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Frédéric Saint-Geours : "il faut des Etats généraux sur l'assiette des prélèvements en France"

Propos recueillis par Michel Cabirol

Publié le 27 novembre 2009 à 02:28 - Mis à jour le 27 novembre 2009 à 02:34

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Le patron de l'UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie), Frédéric Saint-Geours, directeur général du constructeur Peugeot, estime que le calendrier des Etats généraux de l'industrie est trop court pour être propice à un dialogue approfondi. Il souhaite ainsi obtenir deux mois supplémentaires. Il dénonce le manque de compétitivité de l'industrie française défavorisée par un niveau de taxes nettement supérieur par rapport à ses rivales européennes.

Le gouvernement souhaite relancer le rôle de l'industrie, notamment avec des Etats généraux. Qu'en attendez-vous?
Il faut vraiment saluer cette initiative remarquable car il n'y a pas d'économie forte sans industrie forte. Nous en avons aujourd'hui besoin parce que l'industrie française est en grande difficulté sur le plan de la compétitivité en Europe. Pour autant, le calendrier, dont nous disposons, est trop court : début février se tiendra la convention finale. Ce qui implique que les propositions soient mises sur la table avant la fin janvier et que nous ayons effectué un point à mi-étape à mi-décembre. Je ne suis pas certain que ce calendrier extrêmement resserré soit propice à un dialogue approfondi. Donnons-nous deux mois de plus. Notre objectif est de proposer à la fois des actions de court terme et de tracer des axes sur le moyen et long terme.

Avez-vous été entendu?
Le calendrier est toujours le même... A cela s'ajoute un problème de concordance de temps entre le Grand emprunt, qui doit fixer des actions de long terme et les Etats généraux de l'industrie. Je me tourne vers les responsables politiques pour que les décisions du Grand emprunt et celles des Etats généraux de l'industrie soient complètement coordonnées.

Quelles sont vos propositions pour les Etats généraux?
Avec le Groupement français des industriels (GFI), nous avons sorti un document qui trace nos grands axes d'actions. Notre industrie manque de compétitivité lié au cadre général dans lesquelles les entreprises travaillent. Ainsi, depuis dix ans, les entreprises manufacturières françaises ont vu leur part d'exportation baisser dans la zone euro. Avant même de produire, elles sont défavorisées par un niveau de taxes nettement supérieur par rapport à leurs concurrentes des autres pays européens.

A combien s'élève cet écart de compétitivité?
Entre les entreprises allemandes et françaises, il y a par exemple un écart de cinq à huit points de chiffre d'affaires au niveau de la taxation sur les facteurs de production. Nous avons des conditions de marges beaucoup plus défavorables. Du coup, notre capacité à investir diminue avec le temps.

Finalement ce n'est pas les Etats généraux de l'industrie dont vous avez besoin mais plutôt des Etats généraux sur la fiscalité des entreprises...
Il faut soulever ce type de sujet. Des Etats généraux, ou quel que soit le nom qu'on lui donne, sur l'assiette des prélèvements en France serait vraiment très important. Il ne s'agit pas de dire qu'il faut baisser les impôts des entreprises plutôt que ceux des ménages. C'est bien l'assiette qui est en cause : les taxes qui touchent les facteurs de production rendent plus difficile l'activité productive. Or celle-ci génère de l'emploi, des exportations, de la compétitivité...

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Mais la disparition de la taxe professionnelle est programmée...
... C'est un pas mais nous attendons de voir les modalités de sa disparition.

L'UIMM est-elle satisfaite du rapport Juppé-Rocard?
Dans l'absolu, ces pistes sont intéressantes. Certains estiment que ce rapport est trop favorable à l'enseignement supérieur. Je le dirai autrement : s'il y a les éléments nécessaires à la mise en ?uvre d'axes d'actions en matière industrielle, cela ne me pose pas de problème.

Que pensez-vous de la proposition de la prime à la casse pour les machines outils?
J'ai découvert cela. On n'a pas eu le temps d'examiner cette proposition de Christian Estrosi. Il faut étudier toutes ses implications, en mesurer les impacts. Cela demande un peu de temps. Je n'en vois pas toutes les implications : quand les équipements sont inefficaces, les entreprises ne les utilisent plus.

Vous lancez une campagne de communication en faveur des métiers de l'industrie. Travailler dans l'industrie est-il devenu trop ringard?
L'UIMM lance dimanche une grande campagne de communication car dans l'imaginaire collectif, l'industrie renvoie davantage au passé qu'à la réalité vécue. L'industrie est au contraire très en avance sur son temps : c'est dans les entreprises industrielles que naît le progrès puisque que 85 % des dépenses de Recherche et Développement y sont réalisées. Ces innovations se diffusent ensuite dans l'ensemble de l'économie et de la société. C'est aussi dans l'industrie qu'il y a les plus grandes aventures internationales avec 80 % des exportations générées par des produits industriels. Enfin, l'organisation du travail et des relations sociales est la plus avancée aujourd'hui dans l'industrie. C'est ce message que l'UIMM souhaite faire passer en lançant sa campagne de communication.

Avez-vous des problèmes de recrutement?
Oui. Pour des raisons structurelles et en raison de la pyramide des âges, qui est spécifique à la période, nous allons, dans les cinq ans à venir, avoir besoin au sein des entreprises industrielles de 80 à 100.000 personnes nouvelles par an. Nous avons besoin de les convaincre de venir dans nos métiers. Si nous n'avons pas les compétences indispensables, le développement de nos entreprises ne sera pas possible. Nous avons par exemple dû mal à convaincre une partie des ingénieurs qui sortent des écoles à venir animer des équipes de conception dans les entreprises technologiques plutôt que d'aller dans la finance.

L'UIMM va-t-elle présenter un candidat en mars pour la présidence du Medef?
Ce n'est pas un problème d'homme ou de femme. Notre objectif est de réfléchir sur le rôle et les orientations de la représentation interprofessionnelle. En mars, nous aurons une convention au sein de l'UIMM pour déterminer notre point de vue. Ensuite, se posera la question du candidat qui devra adhérer quelque peu à la façon dont nous voyons les choses.

Propos recueillis par Michel Cabirol

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