Casino : le titre suspendu en Bourse après l'annonce des offres de reprise
latribune.fr
A l'heure actuelle, l'endettement net du groupe s'élève au total à 6,4 milliards d'euros et celui de sa maison-mère Rallye à environ 3 milliards d'euros.
En difficulté financière, le groupe Casino a annoncé avoir reçu deux propositions pour renforcer ses fonds propres. L'une émane de ses actionnaires, Daniel Kretinsky et Marc Ladreit de Lacharrière. La seconde a été avancée par le trio d'hommes d'affaires Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari. Elles seront étudiées par le conseil d'administration du distributeurs ce mardi, puis par les créanciers du groupe mercredi.
[L'article publié le mardi 04 juillet 2023 à 09h08 et mis à jour à 12h29] Casino va-t-il réussir à sortir de l'impasse ? Le distributeur en difficulté financière a annoncé mardi avoir reçu deux propositions distinctes pour renforcer ses fonds propres. « Une proposition de la part de EP Global Commerce a.s. et Fimalac, et une proposition de la part de 3F Holding », indique-t-il dans un communiqué publié ce mardi. Cette annonce semble avoir rassuré les investisseurs : l'action de Casino bondit de près de 20% à la Bourse de Paris, ce mardi matin. En Bourse, le distributeur, qui a touché un plus bas historique la veille, grimpait de 18,45% à 4,68 euros vers 10h30, dans un marché en légère hausse. Depuis le début de l'année civile, il a toutefois perdu plus de 50% de sa valeur.
La cotation de Casino a été suspendue à 10h41, selon une notice de l'opérateur boursier Euronext, « à la demande de l'entreprise, dans l'attente de la publication d'un communiqué de presse et jusqu'à nouvel avis ».
A cette heure-là,
Casino
rebondissait de 16,22% à 4,57 euros. Sa maison mère Rallye, s'envolait de 96,23%, son action valant désormais 1,25 euro. Un rebond qui n'effaçait toutefois pas les pertes enregistrées depuis le début de l'année, le prix des actions de
Casino
et Rallye ayant fondu de plus de 53% chacune.
La première proposition émane des actionnaires de Casino : les milliardaires Daniel Kretinsky et Marc Ladreit de Lacharrière.
Le duo prévoit dans son offre pour Casino une recapitalisation à hauteur de 1,8 milliard d'euros au total, dont 500 millions d'euros de conversion de dette en capital, a appris l'AFP mardi de sources au fait du dossier. Pour rappel, le Tchèque Daniel Kretinsky, déjà actionnaire de Casino à plus de 10% et qui souhaite en prendre le contrôle, s'était dit, lui, prêt à injecter 750 millions d'euros. À condition que la dette soit allégée, avec une augmentation de capital de plus d'un milliard d'euros à laquelle souscrirait à hauteur de 150 millions d'euros Marc Ladreit de Lacharrière (Fimalac), actionnaire lui aussi (12% du capital) et proche du PDG Naouri.
La seconde offre a été déposée par le trio d'hommes d'affaires Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari, prévoit d'investir « avec ses partenaires financier » 900 millions d'euros. Moez-Alexandre Zouari, important franchisé du groupe Casino en Ile-de-France et bon connaisseur du monde de la distribution, est appelé à prendre « la direction du groupe », si cette offre était avalisée.
Les propositions analysées mardi et mercredi
Avec un « projet industriel et social de long terme », elle « bénéficie du soutien d'un groupe important de créanciers du groupe Casino », assure le trio. De son côté, le trio d'hommes d'affaires Xavier Niel (Free), Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari s'était dit potentiellement prêt à investir jusqu'à 300 millions d'euros dans le cadre d'« un renforcement des fonds propres (avec d'autres acteurs) allant jusqu'à 1,1 milliard d'euros ».
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«Ces deux propositions seront analysées et présentées au comité ad hoc du Conseil d'administration de Casino ce jour, puis aux créanciers dans le cadre d'une réunion organisée le 5 juillet sous l'égide des conciliateurs », complète-t-on. « Aucune décision relative à ces propositions ne sera prise par les organes de gouvernance du Groupe tant que ces propositions n'auront pas été présentées et discutées avec les créanciers sous l'égide des conciliateurs».
Cette annonce intervient alors que l
es prétendants au sauvetage ou à la reprise de Casino avaient jusqu'au lundi 3 juillet pour soumettre leurs offres, alors que le distributeur français, qui espère voir son avenir s'éclaircir d'ici fin juillet, a demandé des « délais de grâce » pour ne pas honorer certaines dettes. Dans la journée, le titre avait lâché 3,34% en Bourse, son action valant désormais 3,93 euros.
Des délais de grâce sollicités
Recapitalisation, crainte d'une découpe... Le sort du groupe stéphanois, 200.000 salariés dans le monde dont un quart en France, et de ses enseignes Monoprix, Franprix ou Cdiscount ne sera toutefois pas scellé avant plusieurs semaines, le temps d'examiner les arguments financiers présentés.
En attendant, il avait été demandé à des créanciers du distributeur de ne pas réclamer le versement des sommes dues le temps de la conciliation, qui peut durer au plus tard jusqu'à fin octobre. Mais certains ont refusé. Le groupe avait donc annoncé lundi matin qu'il allait « solliciter du président du Tribunal de commerce, dans les prochains jours, l'application de délais de grâce ».
Ces délais suspendraient les versements, le temps que la renégociation des dettes ait eu lieu, dans le cadre de la procédure de conciliation ouverte fin mai et qui peut durer jusqu'à fin octobre. À l'heure actuelle, l'endettement net du groupe s'élève au total à 6,4 milliards d'euros et celui de sa maison-mère Rallye à environ 3 milliards d'euros. En outre, Casino a annoncé lundi qu'il n'avait pas respecté au 30 juin l'obligation d'avoir une dette brute qui n'excède pas 3,5 fois son excédent brut d'exploitation.
Changement d'ère
Le groupe espère « finaliser un accord de principe sur les termes de la restructuration financière d'ici le 27 juillet », avait-il indiqué précédemment.
Il souhaite une conversion massive de sa dette en capital, portant sur plus de 3 milliards d'euros de dettes non sécurisées et entre 1 milliard et 1,5 milliard d'euros de dettes sécurisées. Les détenteurs de ces créances (grandes banques, fonds, institutionnels...) deviendraient ainsi des actionnaires de Casino, au lieu de récupérer leur argent. Le groupe veut aussi pouvoir au moins préserver l'activité en France. Il espère une augmentation de capital « d'au moins 900 millions d'euros », pour avoir les « liquidités adéquates » permettant de mener à bien son plan stratégique 2023-25.
En parallèle, les syndicats, qui ont lancé une procédure de droit d'alerte économique pour en savoir plus sur la situation du groupe, s'inquiètent notamment d'une vente à la découpe et d'un transfert de magasins supplémentaires à Intermarché (au-delà des 119 déjà prévus), un groupement d'indépendants où la politique sociale dépend de chaque patron de magasin.
Quelle que soit la partition jouée, un changement d'ère se profile : Rallye, la maison- mère, « perdra le contrôle de Casino », avait indiqué le distributeur mercredi, mettant ainsi fin à la mainmise du patron historique Jean-Charles Naouri.