Mobilités : "L'Europe a un boulevard pour imposer son leadership", Karima Delli

 |   |  939  mots
Karima Delli, député européenne (Europe Ecologie Les Verts) et présidente de la Commission Transport et Tourisme du Parlement européen.
Karima Delli, député européenne (Europe Ecologie Les Verts) et présidente de la Commission Transport et Tourisme du Parlement européen. (Crédits : Karima Delli)
Karima Delli, député européenne (Europe Ecologie Les Verts) et présidente de la Commission Transport et Tourisme du Parlement européen, vient de lancer à Paris un prix récompensant les meilleures startups dédiées aux nouvelles mobilités. Elle estime que l'Europe doit reprendre l'initiative si elle veut constituer un écosystème de solutions de mobilités innovantes. Selon elle, la conjoncture est favorable à l'Europe, à condition que celle-ci s'empare du sujet.

LA TRIBUNE - Vous venez de lancer un programme d'accompagnement pour soutenir le développement des startups européennes les plus innovantes en matière de mobilités. Pensez-vous que l'Europe peut encore trouver un leadership dans ce domaine ?

KARIMA DELLI - L'Europe peut trouver son leadership pour peu qu'elle s'en donne la peine. Elle le peut d'autant plus qu'elle peut faire entendre sa spécificité, celle de privilégier de vraies valeurs comme l'environnement, la sécurité et l'accessibilité. C'est tout l'esprit de cette initiative. Le transport, c'est 30% des émissions de gaz à effets de serre, et 94% des émissions de CO2, ce qui provoque 500.000 décés prématurés par an en Europe. La mobilité, c'est 13% du budget des ménages, c'est beaucoup trop. Et je rappelle que chaque jour, 70 personnes sont tuées sur la route en Europe. Avec European Startup Prize for mobility, nous voulons promouvoir les startups qui sauront apporter des solutions efficaces et qui auront défini un modèle rationnel. C'est un vrai défi. Et il ne s'agit pas de décerner un bout de papier avec en-tête de l'Union européenne à portée honorifique. Les gagnants feront une tournée européenne dans plusieurs capitales où elles présenteront leur projet à des investisseurs des décideurs publics et des grands groupes pour signer des contrats. Les startups lauréates bénéficieront également d'un accompagnement business et juridique sur-mesure créé par The Boston Consulting Group, Grimaldi Studio Legale et Parallel Avocats.

Cette initiative aura une réelle portée d'autant plus qu'elle est parrainée par Frédéric Mazzella, PDG de Blablacar, et un panel d'acteurs publics (la Commission européenne, le Parlement européen), et Violeta Bulc, commissaire aux transports auprès de la Commission européenne. Cette première édition devrait permettre à nos pépites européennes de bénéficier du meilleur soutien pour réussir leur entrée sur le marché.

Pourquoi ne pas associer également les constructeurs automobiles qui sont de plus en plus nombreux à vouloir s'impliquer dans cette nouvelle économie de la mobilité ?

Notre but est de créer un écosystème nouveau en matière de mobilités. L'Europe voit éclore de nombreuses innovations. Nous sommes face à une opportunité unique pour mettre en musique ce vent frais d'innovation. Or, il s'avère qu'une impulsion institutionnelle semble nécessaire pour booster ces jeunes pousses. En parrainant cette initiative, le Parlement européen a pris ses responsabilités. Si les constructeurs automobiles veulent participer à ce mouvement, elles peuvent également encourager la formation d'écosystèmes. Mais la réalité, c'est que ce sont ces jeunes start-ups qui bousculent les conservatismes de cette vieille industrie. C'est cela que nous voulons préserver.

La révolution des nouvelles mobilités que vous appelez de vos vœux a parfois jeté le trouble sur le modèle social européen, comme le montre toutes les controverses autour d'Uber. Dans le cahier des charges de votre prix, avez-vous prévu de vous prémunir contre de telles dérives ?

