europe" en "modernisant l'économie du plastique".

"Il y a un argument économique très fort en faveur d'une transformation de la manière dans laquelle les produits sont conçus, fabriqués, utilisés et recyclés dans l'UE et en prenant la tête de cette transition, nous créerons de nouvelles opportunités d'investissement et de nouveaux emplois", souligne le communiqué de presse de la Commission, affichant clairement le souhait d'un meilleur contrôle de l'ensemble du cycle de vie du plastique.

"Selon les estimations, seulement 5% de la valeur des matériaux des emballages en plastique est retenu dans l'économie, le reste est perdu après un premier usage très court. La facture annuelle s'élève à entre 70 et 105 milliards d'euros, l'Europe ne peut pas se le permettre", ajoute un document explicatif de la Commission,  qui mentionne également l'objectif de créer 200.000 nouveaux emplois d'ici 2030 dans les industries des déchets et du recyclage.

C'est d'ailleurs ce double objectif environnemental et économique qui a justifié la participation à l'élaboration de la stratégie de plusieurs membres de la Commission, expliquait en décembre lors d'une conférence à paris Aurore Maillet, membre du cabinet du commissaire à l'Environnement: ce dernier, Karmenu Vella, mais aussi la Commissaire européen aux industries et à l'entrepreneuriat Elżbieta Bieńkowska, ainsi que les vice-présidents Frans Timmermans, en charge du développement durable, et Jyrki Katainen, à la tête du projet 'Emplois, croissance, investissement et compétitivité.

Tous les emballages recyclables en 2030

L'ambition d'établir les "fondations d'une nouvelle économie du plastique" est déclinée en plusieurs volets dans la stratégie. Le premier porte sur l'industrie du recyclage européenne, que l'Union européenne souhaite rendre plus compétitive. Aujourd'hui, l'UE exporte en effet la moitié de ses plastiques triés et collectés. En interne, les résines recyclées ne représentent qu'environ 5% d'un marché du plastique qui selon Plastics Europe, l'association des fabricants européens, atteignait en 2015 340 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour plus de 1,5 million d'emplois. Mais la fermeture des portes de la Chine, qui jusqu'en 2017 absorbait 85% des exportations européennes, oblige désormais l'UE à la recherche de solutions en interne, en ouvrant en même temps de nouvelles opportunités.

La Commission promet ainsi de préparer pour 2019 des "lignes directrices" à l'intention des États membres afin d'améliorer et standardiser le tri sélectif à travers l'Europe. Elle se fixe l'objectif d'assurer que tous les emballages en plastique soient recyclables, voire réutilisables, de façon rentable en 2030 et rappelle notamment son intention de réviser la directive de 1994 relative aux emballages et aux déchets d'emballages, qui fixe les critères pour leur mise sur le marché unique, en promouvant l'éco-conception et l'intégration des résines recyclées. Ces dispositifs devraient permettre d'économiser une centaine d'euros par tonne de déchets collectée. Le pari est que le meilleur rapport entre la qualité du plastique collecté et les coûts de la collecte engendrés par ces mesures soutienne la croissance et la rentabilité de l'industrie du recyclage, et que 10 millions de tonnes de plastiques recyclés soient intégrées dans de nouveaux produits en 2025.

L'UE promet notamment de consacrer 100 millions d'euros d'ici 2020 -s'ajoutant aux fonds déjà existants- au financement de l'innovation visant à développer des plastiques mieux recyclables et des procédés de recyclage plus efficaces, ainsi qu'à repérer et éliminer toutes éventuelles substances nocives du plastique recyclé. Elle envisage plus largement de "fournir des orientations aux autorités nationales et aux entreprises européennes sur comment réduire au minimum les déchets en plastique à la source".

