« L’urgence est d’écrire le récit de la croissance durable » (Antoine Buéno)
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T13
Charlotte Jolly-De Rosnay pour La Tribune
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Charlotte Jolly-De Rosnay pour La Tribune
Votre ouvrage s'intitule L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu. Pourquoi avez-vous choisi ce mot « probablement » ?
Antoine Buéno La question est pertinente et l'idée d'utiliser le mot « probablement » au lieu de « sans doute », ou de « peut-être » a été présente tout au long de mon travail de prospectiviste sur ce livre. En mettant les mains dans le cambouis, il apparaît que sur cette question de l'effondrement, il convient de sortir du manichéisme. Il s'agit de relativiser le catastrophisme sans minimiser la crise environnementale. Ce mot « probablement » vient illustrer une recherche sur le long cours dans toutes les implications induites par le débat stérile entre, d'un côté, les transhumanistes et les libéraux qui sont dans le déni et, de l'autre, les collapsologues et les survivalistes qui considèrent cet effondrement comme certain et inéluctable. L'argumentaire des collapsologues est flou. Ils parlent d'un effondrement sans le définir, ni entrer dans sa mécanique. Plus étonnant encore, ils mélangent trois scénarios possibles, celui de l'arrêt cardiaque de l'économie mondiale du fait de sa complexité, celui de la panne sèche où le monde s'arrête faute de ressources, et celui de la cocotte-minute dans lequel notre civilisation est détruite par la pollution. Ces trois scénarios n'ont ni les mêmes causes, ni les mêmes temporalités, or les collapsologues les confondent allègrement. En résumé, si cet effondrement est possible, il n'est en aucun cas inéluctable. Il est encore possible de l'éviter. Dans ce livre, je tente de détourner l'expression célèbre « le diable se cache dans les détails » pour montrer que, au contraire, « l'espoir se cache dans les détails ».
« L'espoir se cache dans les détails », dites-vous. Comment expliquer qu'aucun discours autour d'un « ecological way of life » n'émerge réellement ?
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A.B. Il est plus simple de prédire l'effondrement ou de militer pour la décroissance qui sont deux façons de s'inscrire dans un militantisme contempteur du capitalisme. Établir ce discours de la croissance durable est une tâche très complexe. Passer à un modèle durable, dans une transition pensée et réfléchie, est une forme d'Everest puisqu'il est nécessaire de repenser intégralement notre être au monde. Pour y parvenir, il faut d'abord une prise de conscience. Dans celle-ci, il y a trois niveaux. Le niveau 1 qui consiste à savoir qu'une météorite est en train de s'approcher dangereusement de la Terre. Le niveau 2 est celui de la mise en mouvement de la transition. À technologie constante, quatre-vingts des cent solutions du rapport Drawdown (Solutions climatiques pour une nouvelle décennie, paru en 2020, NDLR) peuvent être mises en place. Pourquoi cela reste-t-il en suspens ? Peut-être parce que nous n'avons pas encore atteint le niveau 3, qui est celui de la prise de conscience et de compréhension.