Climat : le 5 mars, la France a déjà épuisé son budget carbone

Le dereglement climatique proche du point de non retour
Pascal Rossignol

Le dereglement climatique proche du point de non retour
Pascal Rossignol
Le "jour du dépassement", où la France aura consommé toute sa part des ressources renouvelables mondiales, tombera en 2020 au début du mois de mai. Mais dès le 5 mars, ce sera le "jour du dérèglement": celui où l'Etat français atteint le budget carbone qu'il s'est lui même fixé pour 2050, année où il compte parvenir à la neutralité climatique. Tout ce qui est émis après cette date viendra donc accélérer le réchauffement.
L'alerte est lancée par les quatre ONG à l'origine du premier recours en justice contre l'Etat français pour son inaction climatique, dit "L'affaire du siècle": Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme (FNH), Notre affaire à tous (Naat) et Oxfam France. Leur objectif: permettre de mieux "visualiser la réalité" du retard climatique français,souligner encore une fois que l'Etat ne respecte pas ses propres lois, et "montrer le chemin qui reste à parcourir".
Le fondement du calcul de ce"jour du dérèglement", confié au cabinet Carbone 4, est en effet la loi française: notamment la loi énergie climat de 2019, mise en oeuvre par une "Stratégie nationale bas carbone". La première fixe l'objectif de neutralité carbone en 2050 et la deuxième détermine, en fonction des capacités annuelles d'absorption de carbone prévues pour cette date en France, une limite d'émissions annuelles: 79 millions de tonnes de CO2 équivalent -excluant les émissions "importées" et celles liées au transports maritime et aérien. Pour déterminer les émissions françaises de 2020 et les comparer à cette limite, Carbone 4 a utilisé les derniers chiffres officiels fiables, relatifs aux émissions et au taux moyen de baisse en 2017, précise le cabinet.
Or, en 2020, cette limite a été atteinte avec 305 jours d'avance, montre le calcul du "jour du dérèglement". Et "pendant les dernières quatre années, cette date n'a reculé que de 48 heures", s'inquiète Cécile Duflot, à la tête d'Oxfam France.
Ce nouveau "jour marqueur" révèle également que les efforts des seuls citoyens, même si poussés au maximum, ne permettraient pas de le repousser au-delà du mois de mai. Et que "les effets de certaines annonces de réduction des émissions ne se comptent qu'en minutes".
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"Il y a donc un travail poussé à mener sur la régulation", un besoin de "mesures ambitieuses et coordonnées", plaident les quatre ONG. Elles réclament une "transformation sans précédent de tous les systèmes: énergie, alimentation, transports, logement, industrie, gestion des terres".
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