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Guillaume Pepy: "La première qualité pour gérer la SNCF, c'est d'aimer les gens !"

Paul Refay, Les Mardis de l'Essec

Publié le 01 mars 2019 à 14:23 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:53

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[Entretien Vidéo] Guillaume Pepy, PDG de la SNCF, a été l'invité le 12 février dernier des Mardis de l'Essec dont La Tribune est partenaire. Retrouvez ici la vidéo de son intervention et le texte rédigé à l'issue par un des étudiants.

Le Président de la SNCF le concède aisément. Au départ, il n'avait pas prévu d'emprunter la voie de la SNCF pour sa carrière professionnelle. C'est par hasard que ce jeune énarque a commencé à travailler dans l'entreprise ferroviaire publique française :

"J'étais rue de Rivoli, et j'ai croisé Jacques Fournier qui venait d'être nommé Président de la SNCF. Il m'a alors demandé si je connaissais quelqu'un pour diriger son cabinet. J'ai répondu sans réfléchir 'moi !'".

Monter par hasard à bord du wagon SNCF, il n'acceptera quasiment plus d'en redescendre. À partir de 1997, avec Louis Gallois en conducteur de l'entreprise nationale, la carrière de Pepy va plutôt bon train. Il enchaîne à toute vitesse les postes à responsabilité, jusqu'à être nommé Président du groupe SNCF par Nicolas Sarkozy en 2008 :

"On n'hésite pas à prendre un tel poste. Une entreprise comme la SNCF est utile à la société. Elle apporte la liberté de se déplacer, toujours plus, de façon aussi simple que possible".

Il faut dire que Guillaume Pepy, très souriant et chaleureux durant tout le débat, semble avoir les vertus qu'il considère nécessaires pour diriger cette entreprise publique :

"La première qualité pour gérer la SNCF, c'est d'aimer les gens !"

Toutefois, interrogé sur son souhait de ne pas exécuter un troisième mandat en 2020, celui qu'on surnomme Pepy le bref, pour la vitesse avec laquelle il enchaîne les réunions, répond :

"La SNCF est un corps avec des cycles de vie. À partir de 2020, une nouvelle SNCF naîtra. Je pense que l'entreprise mérite un oeil neuf."

Monsieur Pepy semble néanmoins confiant en l'avenir de la SNCF et dans sa capacité à faire face à l'ouverture de la concurrence en 2020. La mise en place des offres TGV Max, des TGV InOui ou Bus OuiGo sont autant d'atouts qui, selon lui,  permettront au groupe d'aborder sereinement cette nouvelle page de son histoire.

"La SNCF a une image extraordinaire dans des pays où elle n'a pas de monopole, comme aux États-Unis et en Angleterre"

Partie importante du débat, les étudiants de l'Essec ont interrogé le premier cheminot de France sur l'image délétère de l'entreprise. Guillaume Pepy l'explique facilement :

"C'est normal que l'image d'une entreprise en monopole soit mauvaise. France Télécom qui était une entreprise qui avait une capacité d'innovation incroyable était également peu appréciée lors du monopole."

De plus, Guillaume Pepy souligne que l'exigence accrue des Français vis-à-vis de la SNCF procède du caractère collectif de cette dernière :

"la SNCF fait partie du patrimoine français. Même ceux qui n'ont rien ont un bout de la SNCF."

Ainsi, Pepy attend avec impatience l'ouverture à la concurrence :

"L'arrivée de la concurrence va permettre de transformer notre relation avec le public. Aux États-Unis et en Angleterre, l'image de la SNCF est extraordinaire."

Serait-il donc possible que les retards des trains de la SNCF suscitent des réactions positives en 2020 ?

Continuant sur le thème du monopole, Pepy a également profité de cette invitation des étudiants pour commenter la décision de rejet de la Commission européenne concernant la fusion Alstom-Siemens. Tout comme le gouvernement actuel, l'homme fort de la SNCF a considéré que cette fusion aurait permis la création d'un géant européen capable de concurrencer les Chinois ou Américains. Pour lui les choses sont simples :

"Il faut un champion ferroviaire européen, sinon autant ne pas avoir d'Europe".

