Troisième révolution industrielle : "l'Etat est à la croisée des chemins"

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L'Etat doit regrouper les réussites entrepreneuriales, territoriales, citoyennes déjà nombreuses en France et les transposer à grande échelle, recommande le rapport.
L'Etat doit regrouper les "réussites entrepreneuriales, territoriales, citoyennes déjà nombreuses en France" et les transposer à grande échelle, recommande le rapport. (Crédits : Charles Platiau)
Dans un rapport remis jeudi à Ségolène Royal, Corinne Lepage, à la tête de travaux menés par un groupe de 28 experts, appelle le gouvernement français à accompagner la "transition radicale de l'économie française" déjà engagée par la société civile.

"Faire de nouveau rêver les citoyens": voici quel devrait être, selon l'ancienne ministre de l'Environnement, Corinne Lepage, l'objectif de l'Etat français face à la transition énergétique et digitale déjà en cours dans la société civile. Une approche qui lui permettrait de saisir une opportunité unique: celle de devenir le principal moteur de cette transformation inévitable , voire "d'endosser", grâce à l'occasion historique fournie par la COP21, "l'habit d'un leader européen et mondial dans la construction du Nouveau Monde".

L'appel est l'une des principales conclusions d'un rapport, commandé par le gouvernement, remis mercredi 24 juin à la ministre de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie Ségolène Royal, et issu des travaux d'un groupe de travail chapeauté par Corinne Lepage. Ouvertement inspiré par l'un des best-sellers du spécialiste de la prospective Jeremy Rifkin, La troisième révolution industrielle, il incite les pouvoirs publics à reprendre leur leadership, en concevant la réorganisation institutionnelle et sociale nécessaire pour le changement.

"La révolution viendra de la base"

S'il s'agit bien d'accompagner la "transition radicale de l'économie française vers une troisième révolution écologique et intelligente", il n'est pas pour autant question de la diriger.  "L'expérience prouve que les citoyens, les entreprises et les collectivités locales sont infiniment plus actifs et efficaces que l'État dans cette métamorphose", souligne en effet le rapport.

Face aux "réussites entrepreneuriales, territoriales, citoyennes déjà nombreuses en France", il est en effet clair que "la révolution viendra de la base", estime Corinne Lepage. Le rôle de l'Etat, jusqu'à présent "bloqué sur une économie du XXe siècle", sera donc surtout celui de regrouper ces réalisations pour les transposer à grande échelle, ainsi que de briser le "plafond de verre" qui leur empêche de "s'imposer comme modèle dominant".

 Les régions en première ligne

"La troisième révolution industrielle est par définition décentralisée", considère aussi Jeremy Rifkin, présent à la conférence de presse de présentation du rapport. "Elle aura lieu au niveau des régions, que l'Etat a la responsabilité de soutenir et de relier entre elles", explique l'économiste, qui depuis trois ans supervise le nouveau plan de développement engagé par le Nord-Pas-de-Calais, cité dans le rapport de Corinne Lepage comme modèle à généraliser.

Plus globalement, pour soutenir le passage vers le Nouveau Monde, "l'Etat doit repenser sa mission", met en garde l'essayiste. Mieux distribuer les financements déjà alloués chaque année compte ainsi plus à ses yeux que prévoir de nouveaux fonds. Et si l'Etat doit certes réguler la nouvelle économie, cela ne pourra plus se faire par le biais d'une aggravation des contraintes bureaucratiques, qui doivent au contraire être allégées pour permettre aux bonnes initiatives de prendre leur envol.

"Ce qu'on attend des pouvoirs publics est une feuille de route qui établisse comment naviguer vers le Nouveau Monde", résume l'Américain.

Faciliter les synergies

Parmi les mesures censées consacrer cette révolution tant économique que culturelle, le rapport met l'accent sur la nécessite de responsabiliser chaque acteur et secteur, mais aussi de faciliter des synergies. Il propose notamment la création d'une marque -qui pourrait être "France Terre d'Avenir"-  censée jouer le même rôle de la French Tech, à savoir permettre l'identification et les échanges des acteurs de la transition écologique.

Elle devrait s'accompagner, selon le groupe dirigé par Lepage, d'un réseau numérique, d'un regroupement particulier des chefs d'entreprise ainsi que d'un "Institut de la transition" assurant la transmission des savoirs et le règlement des conflits "entre Ancien et Nouveau Monde". Le financement des investissements de valeur mais non rentables à court terme pourrait être assuré par un fonds spécifique.

Le rapport appelle également à un changement des règles du jeu, notamment dans les domaines fiscal et financier, qui pourraient être consacrées dans un green business Act. Une proposition joue en ce sens un rôle essentiel: une meilleure prise en compte des externalités, dans la comptabilité nationale comme dans la fiscalité.

"Ce système stupide en vigueur aujourd'hui qui prime les produits les moins propres doit être corrigé", plaide Corinne Lepage, tout en rassurant: "Il ne s'agit pas d'alourdir les impôts mais d'en mieux repartir la charge".

Un moment crucial

 A l'heure où la nécessité d'atténuer le réchauffement climatique est de plus en plus largement perçue comme une urgence, les auteurs du rapport se veulent optimistes:

"Il ne manque que le signal de départ pour que la transformation" vers une nouvelle économie "libérée des énergies fossiles et fissiles, connectée et relocalisée au service de l'humain",  mais aussi "efficace, pourvoyeuse d'emplois, au service du bien commun et inscrite dans la durée", "se mette en oeuvre".

Un tel choix est "non seulement possible, mais capable de créer l'enthousiasme et la confiance", donc d'insuffler de nouveau l'envie d'avenir dans le cœur des Français, insiste le rapport.

"Nous sommes arrivés au moment crucial où le gouvernement doit passer de la parole aux actes", estime aussi Jeremy Rifkin, qui manifeste sa confiance dans l'engagement de l'exécutif actuel ainsi que dans la capacité de la France de rejoindre l'Allemagne dans le peloton de tête du changement.

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