MyFerryLink : Eurotunnel vend son dernier navire

Une décision de la Cour suprême britannique vient de mettre un terme définitif à la possibilité pour le groupe d'opérer un service maritime entre Calais et Douvres, en invoquant le droit de la concurrence. Les salariés de la compagnie MyFerryLink, "écœurés", menacent à nouveau de bloquer le port de Calais.
Après la liquidation de SeaFrance en 2012, certains ex-salariés avaient créé la Scop SeaFrance, qui exploitait la compagnie MyFerryLink en louant leurs trois anciens bateaux au groupe Eurotunnel.
Après la liquidation de SeaFrance en 2012, certains ex-salariés avaient créé la Scop SeaFrance, qui exploitait la compagnie MyFerryLink en louant leurs trois anciens bateaux au groupe Eurotunnel. (Crédits : VINCENT KESSLER)

L'heure de la fin a sonné pour l'activité maritime d'Eurotunnel. Mercredi 16 décembre, le groupe a annoncé avoir mis en vente son dernier navire, un transporteur de fret. La décision a été prise après la publication d'une décision de la Cour suprême britannique lui interdisant d'opérer un service maritime entre Calais et Douvres.

Cette décision judiciaire, a souligné Eurotunnel dans un communiqué, constitue un revers pour la compagnie MyFerryLink, théâtre d'un dur conflit social cette année. La société a cessé ses activités fin juin mais espérait les reprendre avec le bâtiment fréteur Nord-Pas-de-Calais, "ce qui aurait permis de sauver 130 emplois".

"Groupe Eurotunnel regrette vivement cette décision car MyFerryLink avait prouvé sa capacité à offrir un service concurrentiel de qualité", a souligné l'entreprise dans un communiqué.

Un feuilleton commencé en 2012

Après la liquidation de SeaFrance en 2012, certains ex-salariés avaient créé la Scop SeaFrance, qui exploitait la compagnie MyFerryLink en louant leurs trois anciens bateaux au groupe Eurotunnel, qui les avait rachetés.

Mais en janvier 2015, le groupe Eurotunnel avait décidé de mettre en vente son activité et ses actifs après s'être vu interdire par les autorités britanniques de la concurrence d'opérer un service maritime entre Douvres et Calais, au motif qu'elle se retrouvait en situation de monopole. Les ferry-boats Rodin et Berlioz avaient notamment été cédés à la compagnie danoise DFDS.

Un accord trouvé en août

Cette décision avait provoqué le placement de la Scop en liquidation judiciaire. Un accord avait néanmoins été trouvé sous l'égide du ministère des Transports le 31 août, dans la foulée d'une série de blocages du trafic transmanche à Calais par des marins : il prévoyait la reprise de 402 des 487 salariés, par DFDS, Eurotunnel et l'un de ses sous-traitants en sécurité.

Entre-temps, la Scop SeaFrance avait obtenu que la décision des autorités de la concurrence soit cassée, mais il y avait eu un nouvel appel et la Cour suprême a fini par confirmer la première décision mercredi, "en mettant ainsi un terme définitif à la possibilité pour Groupe Eurotunnel d'opérer un service maritime entre Calais et Douvres", déclare Eurotunnel dans un communiqué.

"C'est inadmissible que des Anglais nous interdisent de travailler"

Les réactions à l'annonce n'ont pas tardé. Eric Vercoutre, secrétaire général de l'influent syndicat maritime Nord (SNM), s'est dit mercredi "écœuré" par la décision de la concurrence britannique et a menacé de bloquer à nouveau le port de Calais.

"J'espère que le gouvernement va prendre ses responsabilités. C'est inadmissible que des Anglais prennent des décisions de ce type et nous interdisent de travailler", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Le syndicat maritime Nord et les salariés vont continuer à se battre. On va se réunir, et on va rebloquer le port s'il le faut et on va l'interdire aux Anglais aussi", a-t-il ajouté, dénonçant un "acharnement de la part des Anglais" et se disant "aussi écoeuré que Jacques Gounon", PDG d'Eurotunnel, avec lequel il indique s'être longuement entretenu au téléphone. La décision d'un éventuel blocage du premier port français passager (et le 2e européen) pourrait être prise jeudi matin, a précisé Eric Vercoutre, qui doit consulter juristes et avocats mercredi après-midi.

Eric Vercoutre a également prévenu mercredi que le "protocole de sortie de crise, qui avait été respecté en rendant les bateaux (le Berlioz et le Rodin, ndlr)" allait être "revu".

"Il n'y a rien au niveau de la sortie de crise qui a été respectée, on ne voit rien arriver, il y a à peine une centaine de salariés qui ont retrouvé du travail et encore la plupart ce sont des CDD", a-t-il regretté.

(avec AFP)

>Lire aussi : L'aide du gouvernement à Sea France, un cadeau empoisonné pour ses salariés? (2012.01.03)

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