Une directive pour améliorer les installations de réception portuaires

L'objectif de faire baisser les quantités de déchets en plastique représente en effet l'autre principal volet de la stratégie européenne. Après avoir été à l'origine de mesures dans les États membres visant à réduire l'utilisation de sacs en plastique à usage unique de 80% en 2019 par rapport au début de la décennie, l'Union européenne promet notamment de donner la chasse aux autres plastiques jetables. Elle s'engage à présenter des propositions législatives en 2018, après la clôture d'une consultation publique ouverte jusqu'au 12 février, et évoque, entre autres, la promotion d'un meilleur accès à l'eau du robinet pour l'ensemble des citoyens européens.

Face au fléau de la pollution des mers et des plages, constitué à 86% par du plastique, une nouvelle directive, présentée aujourd'hui par la Commission, vise notamment à améliorer la collecte des déchets générés par les bateaux dans les installations de réception portuaires. Elle devrait générer une réduction de 300.000 tonnes annuelles les déchets qui finissent dans l'eau, mais aussi des économies de 7 millions d'euros par an pour les administrations des ports. Son entrée en vigueur est désormais soumise à l'approbation du Parlement européen et du Conseil de l'UE. La Commission s'engage également à prendre des mesures afin de restreindre l'utilisation de micro-plastiques, souvent présents notamment dans les produits cosmétiques, ainsi qu'à élaborer des labels pour mieux définir et reconnaître les plastiques biodégradables et compostables. Les plastiques oxo-dégradables font l'objet d'un rapport spécifiques et leur utilisation devrait être restreinte.

Un potentiel pour les entreprises européennes à l'international

Les progrès obtenus vers l'économie circulaire du plastique appelée de ses vœux par la Commission seront mesurés grâce à un ensemble de dix indicateurs couvrant chaque phase du cycle au niveau national comme de l'UE, fixés dans l'un des documents de la stratégie et auxquels Eurostat, l'Office statistique de l'UE, consacre une page de son site. Mais l'Europe regarde aussi au-delà de ses frontières. Consciente de sa responsabilité face au reste du monde, ainsi que du potentiel représenté par le marché des pays émergents ou en voie de développement pour l'industrie du recyclage européen, l'UE s'engage à insérer la question du plastique dans l'agenda des négociations internationales, afin de développer des standards comme des solutions communs.

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Commentaires
a écrit le 20/01/2018 à 12:14 :
Quand s' attaquerons nous aux milliers de tonnes qui s'accumules à des endroits précis en mer et qu'il faudrait récupérer de toute urgence car nous allons manger des poissons en plastique
a écrit le 17/01/2018 à 14:32 :
Le plastique trié en France allait faire la fortune de la Chine ? Étonnant, mais bon ça remplissait les porte-conteneurs qui seraient rentrés à vide en Chine. On n'exporte pas assez pour les remplir.
On ne recycle que les flacons (en France. En Suède, ai tout mis dans le conteneur "plastiques", où on voit des sacs de magasins, les gens venant faire leurs courses les mains dans les poches. En Italie, sais pas, trop de "poubelles", une fois en ai vu 7 (Sardaigne)), les autres matières sont complexes, variables, il y a trop de variétés sur le marché.
Chez certains, valoriser c'est pas transformer en autre chose comme chez nous, mais brûler en cimenterie, par ex, pour faire de la chaleur, c'est un moyen de valoriser du vrac mélangé (hors matériaux chlorés, PVC, qui dégagent de l'acide chlorhydrique). Les chaines polymère se cassent avec le temps, l'air, le nombre de recyclages, le cycle vertueux n'est donc pas infini, c'est pas comme le verre (qui a le gros défaut non écolo du poids, et cassant).
a écrit le 17/01/2018 à 8:57 :
Enfin devrait on dire maintenant c'est l'UE qu'il est impossible de ne pas soupçonner de promesses en l'air, de décalages de programmes en gel jusqu'à l'annulation de ceux-ci, surtout s'ils sont intéressants, il est donc hélas peu raisonnable de croire les paroles d'une menteuse professionnelle.

C'est une bonne idée mais tant qu'elle ne fera pas gagner plus de milliards aux milliardaires piquer aux plus pauvres il y a peu de chances que l'UE finisse par l’appliquer.

A surveiller au cas où l'UE se réveille de sa torpeur rentière.

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