Sur la question de la hausse des coûts potentiels à cause de cette concentration, Pepy considère d'ailleurs qu'il s'agit d'une farce. Siemens ne produisant que des TGV sans étage, lorsqu'une entreprise veut acquérir un TGV à étage, elle ne peut qu'aller chez Alstom. Les produits des deux entreprises sont différents, et l'argument de Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, "ne tient pas" aux yeux du PDG.

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"Louis Gallois est rentré et m'a dit qu'il venait de faire l'erreur de sa vie.
Il venait d'inventer un mot qui allait nous suivre longtemps : la gréviculture"

Les étudiants  ont également essayé de comprendre un peu mieux le statut ambigu de la SNCF. Entreprise publique, mais bénéfice privé ? Soulignant à la fois la volonté d'Emmanuel Macron de reprendre une partie des 47 milliards d'euros de dette de la SNCF, alors que les bénéfices réalisés par l'entreprise de transport sont importants, les étudiants n'ont pas caché leur perplexité. Ce fut l'occasion pour le Président de l'entreprise ferroviaire de clarifier les choses. L'ensemble des bénéfices de la SNCF sont réinvestis pour moderniser le réseau nous apprend-on. Sur la question de la dette abyssale, Monsieur Pepy explique :

"Depuis 30 ans, à chaque fois qu'un Président est élu, il achète un TGV. Cependant, à chaque fois c'est la SNCF qui finance et donc s'endette. Étant donné que c'est une entreprise publique, on sait qu'elle est solvable donc on lui prête toujours".

Aujourd'hui, le Président de la République accepte que l'État paie une partie de cette dette sous certaines conditions. La sulfureuse réforme du statut de cheminot est l'une d'entre elles.

À ce propos, Monsieur Pepy en a profité pour rappeler qu'il était normal que les salariés d'une entreprise française soient soumis au droit du travail français. Interrogé sur la possibilité d'une baisse de l'attractivité des emplois de la SNCF, Guillaume Pepy n'a aucun doute : " On ne choisit pas une entreprise pour un statut. Choisir son emploi, ce n'est pas uniquement en fonction du salaire de départ, et de l'évolution dans la hiérarchie. Le travail doit avoir un sens." Il n'empêche que ces mutations du statut ont grandement perturbé le trafic de la SNCF sur la voie des réformes.

Interrogé sur la relation passionnée qui unit la grève et les cheminots, Guillaume Pepy est revenu sur cette "gréviculture" qui semble irriguer la SNCF. Après avoir expliqué la genèse du mot que Louis Gallois regrette encore d'avoir prononcé, Pepy a cherché à minimiser le recours à la grève au sein de son entreprise. Selon lui, il y a beaucoup de sincérité dans le cadre des négociations avec les cheminots, et ces derniers ont compris que le recours à la grève était généralement une situation dommageable pour tout le monde.

"Avec le digital, l'industrie ferroviaire a la chance de sa vie"

Alors que le débat se rapprochait de son terminus, les étudiants de l'Essec ont également abordé la question de la digitalisation et des opportunités qui en découlent pour la SNCF. Sur le sujet, l'ancien directeur de cabinet de Martine Aubry était univoque : la digitalisation est une incroyable opportunité pour l'industrie ferroviaire et a fortiori, la SNCF. Pour lui :

"Elle a permis de changer la relation avec les clients, mais aussi la production ! Aujourd'hui, quand on veut vérifier l'état d'un train, il passe devant les radars qui captent des millions de points, et des algorithmes viennent analyser l'état à une vitesse incroyable."

Il faut rappeler que la SNCF a massivement investi dans la modernisation : mise à disposition du Wifi à bord de certains trains, une meilleure couverture 3G et 4G sur le réseau, voire financement de startups avec lesquelles elle lie des partenariats visant notamment  la dématérialisation des processus internes.

Alors qu'on serait immédiatement tenté de prédire un avenir maussade à  la SNCF, il semble à son Président porteur de nombreuses promesses. Et même si le voyage arrive à son terme  pour Guillaume Pepy, que les sceptiques se ravisent :

"Le capitaine n'a pas décidé de quitter le train au moment où celui-ci s'apprête à dérailler, bien au contraire" a-t-il expliqué.

Avec cette assurance, difficile de ne pas penser que la SNCF est sur de solides rails, prête pour affronter avec succès les défis de demain.

Paul Refay, Les Mardis de l'Essec

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