Baisse des émissions de CO2, développement de la filière bois et intérêt pour Equans : les points communs de Bouygues et d'Eiffage

Présentant à tour de rôle leurs résultats semestriels ce 26 août 2021, les deux géants du BTP ont précisé, avec plus ou moins de détails, leur programmes écologique. Sans surprise, Bouygues et Eiffage ont également réaffirmé leur intérêt pour Equans, filiale d'Engie sur le point d'être vendue.
César Armand

6 mn

Une nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs dite RE2020 prendra par exemple effet le 1er janvier 2022 pour décarboner cette industrie parmi les plus polluantes avec celle des transports. La construction de demain devra effectivement être la plus écologique possible. Du gouvernement aux constructeurs, le bois apparaît comme le nouveau matériau de référence, en dépit de la pénurie actuelle.
Une nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs dite "RE2020" prendra par exemple effet le 1er janvier 2022 pour décarboner cette industrie parmi les plus polluantes avec celle des transports. La construction de demain devra effectivement être la plus écologique possible. Du gouvernement aux constructeurs, le bois apparaît comme le nouveau matériau de référence, en dépit de la pénurie actuelle. (Crédits : Reuters)

Dans le BTP, le climat des affaires va désormais de pair avec le climat tout court. Depuis le printemps 2020, les grands groupes français du secteur dévoilent tour à tour leur stratégie bas-carbone. Eiffage a ouvert le bal en avril 2020 en publiant son premier rapport climat. Quelques mois plus tard, en décembre 2020, Bouygues lui a emboîté le pas en présentant son plan d'actions dans ce domaine, avant que Vinci le fasse à son tour en juin dernier. Tous les trois vantent le recours au béton bas-carbone ou à l'hydrogène ou le monitoring des consommations d'énergie.

Des programmes écologiques défendus avec plus ou moins de détails par Bouygues et Eiffage à l'occasion de la présentation des résultats semestriels, ce jeudi. Pour autant, pour certains, le discours n'est pas toujours le même aujourd'hui que celui tenu il y a encore quelques mois. En février dernier par exemple, le nouveau directeur général de Bouygues, Olivier Roussat, expliquait que l'année "2021 [était] destinée à franchir les différentes étapes". L'ensemble des actions dévoilées en décembre 2020 constituait des "choses raisonnables en termes d'investissements", poursuivait-il, promettant de les "préciser" dans le courant de l'année. Interrogé ce jeudi par La Tribune, Olivier Roussat a affirmé "utiliser l'année 2021 pour définir les capex [dépenses d'investissement, Ndlr]". Le calendrier a donc légèrement changé : le montant des investissements sera désormais "présenté à l'occasion des résultats annuels 2021". Autrement dit, en février 2022.

Le temps presse

Pourtant le temps presse. Bien avant la publication le 9 août dernier du dernier rapport du Giec (le groupe d'experts intergouvernementaux sur l'évolution du climat), la France s'est engagée, dans le cadre de la loi "Energie et climat" promulguée en 2019, à diminuer de 40% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à 1990, afin d'atteindre la désormais fameuse neutralité carbone en 2050. Bouygues veut ainsi jouer sur tous les scopes 1, 2 et 3, c'est-à-dire ses émissions directes de CO2, ses émissions indirectes liées aux consommations énergétiques et ses émissions indirectes en amont et en aval. Dès décembre 2020, le groupe au président éponyme a pris l'engagement de réduire, sur les bases de 2019 ou de 2020, ses émissions de 30 à 50% selon les filiales - Colas, Bouygues Construction, Bouygues Immobilier, Bouygues Telecom et TF1 - et le scope.

Du côté de son concurrent Eiffage, le Pdg Benoît de Ruffray a insisté sur la révision à la hausse de ses engagements pris en février 2020. A l'époque, il refusait de se fixer des objectifs chiffrés, considérant qu'il "[fallait] raison garder sur ces sujets". Aujourd'hui, le patron de la marque rouge et noire "envisage" de diminuer, sur la base de 2019, ses émissions internes de 40% d'ici à 2030 sur les scopes 1 et 2. Sur le scope 3 , l'objectif de les réduire de 30% d'ici à 2030 est confirmé. "Le sujet ne consiste pas à compenser mais de travailler jusqu'aux énergies fatales (énergies perdues si elles ne sont pas utilisées comme l'eau chaude sanitaire, Ndlr) et de compenser derrière", avance dorénavant Benoît de Ruffray. Ce dernier se félicite en outre d'apporter des "offres concrètes" et de compter sur "des clients de plus en plus preneurs", suscitant "un cercle vertueux".

Le bois, nouvelle matière première de référence

Dans ce domaine, sans attendre 2030, une nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs dite "RE2020" prendra par exemple effet le 1er janvier 2022 pour décarboner cette industrie parmi les plus polluantes avec celle des transports. La construction de demain devra effectivement être la plus écologique possible. Du gouvernement aux constructeurs, le bois apparaît comme le nouveau matériau de référence, en dépit de la pénurie actuelle.

Bouygues a ainsi cité le partenariat signé en mai dernier entre sa filiale Bouygues et Bâtiment France et le fabricant de solutions bois Piveteaubois. Le "BTPiste" s'est en effet engagé à utiliser 30% de bois français dès 2021 et 50% à l'horizon 2025 pour "sécuriser son approvisionnement". Malgré la flambée des coûts actuels, Olivier Roussat a jugé la situation "plus conjoncturelle que structurelle". Pour rappel, Bouygues se  fournit "principalement" en bois français et allemand,

Lire aussi 5 mnLe bois transformé 100% français de Piveteaubois séduit de plus en plus de promoteurs

Chez Eiffage, "l'Europe semble une échelle de réflexion plus réaliste, d'autant que l'UE exige de chaque Etat-membre le respect d'un socle de normes sociales et durables", dont la gestion durable des forêts, souligne la directrice du développement durable et de l'innovation Valérie David. Travailler exclusivement avec du bois français lui paraît même "à terme compromis". Ceci en raison "d'une part de la composition de la forêt française (70% de feuillus versus 30% de résineux, ces derniers étant les plus demandés dans la construction) et, d'autre part, de l'explosion de la demande et la volatilité des prix", justifie-t-elle.

Intérêt commun pour Equans

Les deux majors du BTP sont par ailleurs en compétition pour racheter Equans, filiale d'Engie dirigée par l'ex-président de Vinci Construction Jérôme Stubler. La directrice générale d'Engie, Catherine McGregor, souhaite en effet revendre cette entité rassemblant notamment les activités d'installations électriques, de chauffage, de ventilation et de climatisation ainsi que les services liés à l'information et la communication.

"Nous allons déposer début septembre une offre de manière indépendante et nous n'aurons pas besoin d'une augmentation de capital pour réaliser cette opération", a déclaré Olivier Roussat, le directeur général de Bouygues.

De son côté, Benoît de Ruffray, Pdg d'Eiffage, sollicité par La Tribune, a aussi confirmé son intérêt:

"Nous ferons partie des candidats, car depuis le début, nous sommes convaincus d'avoir une approche compatible [avec les métiers d'Equans]."

Lire aussi Eiffage se lance à son tour dans la bataille du rachat d'Equans à Engie

Réduction des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030, développement de la filière de bois et rachat d'Equans sont donc autant de points communs à Bouygues et Eiffage.

César Armand

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