Les stress tests climatiques pourraient se généraliser... à condition de maîtriser la donnée

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(Crédits : Mazars)
Selon une étude réalisée par le cabinet Mazars et le think tank OMFIF, une grande majorité des banques centrales et régulateurs dans le monde considèrent le changement climatique comme une menace majeure pour le système financier. Mais dans la pratique, seule une toute petite minorité (15%) incluent le climat dans les tests de résistance appliqués aux établissements financiers. Un pourcentage qui pourrait drastiquement gonfler si ces institutions financières accèdent à de la donnée fiable.

Considérer le changement climatique comme un risque majeur pour la stabilité financière est une appréciation qui a fait son chemin auprès de nombreuses banques centrales à travers le monde, aussi bien dans les économies développées qu'émergentes. "La question n'est plus de savoir si les banques centrales doivent réagir à la crise climatique, mais quelles mesures il convient de prendre et dans quel ordre", estime le cabinet Mazars dans une étude, publiée ce mercredi 19 février, en partenariat avec le Forum officiel des institutions monétaires et financières (OMFIF).

Le sondage, mené auprès de 33 banques centrales et régulateurs représentant 77% du PIB mondial, révèle que 70% des institutions interrogées considèrent le changement climatique comme une menace majeure pour le système financier. Certains participants à l'enquête redoutent une instabilité financière systémique sous l'effet de changement soudain dans la valorisation des actifs, ou d'atteintes et perturbations infligées aux infrastructures économiques. La Banque de France, par exemple, craint un choc stagflationniste "lointain mais certain", causé par la hausse des prix de l'énergie.

Accélération de la prise de conscience

"Nous assistons à une accélération de la prise de conscience sur ce sujet. Si nous avions réalisé ce sondage un an plus tôt, le pourcentage aurait été bien plus bas", estime Leila Kamdem-Fotso, associée banque chez Mazars et co-autrice de l'étude.

Preuve de cette accélération, le réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS), créé à l'initiative de la Banque de France en décembre 2017, compte désormais 50 membres, contre huit banques centrales et superviseurs à sa naissance.

Selon la spécialiste, plusieurs facteurs ont participé à cette prise de conscience progressive : les Accords de Paris sur le climat signés en 2015 d'abord, une pression grandissante de la société civile sur le sujet ensuite, puis l'engagement de figures emblématiques de la finance, tel que le canadien Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre depuis 2013 et jusqu'au 16 mars prochain (date à laquelle il sera remplacé par Andrew Bailey, actuel patron de l'Autorité des marchés britanniques). Plus récemment, les prises de position de Christine Lagarde, nouvelle présidente de la Banque centrale européenne qui se dit "consciente du danger de ne rien faire", ne devraient qu'accentuer ce mouvement.

Mais un risque encore peu pris en compte dans la pratique

Si, en théorie, le changement climatique est donc bien intégré par les banques centrales et les régulateurs, dans la pratique il reste encore très peu pris en compte. Aujourd'hui, seules 15% des institutions du panel incluent des considérations climatiques dans les tests de résistance appliqués aux établissements financiers. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni font figures de pionniers en la matière. Outre-Manche, la Banque d'Angleterre (BoE) intègre d'ores et déjà ce risque dans ses tests appliqués aux compagnies d'assurance et l'intégrera pour les banques dès 2021. En France, le gouverneur François Villeroy De Galhau prévoit de réaliser une exercice pilote dès cette année.

L'absence de données fiables pour mesurer les risques

A l'avenir, ces stress tests climatiques devraient toutefois s'imposer comme une pratique courante puisque 79% des banques centrales interrogées déclarent avoir l'intention de le faire. Reste que les superviseurs du système financier sont confrontés à un obstacle majeur : le manque de données fiables relatives aux émissions de gaz à effet de serre des entreprises. Ainsi, pour 84% des répondants les données indisponibles ou de qualité insuffisante constituent la principale préoccupation dans l'intensification de la supervision du risque climatique.

"Aujourd'hui, il est extrêmement compliqué pour les banques centrales de connaître l'ampleur des risques physiques  et de transition dans le bilan des banques et donc le risque qui pèse sur le système financier", pointe Leila Kamdem-Fotso.

Un moyen de surmonter cet écueil consisterait à inciter, voire obliger, les banques commerciales à divulguer leurs risques climatiques. Une mesure incitative a déjà été mise en place au Royaume-Uni. En France, la loi de transition énergétique oblige les grandes entreprises, dont les banques, à publier un reporting ESG et à communiquer sur leur contribution à la transition écologique et à la lutte contre le réchauffement climatique.

Coopération et harmonisation pour un langage commun

L'autre grande difficulté consiste à réinventer les modèles de prédictions sur la base de différents scénarios. "Il y a un énorme travail à réaliser sur le développement de nouveaux outils", confirme Leila Kamdem-Fotso, pour qui un travail en réseau à l'échelle internationale est indispensable afin que les banques centrales des pays émergents, qui disposent de moins de ressources, puissent bénéficier des travaux et des retours d'expériences d'institutions plus avancées.

"Il est aussi temps de dépasser la fragmentation des cadres réglementaires pour arriver à une vision d'ensemble", ajoute Leila Kamdem-Fotso. Cette question d'harmonisation se posera également à propos des taxonomies, qui consiste à établir une classification des actifs verts et bruns, dans le but de parler le même langage.

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Commentaires
a écrit le 19/02/2020 à 20:25 :
Pour la finance, une banque éco-responsable est une banque qui ne perd pas d'argent si le climat se dégrade subitement. Après tout on peut maltraiter notre planète puisqu'il suffit d'en acheter une autre pour résoudre les problèmes.
a écrit le 19/02/2020 à 20:11 :
je veux pas etre mechant, mais dans prevision on va mettre tout et n'importe quoi
je crains le pire , a commencer par les confusions entre modeles courts, modeles longs, scoring ( et assimiles) et consors
bien malin qui peut donner les numeros du loto dans 3 ans; deja que c'est pas possible a 1 jour...
apres, y a des methodes, mais je doute que des administratifs pas competents y connaissent quoi que ce soit

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