RTE relève le défi colossal du stockage de l'électricité

Que faire des électrons en trop ? C’est une question essentielle dans la production d’énergies renouvelables. À cause de leur intermittence, plusieurs mégawatts d’électricité sont perdus chaque année, faute de moyen de stockage… Pour y remédier, RTE, le transporteur d'électricité, a lancé vendredi une première mondiale avec un réseau automatisé de stockage d'électricité sur batteries, permettant de gérer les pics de production des énergies renouvelables. Focus sur ce projet, dont le premier site expérimental a été inauguré le 2 juillet dernier, à Vingeanne-Jalancourt (Côte-d'Or).

4 mn

(Crédits : Amandine IBLED)

C'est une première mondiale. Réseau de Transport d'Électricité (RTE) expérimente sur trois sites différents un réseau intelligent de stockage d'électricité sur batteries, permettant de gérer les pics de production des énergies renouvelables. Situés à Fontenelle (Côte-d'Or), à Ventavon, dans les Hautes-Alpes, à Bellac dans le Limousin, ces trois sites sont tous connectés entre eux, avec une gestion automatisée, et pilotables à distance, en temps réel.

Le recours au stockage de l'électricité sur batteries est un enjeu majeur pour accompagner la pénétration de plus en plus forte des énergies renouvelables sur le réseau. Aujourd'hui, le solaire et l'éolien représentent moins de 20% du mix électrique français (le nucléaire plus de 70%). Mais, à l'horizon 2050, la part de ces énergies intermittentes devrait être comprise entre 50 et 100% de la production nationale d'électricité. Dans cette optique, EDF a ainsi annoncé, en 2018, un grand plan de stockage de huit milliards d'euros d'investissements.

Lire aussi RTE construit un grand site de stockage d'électricité sur batteries

Sur le site de Fontenelle, au milieu des champs, se dresse une plateforme de dix containers contenant autant de batteries que l'équivalent de la capacité de 750 voitures électriques de type Zoé. Toutefois, l'essentiel n'est pas visible. « Il ne suffit pas d'installer les batteries de stockage, il faut développer des algorithmes particuliers et un système de coordination en temps réel de nos trois sites industriels en France », souligne Xavier Piechaczyk, président du directoire RTE.

Une ligne électrique virtuelle

S'il existe d'autres projets similaires dans le monde, notamment en Corse ou à la Réunion, aucun ne rivalise en termes de capacités, de puissance et d'automatisation avec celui de RTE. Baptisé RINGO, ce réseau de stockage sur batteries, d'un coût de 80 millions d'euros, a pour objectif d'expérimenter à grande échelle une solution de flexibilité, sorte de ligne électrique virtuelle, pour mieux gérer l'intermittence de la production d'énergies renouvelables (ENR) qui se raccordent sur le réseau électrique, sans recours à la construction de nouvelles lignes à haute tension.

Le gestionnaire du Réseau de Transport d'Électricité (RTE) s'efforcera de démontrer que ce réseau intelligent est capable de gérer l'équilibre entre stockage et destockage, en temps réel, au niveau national. Pour construire ces unités de stockage du site de Vingeanne - Jalancourt en Côte-d'Or, RTE a fait appel à Nidec Asi (division Energy & Infrastructure du Groupe Nidec qui emploie 200 000 personnes dans le monde pour 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires/ 33 000 emplois et 600 000 millions de chiffre d'affaire en France) en qualité de fournisseur des batteries.

Les batteries à l'intérieur des containers

Un robot numérique pour équilibrer le réseau

RTE a développé NAZA (Nouveaux automates de zones adaptatifs), un robot numérique qui permet d'agir de manière automatique sur les batteries. « Grâce à des capteurs installés dans nos postes électriques nous pouvons suivre en temps réel l'activité sur le réseau », explique Mathieu Pafundi, chef de projet en charge du site de Jalancourt.

En cas d'ensoleillement important ou de vent fort, la production locale d'électricité éolienne ou solaire peut augmenter fortement et devenir trop abondante pour être transportée par le réseau électrique. En particulier en Bourgogne où le gisement éolien est important et en forte croissance. « En cas de surplus de production d'énergies renouvelables, si le volume produit dépasse la capacité de transport de nos lignes électriques, l'automate NAZA gère ce trop plein d'électricité en stockant ou déstockant les batteries installées sur la commune de Fontenelle », précise Mathieu Pafundi. Le centre de pilotage de ce démonstrateur industriel grandeur nature se trouve à Nancy. « Depuis son poste de travail, deux possibilités s'offrent au dispatcheur : soit envoyer manuellement un ordre à la batterie de stockage ou de destockage, soit activer le mode automatique de cette batterie », poursuit-il.

L'automate NAZA observe en permanence les transits d'électricité sur le réseau. Ce dernier peut ainsi envoyer instantanément un ordre à la batterie de stocker ou de destocker le surplus d'électricité présent dans la zone de Fontenelle. Au même instant, l'un des deux autres sites, soit Ventavon basé dans les Hautes-Alpes, à proximité des sites de production solaire, soit Bellac basé dans le Limousin où des parcs éoliens et solaires sont déjà présents - déstockera la même quantité d'énergie. Leur inauguration est prévue au premier semestre 2022. Coût total de l'expérimentation : 80 millions d'euros.

10 containers sur le site de Vingeannes-Jalancourt (21)

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 4
à écrit le 06/07/2021 à 11:48
Signaler
Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), ou « pumped storage power plants » sont (PSP) sont les seuls moyens de stoker de l'énergie en masse. les batteries lithium-fer-phosphate peuvent stocker au mieux 200 Wh/Kg. Ce moyen restera donc...

à écrit le 06/07/2021 à 11:35
Signaler
Il faut stocker l'électricité , à cause des énergies renouvelables mais aussi à cause du nucléaire qui ne peut adapter sa charge au réseau et se trouve complètement inadapté à sa nouvelle fonction de production de complément pendant les pointes .Les...

à écrit le 06/07/2021 à 10:21
Signaler
Pour synthétiser, c'est pas un peu débile comme solution ? Et si il prend feu le "bazar"?

à écrit le 05/07/2021 à 19:56
Signaler
Électrolyser l'eau quand y a du courant sans client, ça serait également une possibilité, mais il ne faudrait pas que ça ne soit qu'en périodes de pointes de production, mais mieux que rien. On va finir par l'utiliser, l'hydrogène (industrie, cimente...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.