Le savoir-faire des startups du BTP accélère la transition écologique des majors

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(Crédits : Reuters)
Elles s'appellent Hiboo, Hesus ou Bulldozair et aident déjà les majors du bâtiment et des travaux publics à économiser des litres de fioul, réutiliser les déchets de chantier et même à éviter les malfaçons sur site. Si ce secteur, qui pèse 15% du PIB et qui compte 2 millions d'emplois, continue d'y investir, il pourra légitimement se prévaloir d'avoir joué un rôle dans l'accomplissement de la stratégie nationale bas-carbone.

"L'avenir ne se prévoit pas, il se prépare", écrivait l'historien Fernand Braudel. Appliqué au secteur du bâtiment et des travaux publics, il s'agit de "faire rentrer la construction dans l'innovation et montrer la réalité", déclare le président de la fédération française du bâtiment (FFB), Olivier Salleron. Avec son homologue Bruno Cavagné de la fédération nationale des travaux publics (FNTP), il vient de monter un groupe de "prospective 2025" dans le cadre des "Etats généraux de la construction", dont une première retranscription aura lieu en juin 2021.

De même qu'ils ont participé, lors de l'élaboration du plan de relance, à la "task force" du pdg de Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar, sur la rénovation des infrastructures, les professionnels du BTP entendent, dans l'après-crise, conjuguer cohésion, innovation, numérisation et transition écologique. "Au niveau technologique, on y est déjà", assure ainsi Olivier Salleron de la FFB. "Quand tu possèdes les données de tes engins de chantier, tu peux savoir si les machines tournent bien et surtout combien d'heures", ajoute Bruno Cavagné de la FNTP.

Economiser des litres de fioul

A cet égard, les ralentis des flottes, c'est-à-dire les temps de démarrage-redémarrage où les moteurs tournent sans produire, sont tant onéreux sur le plan économique et financier que générateurs de gaz à effet de serre. Selon un rapport de l'équipementier Caterpillar, ce temps perdu représente 40% du volume global de l'activité en Europe. C'est également autant de litres de fioul qui auraient pu être économisés.

Partant de ce constat, la jeune pousse Hiboo récupère la data émise par les engins de chantier, tous équipés de capteurs ou presque, l'homogénéise et la restitue sur une plateforme unique. Par exemple, NGE, qui lui fait confiance depuis ses débuts, peut voir où et combien de machines ont fonctionné pendant un mois, et quelles anomalies elles ont pu subir. Le quatrième groupe de BTP français a aussi la possibilité de zoomer sur une zone géographique particulière ou sur un matériel roulant ciblé.

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Hiboo fait en outre partie du programme Catalyst, créé par Léonard, le laboratoire de veille et de prospective du groupe Vinci. Dans ce cadre, la major accompagne une dizaine d'entrepreneurs à trouver la bonne porte d'entrée parmi ses 8.000 succursales pour créer des partenariats de long-terme. "Il n'y a pas d'exclusivité a priori", explique le directeur général de Léonard Julien Villalongue. Autrement dit, une fois la session terminée, les jeunes pousses sont libres de s'associer avec la concurrence, type Bouygues.

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Réutiliser les déchets de chantier

Le géant du même nom, via sa filiale Bouygues Construction, est, lui, actionnaire d'Hesus, spécialisée dans le réemploi des terres et des déchets de travaux. Déjà présente en Angleterre et en Pologne, la jeune pousse vient d'annoncer son implantation en Suisse, ainsi qu'un partenariat avec Bouygues Travaux Publics. Ensemble, ils vont commercialiser Ubysol, une solution technique et logicielle qui permet de suivre en temps réel les camions qui évacuent les déblais des chantiers.

"La tech pour l'économie circulaire est un des rares secteurs tech où la France (et l'Europe) a le leadership par rapport aux Etats-Unis et à la Chine ; la Commission européenne voit cela d'un bon œil et nous soutient à travers le Green deal", souligne le président-fondateur d'Hesus, Emmanuel Cazenave. "Collectivement, nous pourrions être encore plus ambitieux sur la façon dont le BTP peut devenir le champion français et européen de l'économie circulaire", insiste-t-il.

Le BTP reste effectivement la source de 150 millions de tonnes de déchets par an, soit cinq fois plus que le volume des ordures ménagères sur une même période. Selon une étude réalisée par Deloitte, utiliser des algorithmes pour traiter ces déblais permettrait même d'éviter 72% d'émissions de dioxyde de carbone comparés à une mise en déchetterie. D'autant que si ces derniers ne sont valorisés, ils risquent même de finir en pleine nature...

Eviter les malfaçons

Le bilan économique et écologique des malfaçons est tout aussi pire. Déconstruire pour reconstruire constitue un surcoût financier comme environnemental, ne serait-ce que dans l'approvisionnement en nouvelle matières premières. Pour éviter cela et augmenter la productivité dans l'acte de construire, la startup Bulldozair propose aux opérateurs sur site comme aux maîtres d'ouvrage une plateforme de gestion de projets. Chacun peut y ajouter des photos, consulter des plans et remplir des rapports conditionnés à ses responsabilités légales.

Déjà aux côtés de quarante grandes sociétés, comme Eiffage Autoroutes qui vient de lui confier la numérisation de ses 2.500 kilomètres de réseau APRR, la jeune pousse vient de lever 4 millions d'euros. Elle veut désormais accompagner la digitalisation des quelques 40 millions de PME des divers métiers du bâtiment et des travaux publics à travers le monde.

En définitive, économiser des litres de fioul, réutiliser les déchets de chantier et éviter les malfaçons revient à jouer sur tous les leviers nécessaires à la révolution climatique. D'une part sur les non-consommations d'énergie et de ressources. De l'autre sur l'atténuation de l'empreinte carbone de l'ensemble de la chaîne du BTP. S'il reprend à son compte toutes ces tendances, ce secteur, qui pèse déjà 15% du PIB et qui compte 2 millions d'emplois, pourra légitimement se prévaloir d'avoir joué son rôle dans l'accomplissement de la stratégie nationale bas-carbone.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2020 à 8:34 :
Oui mais ce serait bien d'avoir une idée des volumes concernés, parce que le BTP est une économie stalinienne, tout comme le nucléaire, l'agro-industrie, figée par sa compromission hommes d'affaires politiciens, il va falloir beaucoup de temps avant que ces nouveaux entrants génèrent un mouvement progressiste au sein de ce lobby qui a les pieds dans le béton.
a écrit le 30/11/2020 à 19:10 :
on comprend pas en quoi faut du fioul pour fabriquer des maisons en platre et polustyrene ( euh, si pour le deuxieme on comprend, mais vu que ca participe a l'isolation, le soviet a declare ca ecolo, tant que ca l'arrange)

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