Il ne faut pas se tromper. Le modèle Uber n'est pas fondé sur une économie collaborative, mais sur une économie de plateforme de services. C'est tout à fait différent. Dans le premier cas, on est sur du partage de frais, dans un second cas, on est sur l'intermédiation d'un business lucratif. Je ne critique pas cette démarche, d'ailleurs, ces deux modèles sont différents, mais complémentaires, il faut néanmoins les réguler. C'est le rôle de l'Europe. Tout l'enjeu sera de réguler sans freiner l'innovation.

En mai prochain, vous allez lancer les assises européennes de la reconversion de l'industrie automobile...

L'industrie automobile doit faire face à de nombreuses transformations : l'électrique, l'autonomie, mais également les nouvelles mobilités comme on vient de l'évoquer. Toutes ces transformations auront un impact sur cette industrie et sur ses très nombreux salariés. Regardez le nombre d'employés qui travaillent autour du diesel. Si nous n'agissons pas maintenant, nous pourrions voir la technologie de la voiture électrique subir le même sort que l'industrie photovoltaïque, et des centaines de milliers de salariés sur le carreau si nous ne prévoyons pas leur reconversion.

Ces assises doivent rénover notre industrie automobile à travers trois paquets. Une fiscalité mieux ciblée sur nos objectifs que ce soit sur les émissions de CO2, mais également sur le travail. Les recettes de cette nouvelle fiscalité devront être mieux fléchées, c'est-à-dire davantage sur des projets de mobilités durables que sur des grands projets de transports. Le deuxième paquet concernera les contraintes des émissions polluantes.

La Commission européenne souhaite favoriser la technologie électrique, et c'est tant mieux. Il faudra également poser la question de l'économie circulaire, un sujet environnemental majeur. Enfin, le troisième paquet visera à valoriser la voiture autonome et connectée à travers de nouveaux standards de sécurité informatique, mais également autour d'un cadre de responsabilité juridique majeur.

Cette fois, vous ne pourrez pas ne pas associer les constructeurs automobiles à vos assises... Ils vous opposeront nécessairement les contraintes d'investissements et du temps long pour monter de nouvelles technologies propres...

Nous n'avons plus le choix. Nous avons perdu 10 ans depuis la crise des subprimes. Alors que Donald Trump sort de l'accord sur le climat, abroge le principe de neutralité du Net, l'Europe a un véritable boulevard pour imposer son leadership dans tous ces domaines. C'est aussi pour cela que lancer aujourd'hui une initiative européenne qui permet à de nouveaux champions de la mobilité d'émerger fait sens.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 08/01/2018 à 18:36 :
J’aime beaucoup la «  vision de Mme Delli » si seulement ça pouvait être réalité .
Actuellement toutes les activités des hommes polluent , tout est pollué du sol à l’air .., même le cosmos...

Comment je vois une député vert ( version me)

Défenses des zones blanches
Moins de connexions
Moins de smatphones
Plus de diesel
Interdiction de circuler en voiture aux centres villes
Plus de parkings centre villes
Créer une agence d’electromagnetique
Sanctionner tous les opérateurs qui ne passent pas les câbles sous terre en zone d’habitation
Sanctionner les opérateurs qui mettent pas les câbles dans cadre béton a 3 mètres des habitations
Pour faire respecter le vert il y a de quoi faire...

Mais bon les gentils vert en France , on a vu comment ils ont fini...les pauvres
Les lobbys c’est plus fort que l’ecologie.
a écrit le 08/01/2018 à 18:13 :
A lire les commentaires il serait préférable... et de loin !!! de ne surtout rien faire , surtout pas de se projeter dans l'avenir , laisser les autres ( usa, chine, inde) prendre des initiatives ... l'immobilité plutôt que la mobilité !!!
Réponse de le 08/01/2018 à 22:55 :
Ce sont surtout des retraités qui commentent. Ils sont le passé et se cherchent des explications a leur échec personnel et professionnel.
a écrit le 08/01/2018 à 13:54 :
Tout à fait d'accord !!!

