Coup dur pour British Airways. Solidement installée à l'aéroport de Londres-Heathrow et relativement protégée de la concurrence par la saturation dont souffre cet aéroport depuis plus de 20 ans, la compagnie britannique doit d'ores et déjà se préparer à affronter d'ici à une dizaine d'années une concurrence beaucoup plus vive.
Ce mardi en effet, après 25 ans de débat qu'aucun gouvernement n'avait osé trancher face aux protestations des riverains et des défenseurs de l'environnement, le gouvernement de Theresa May a donné son feu vert à la construction d'une troisième piste sur l'aéroport d'Heathrow, près de Londres, un projet évalué à 18 milliards de livres (20,2 milliards d'euros). L'annonce a fait chuter le cours de Bourse de 2,45% en milieu de journée avant qu'il ne se ressaisisse pour terminer en baisse de 0,74% en clôture.
Cette nouvelle piste devrait ainsi permettre d'augmenter de 260.000 le nombre mouvements annuel (décollages, atterrissages) et d'accueillir un trafic de 135 millions de passagers par an contre 73,5 millions en 2015. Plus grand aéroport d'Europe devant Roissy Charles-de-Gaulle (64 millions de passagers en 2015) Heathrow a une capacité de 480.000 vols par an. Ce qui est énorme avec une capacité de deux pistes. A titre de comparaison, Roissy et ses 4 pistes a enregistré 470.000 mouvements en 2015.
Theresa May a donc rejeté les deux autres options sur la table, à savoir l'extension d'une des deux pistes d'Heathrow ou la construction d'une deuxième piste à l'aéroport de Gatwick, située au sud de Londres, même si ce dernier dossier était moins coûteux et autorisait un nombre plus élevé de vols supplémentaires (280.000) chaque année. Mais, plutôt que d'avoir deux aéroports de taille relativement similaire, le gouvernement a préféré renforcer l'aéroport qui accueille aujourd'hui la totalité des vols internationaux de la capitale.
Mais, si une troisième piste à Heathrow ne fera pas les affaires de British Airways, il permettra en revanche au Royaume-Uni d'améliorer sa connectivité avec le reste du monde, notamment en Asie, aujourd'hui mise à mal par les compagnies du Golfe et leur hub du Moyen-Orient.
Une telle décision sur ce sujet aussi controversé, permet au gouvernement britannique de donner un signe fort pour rassurer sur l'avenir économique de la capitale britannique et du Royaume-Uni après l'incertitude créée par le vote pour une sortie de l'Union européenne lors du référendum du 23 juin.
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Plus tôt dans un communiqué, ce dernier expliquait ce choix "dans le but de donner un grand coup d'accélérateur à l'économie britannique". Selon le gouvernement, la nouvelle piste à Heathrow bénéficiera à toute l'économie à hauteur de 61 milliards de livres (69 milliards d'euros). Elle entraînera la création de " 77.000 emplois sur les 14 prochaines années".
Selon une étude réalisée par une commission indépendante, une nouvelle piste à Heathrow permettrait la création de 70.000 emplois nouveaux d'ici 2050 et augmenterait la croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,65 à 0,75 point sur la même période, ce qui représenterait une contribution économique de 147 milliards de livres (165 milliards d'euros) sur 60 ans.
Avant que la construction puisse débuter, le dossier devrait faire l'objet de plusieurs recours administratifs et juridiques et être soumis aux Parlement, d'ici un an environ. La nouvelle piste ne devrait donc être opérationnelle qu'en 2025 au plus tôt.
La perspective d'étendre Heathrow irrite de nombreux élus de la capitale et divise même le gouvernement conservateur. Parmi ces détracteurs se trouve Boris Johnson, l'ancien maire de Londres devenu ministre des Affaires étrangères, dont la circonscription est proche d'Heathrow. L'an dernier, il avait déclaré que l'option de la troisième piste était vouée à l'échec. Il y a deux ans, son projet de fermer Heathrow et de construire un immense aéroport à l'Est de Londres et au sud de l'estuaire de La Tamise, avait été rejetée en raison de son coût astronomique.
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Son successeur à la mairie de la capitale, le travailliste Sadiq Khan, a critiqué la décision de Theresa May, parlant de mauvaise décision pour Londres et pour la Grande-Bretagne.
Le ministère des Transports a précisé qu'il allait proposer la mise en oeuvre de règles contraignantes en matière de nuisances sonores, censées apaiser les craintes des riverains de l'aéroport.
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