ENTRETIEN. Propulsé à la tête de l’établissement public des grands ports de la Seine (Le Havre, Rouen, Paris), l’ancien patron du port de Dunkerque prendra, dans quelques jours, la présidence du directoire provisoire du nouvel Haropa, un établissement unique voué à piloter ces trois ports, en attendant l’installation effective de ses organes de gouvernance qui devrait intervenir fin juin. Lucide sur les faiblesses du futur ensemble, Stéphane Raison a pour mission de redresser la barre en mettant en musique la stratégie de relance portuaire décidée par le gouvernement. Face à la domination...... grands ports d’Europe du Nord, la marche est haute mais l'intéressé affiche un cap clair. Développement industriel, décarbonation, intelligence économique et croissance du transport fluvial figurent au premier rang de ses priorités.
LA TRIBUNE - Hier réunis sous l'égide d'un GIE, les trois grands ports de la vallée de Seine fusionnent le 1er juin, à quoi faut-il s'attendre ?
STEPHANE RAISON - Ce qui change fondamentalement, c'est la création d'un établissement portuaire unique fort de 1.800 collaborateurs qui va concentrer tous les moyens qui iront financer les projets de l'axe Seine. C'est le 1,45 milliard d'euros d'investissement annoncé par le premier ministre. L'établissement s'appuiera sur trois directions territoriales (à Paris, Rouen et Le Havre ndlr) qui gèreront tout l'opérationnel sur leur territoire : les travaux, le dialogue social local, les relations avec les manutentionnaires... Le directoire que je présiderai sera chargé des sujets d'axe : les finances, le développement , la multi-modalité et les transitions numériques et écologiques. Autant de questions qui seront éclairées par le conseil d'orientation, lui-même présidé par le délégué interministériel à la vallée de Seine (Pascal Sanjuan nommé en remplacement de François Philizot ndlr).
Lors de sa visite au Havre, Jean Castex a indiqué vouloir faire d'Haropa un « système portuaire maritime et fluvial de premier plan en Europe ». Comment le metteur en scène -et en Seine- que vous serez entend-il honorer cette promesse ?
Mon premier objectif est lié à ce qui caractérise les ports français : une industrie puissante implantée dans les ports au service du pays, héritage des années De Gaulle. Plus elle décroche et plus on risque une attrition de la valeur ajoutée indirecte des ports et un appauvrissement des territoires. L'une de mes priorités est donc de renforcer cette toile industrielle en préparant mieux les terrains et en créant de la synergie entre nos acteurs historiques et de nouveaux acteurs dans le sens de l'écologie industrielle. Cela va dans la logique de la mission lancée par Jean Castex autour des Zones Économiques Spéciales, à qui il a été demandé de rendre ses conclusions très rapidement. Derrière cela, il y a un enjeu de fiscalité nationale et locale et donc de compétitivité. Mais il s'agit aussi d'accélérer le processus d'implantation sur le foncier portuaire. C'est fondamental. Je ne peux pas passer dix ans à faire autoriser une zone de 150 hectares face à des prospects industriels qui souhaitent s'installer dans les deux ans et qui ont l'Europe pour horizon.