"On ne sait pas où aboutira la révolution Internet du commerce" Alain Taravella

La foncière Altarea-Cogedim envisage de céder sa filiale Rue du Commerce à Carrefour. Interviewé fin 2014 par "La Tribune", Alain Taravella, le patron de l'entreprise spécialisée dans la gestion de centres commerciaux se montrait prudent concernant la "révolution numérique" engagée dans le secteur.
Alain Taravella, président fondateur de la foncière Altarea-Cogedim.
Alain Taravella, président fondateur de la foncière Altarea-Cogedim. (Crédits : Reuters)

LA TRIBUNE - Vous avez investi dans de nouveaux centres commerciaux, comme Cap3000, mais l'architecture, les enseignes, les services changent peu. Où est la révolution ?

ALAIN TARAVELLA - Cap3000 a les pieds dans l'eau et comptera jusqu'à 250 boutiques, visant aussi bien l'achat plaisir que l'achat utile. À Qwartz, nous testons de nouvelles technologies. Nous avons installé des balises qui enregistrent des informations anonymes à partir du signal émis par les smartphones. Nous savons combien de clients sont entrés dans un magasin, combien de temps ils y sont restés, où se trouvent les zones « froides » ou « chaudes ». Les clients qui ont téléchargé l'application pour avoir des points de fidélité nous apportent d'autres renseignements. S'ils sont clients de Rue du Commerce, nous pouvons leur faire d'autres propositions. Bien sûr il faut savoir traiter toutes ces données.

Comment l'investissement est-il réparti ?

Work in progress ! Nous avons investi dans les infrastructures, mais les commerçants s'adressent aussi directement à leurs clients sur Internet. Il faut trouver comment connecter tout cela. Qu'en résultera-t-il ? Impossible de le dire. Avec Internet, les prix sont tirés vers le bas, bien que les coûts augmentent, c'est une autre interrogation. Nous constatons par ailleurs qu'il y a de moins en moins de boutiques, mais qu'elles sont de plus en plus grandes. Il suffit d'observer les cathédrales d'Apple.

Pourtant, en pointant le poids des loyers, des enseignes choisissent de réduire la taille de leurs espaces physiques pour ne garder que la vitrine.

C'est le cas de la Fnac, par exemple. Toutes les enseignes ne font pas ce choix. Tout le monde cherche... Il y a une révolution, mais nous ne savons pas encore de quelle manière elle aboutira. Amazon, qui fait aujourd'hui figure de modèle sur Internet, perd toujours de l'argent et cela provoque une révolte chez les actionnaires. D'autant plus qu'aux États-Unis, Wal-Mart, la première chaîne de distribution au monde, investit des milliards de dollars sur Internet. Or, elle a l'avantage d'être présente partout sur le territoire, donc les clients peuvent y retirer leurs produits facilement. Amazon n'a pas cet avantage.

Pourquoi préférez-vous les grands centres aux modèles plus petits ?

Les grands centres présentent un avantage concurrentiel car ils rassemblent une offre très large au même endroit, et ils peuvent se permettre de réaliser des investissements lourds dans les nouvelles technologies. Nous croyons aussi aux gares où beaucoup de gens prennent des précautions pour ne pas rater leur train, donc ils disposent d'un quart d'heure à trente minutes avant le départ pour faire des achats. Nous exploitons les gares du Nord et de l'Est à Paris, et nous avons remporté l'appel d'offres pour Montparnasse. Le chiffre d'affaires généré dans les gares est considérable, supérieur à celui de n'importe quel centre commercial.

Dans les gares aussi, ce sont les mêmes enseignes qui fleurissent partout. Pourquoi cette uniformité qui n'apporte a priori aucun avantage concurrentiel ?

Il y a plus de dix ans, quand nous avons installé un Monoprix gare du Nord, c'était une révolution! Aujourd'hui, toutes sortes de boutiques s'installent dans les gares. Saint-Pancras, à Londres, est un vrai centre commercial. Montparnasse aura aussi pour clientèle la population du quartier...

Vous avez dirigé Pierre et Vacances. L'avenir du centre commercial est-il au mélange d'hôtels, de commerces et de parcs d'attractions ?

Cela pourrait être le cas, mais ce n'est pas une habitude française, elle est plutôt américaine. En France, j'ai du mal à envisager un tel projet comportant des investissements énormes sur le plan commercial, avec des équipements de loisir, comme des patinoires. Il n'y a ni la place, ni les concepts... Pour cela, il faudrait encore plus de commerces. Or, la réglementation limite les implantations.

Êtes-vous prêt à réduire l'espace commercial au profit du loisir ?

Il faut une offre complète. Les magasins de vêtements pour femmes paient plus de loyer qu'un magasin de meubles. Les restaurants, les cinémas paient moins. C'est une équation d'ensemble.

Quel est l'avenir des galeries les plus éloignées des centres-villes, si le modèle du tout voiture est remis en cause ?

C'est un phénomène essentiellement parisien. Même en banlieue, soit 8 millions d'habitants, il faut toujours des voitures pour circuler lorsque les gens ne sont pas sur des axes de transport en commun. Bien sûr, le réseau du Grand Paris va améliorer la situation, mais la voiture restera indispensable.

Proposez-vous des systèmes alternatifs, comme One Nation (outlet près de Paris) qui a passé un accord avec des VTC ?

Non, mais nous étudions le marché. Sur le parking du Qwartz, nous mettrons dès que possible en place un parking Autolib.

Bercy Village, l'un de vos centres, a été forcé de fermer le dimanche. Que pensez-vous du débat sur les fermetures dominicales ?

Nous nous battons pour que le centre soit classé en zone touristique ou comme une "Puce" [périmètre d'usage de consommation exceptionnel, Ndlr]. Pourquoi les Champs-Élysées sont-ils une zone touristique et pas Bercy Village ? N'a-t-on pas envie ou besoin d'une activité touristique dans d'autres lieux de la capitale, alors que c'est devenu le premier pôle touristique de l'Est parisien ? Depuis l'interdiction, 100 emplois équivalent temps plein ont été perdus, sur environ 800.

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Cet entretien avec le président fondateur d'Altarea-Cogedim a été publié une première fois dans La Tribune Hebdo du 19.12.2014.

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