Avec l'Europe passoire :

- les Bac+8 s'exportent,
- les Bac-5 s'importent,
- les usines délocalisent,
- les produits chinois arrivent sur les étals de Carrefour/Auchan... et les bétonneurs Bougues/Vinci... sont ravis
a écrit le 08/01/2018 à 11:36 :
Si on laisse de tels sujets importants aux mains de EELV (mouvement qui ne represente rien éléctoralement), attention les dégâts économiques ou de dégradation de confort de vie, etc..
Pourquoi toujours matraquer la voiture individuelle (= liberté). Offrez nous des trains/bus confortables, fiables et à l'heure, avec des places assises, etc. et on sera heureux de prendre d'autres modes de transport.
Mais laissez nous le choix, c'est notre liberté!
a écrit le 08/01/2018 à 10:27 :
Excellente initiative que d’essayer de fédérer et de promouvoir des projets liés aux transports au niveau de l’UE.
Nous sommes au cœur d’une phase de mutation qui devrait amener tous les pays à s’interroger sur ce que seront les technologies et usages des transports de passagers et de marchandises dans le futur.
Il faut anticiper, pour l’industrie automobile qui devrait s’adapter rapidement (n’ayant pas trop le choix), mais aussi et surtout en ce qui concerne les infrastructures de circulation des véhicules et des énergies nécessaires à leur fonctionnement.

Les relents conservateurs (en termes de technologies) du président Américain et le fait qu’il mise tout sur le développement des carburants fossiles peut constituer une opportunité pour l’Europe de prendre de l’avance dans ces nouvelles technologies.
L’Europe, par sa densité de population et la proximité des métropoles, se prête probablement mieux au développement des VE.
Pollution ou pas, reste que tout cela ne peut fonctionner qu’avec des couts raisonnables et que personne n’acceptera de payer trop cher les nouveaux usages. C’est (et cela restera toujours) le paradoxe du comportement écologique, l’ensemble est dépendant du comportement de chacun et les effets se ressentent sur l’ensemble des populations et pas obligatoirement sur les responsables d’excès. On sait depuis longtemps que les pollueurs ne sont pas les payeurs. Cela n’empêche nullement la prise de conscience et l'action moralement responsable, mais il ne faut pas non plus se faire trop d’illusions. Ce qui oblige à miser sur la performance et l’apport des nouvelles énergies. Par exemple pour le véhicule électrique où le prix de revient pour le moment plus élevé pourrait être compensé par un coût d’usage extrêmement faible grâce au recours massif aux énergies renouvelables.
a écrit le 08/01/2018 à 9:06 :
"Selon elle, la conjoncture est favorable à l'Europe, à condition que celle-ci s'empare du sujet"

Elle s'en est largement emparée, grâce au travail détaché la mobilité du salarié roumain, polonais, moldave et-c... est immense car il va travailler en europe de l'ouest pour le même prix que s'il travaillait chez lui à 300 euros par mois.

On veut maintenant que le salarié français aille travailler en Roumanie et Pologne pour le même prix, il n'y a pas de raison que seuls les européens soient des esclaves non mais oh !

Des milliers de kilomètres par mois pour aller travailler si ça c'est pas de la mobilité !

Géniale l’Europe ! Vite un frexit.
a écrit le 08/01/2018 à 9:06 :
"Selon elle, la conjoncture est favorable à l'Europe, à condition que celle-ci s'empare du sujet"

Elle s'en est largement emparée, grâce au travail détaché la mobilité du salarié roumain, polonais, moldave et-c... est immense car il va travailler en europe de l'ouest pour le même prix que s'il travaillait chez lui à 300 euros par mois.

On veut maintenant que le salarié français aille travailler en Roumanie et Pologne pour le même prix, il n'y a pas de raison que seuls les européens soient des esclaves non mais oh !

Des milliers de kilomètres par mois pour aller travailler si ça c'est pas de la mobilité !

Géniale l’Europe ! Vite un frexit.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :