Fessenheim ne veut pas s'éteindre

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<b>NUCLÉAIRE -</b> Quel sera l'impact socio-économique de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, annoncée par François Hollande pour la fi n de l'année 2016 ? En Alsace, les élus et les milieux économiques manquent de repères, mais dénoncent déjà les lourdes pertes promises à leur bassin d'emploi.

Vent debout contre la fermeture?! Pour Christiane Roth, présidente de la CCI de Colmar, « il va y avoir une pénurie de kilowatts. L'énergie sera facturée plus cher aux entreprises. Il faut maintenir cette centrale nucléaire aussi longtemps qu'il n'existera pas de solution locale de remplacement?! » Produire en Alsace l'équivalent de l'énergie électrique perdue à Fessenheim?? Le combat semble perdu d'avance. Sur l'impact social, d'autres élus veulent faire entendre leur voix. Charles Buttner, président (UMP) du conseil général du Haut-Rhin, dénonce les arguments « injustifiés, inconséquents et incohérents » avancés par François Hollande pour justifier la fermeture de la centrale. Tournant le dos à la volonté gouvernementale de créer à Fessenheim, sur le site de la plus vieille centrale française, une filière pour le démantèlement de toutes les centrales nucléaires, il fustige « le sacrifice d'emplois sur l'autel d'un accord électoraliste démagogique ».Selon l'étude du Syndex, cabinet d'expertise mandaté en mai 2012 par le comité central d'entreprise d'EDF pour étudier l'impact socio-économique de la centrale, la fermeture de Fessenheim (697?agents EDF en CDI) provoquerait la suppression de 2.200 emplois directs, indirects et induits. « Il n'y aura aucun emploi détruit qui ne soit transformé ou remplacé par un autre emploi », a répondu Michel Sapin, ministre du Travail, face à l'inquiétude des syndicats.

« Une démarche purement idéologique »

« Pour l'économie locale, le compte n'y sera pas », s'insurge déjà Christiane Roth, dont la circonscription (9.942?entreprises) compte 44?% de salariés dans l'industrie. « Le démantèlement de Fessenheim, c'est un travail contre-productif qui ne mobilisera pas plus de 150 personnes, venues ici pour casser tout ce qui a été fait depuis 1977?», conclut Christiane Roth.
Jean-Marie Bockel, sénateur du Haut-Rhin et président de Mulhouse Alsace Agglomération (M2A), est presque du même avis. « Ce que je reproche à François Hollande, c'est sa précipitation », déclare l'ancien maire de Mulhouse, passé du Parti socialiste à la majorité gouvernementale sous la présidence de Nicolas Sarkozy. « L'engagement de Hollande pour la fermeture de Fessenheim est totalement improvisé. C'est le résultat d'une démarche purement idéologique, le fruit d'un accord national avec les Verts. Les collectivités territoriales vont perdre une partie des 49?millions d'euros d'impôts et de taxes qui étaient versés par EDF. Mais cet impact fiscal n'est pas le plus important?: 2?200?emplois perdus, c'est vraiment considérable. » Jean-Jacques Leguay, président du Medef Alsace, évalue à 1 milliard d'euros la contribution de la centrale nucléaire de Fessenheim au PIB de la région. Il dénonce même l'impact écologique de solutions alternatives. « S'il fallait remplacer la puissance installée par des productions écologiques, fondées sur l'exploitation de la biomasse, il faudrait construire 180?unités de 10?mégawatts, qui consommeraient l'équivalent d'un semi-remorque de matière première tous les quarts d'heure. Qui voudrait un tel ballet de camions devant chez soi? », s'interroge le dirigeant, également président de Stein Energie, fabricant de chaudières (45 millions d'euros de chiffre d'affaires). « Mon entreprise aurait pourtant intérêt à voir se multiplier de telles installations dans sa région?! »À Fessenheim, commune de 2.273?habitants dans la plaine du Rhin, la maire, Fabienne Stich (sans étiquette), refuse d'envisager la fermeture de « sa » centrale avant vingt ans. Ici, 43?% de la population travaille au CNPE (centre nucléaire de production d'électricité) ou vit sous le même toit qu'un salarié d'EDF. Le bassin d'emploi, qui s'étend à 30 kilomètres aux alentours (hors Allemagne) connaît pour des raisons réglementaires liées aux services d'astreinte un taux de chômage de 10,4?%, supérieur de près de deux points à la moyenne régionale.

EDF, moteur local de l'emploi

« Le chômage était marginal il y a dix ans, rappelle Christiane Roth. Aujourd'hui, il augmente en fl èche. L'industrie automobile, qui était l'un de nos piliers, paie un lourd tribut à la crise. PSA et des sous- traitants ou équipementiers comme Mahle ou Behr sont en difficulté », observe la présidente de la CCI. « François Hollande promet de recaser 2.200 personnes. Dans un tel contexte, c'est mission impossible. Sans compter les emplois sup-plémentaires induits par les périodes de maintenance, que nous ne retrouverons jamais. » Les prestataires locaux s'en souviennent : loin des routes touristiques, à l'écart du vignoble, l'unique hôtelier de la commune estime réaliser entre 90% et 100% de son activité grâce à la centrale. Et craint déjà la fermeture.
Dans le canton, les « pro-centrale » n'ont qu'une angoisse : et si 2011 avait été leur dernière « bonne année »?? EDF, moteur local de l'emploi, vient d'injecter près de 200 millions d'euros dans les travaux de la grande révision décennale de la deuxième tranche de la centrale. « Un quart de ces prestations reviennent à des entreprises locales », observait Thierry Rosso, directeur du centre de production, au lancement des chantiers, qui avaient reçu le feu vert de l'Autorité de sûreté nucléaire. À l'échelle du canton, le CNPE engendrerait, selon Syndex, un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros. Triex (36 emplois), une entreprise locale spécialisée dans la maintenance, la gestion des stocks et des transferts, a réalisé jusqu'au mois d'octobre 2012 plus d'un tiers de son chiffre d'a? aires à la centrale nucléaire. Sa situation se révèle précaire. « Nous venons de perdre le contrat en direct, mais le prestataire qui nous a remplacés utilisera nos employés en sous-traitance », explique une salariée de cette PME de Kingersheim. Dans un tissu économique formé essentiellement de TPE, la bande rhénane entre Chalampé et Neuf-Brisach s'apprête à sou? rir, mais ceux qui défendent l'activité locale espèrent un dernier revirement. « Ici, tout le monde se refusera à lancer des études sur la réindustrialisation du bassin avant que la fermeture de Fessenheim ne soit confirmée », confi e Éric Thoumelin, chef de projet chargé de l'appui aux collectivités du comité d'action économique du Haut-Rhin (Cahr), l'agence départementale de développement. « Il n'y a pas eu d'implantation d'entreprise importante dans la communauté de communes de l'Essor du Rhin, dont dépend Fessenheim, depuis plus de dix ans », observe Éric Thoumelin, « et elles ne risquent pas de revenir si Fessenheim ferme. La sécurisation des approvisionnements énergétiques figure dans le cahier des charges de n'importe quel projet d'implantation ». « Sans Fessenheim, nous n'aurions jamais attiré sur nos terres l'équipementier industriel THK, spécialiste du guidage linéaire, venu ici avec 450?emplois », se souvient Michel Habig, conseiller général (UMP) dans ce canton proche de l'agglomération de Mulhouse.
L'expérience du centre d'ingénierie de la déconstruction et de l'environnement (Ciden), la division d'EDF (550 salariés) chargée de la stratégie de démantèlement des centrales nucléaires, confirme l'estimation sur la perte d'emplois directs avancée par Christiane Roth : le nombre d'emplois à la centrale pourrait être divisé par dix à l'occasion de l'arrêt de l'exploitation. « Une cinquantaine d'agents EDF resteraient à Fessenheim, explique Syndex dans son rapport. Il s'agirait principalement d'agents du Ciden, qui remplaceraient les salariés de la division ingénierie actuelle », accompagnés par « un peu plus d'une centaine de prestataires, globalement différents de ceux intervenant habituellement sur le site.?»

La délicate question de la mobilité des salariés

Former à de nouveaux métiers? À Obernai (Bas-Rhin), depuis 1985, le lycée professionnel et le centre de formation d'apprentis envoient leurs élèves en stage à Fessenheim. L'Éducation nationale semble prête : les programmes pédagogiques, axés sur la sécurité de l'exploitation, s'adapteraient aux exigences du démantèlement. La question de la mobilité des salariés est plus délicate. « 33?% des salariés de Fessenheim sont natifs du Haut-Rhin, le département dans lequel se trouve le CNPE. La majorité est originaire d'Alsace », note l'étude de Syndex. Dans les emplois cadres, « la stratégie de fidélisation des ressources humaines est particulière à Fessenheim, où il est parfois difficile d'attirer des salariés ». Résultat, plus de la moitié des agents EDF vivent dans un logement dont ils sont propriétaires. La fermeture de la centrale aura aussi un impact sur l'immobilier que personne, dans la région, n'est encore en mesure de chiffrer.

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Commentaires
a écrit le 11/12/2012 à 15:39 :
La decision d'arreter Fessenheim n'a ete dictee que par des considerations politiques, alors que les ecologistes etaient donnes a presque 10% d'intentions de vote ... Les ecologistes pesent a peine 2,5% aujourd'hui et une part croissante de la population Francaise ne supporte plus leur dictat . L'avenir energetique du pays doit faire l'objet d'un tres large consensus . On ne peut pas laisser les politiques , de droite comme de gauche , faire des choix qui engagent le pays pour des dizaines d'annees sans qu'il y ait un debat democratique , voire un referendum national sur cette question cruciale .
Réponse de le 11/12/2012 à 17:30 :
La décision d'arrêter résistera-t-elle à l'éclatement de l'alliance rose-vert-rouge ?
Réponse de le 11/12/2012 à 17:35 :
Les allemands arrêtent le nucléaire. Il n'y a pas d'écolos dans leur gouvernement c'est juste une question de bon sens au vue des accidents a répétition. Le % de chance que ça advienne en Europe occidentale est trop élevé par rapport aux bénéfices retiré de cette industrie.
a écrit le 11/12/2012 à 15:08 :
Une centrale d'à peine 40 ans, vieille ? A l'encontre du bon sens, Hollande a fait une promesse aux conséquences lourdes, d'autant que l'Allemagne va fermer de nouveaux réacteurs nucléaires. La région Alsace risque la pénurie. Il y a bien une solution alternative : fermer un réacteur sur les deux que comptent la centrale. Cela permettra d'envisager sereinement la fermeture du deuxième réacteur un peu plus tard si les conditions le permettent, et d'avoir une promesse électorale tenue à moitié, ce qui est mieux que rien.
a écrit le 11/12/2012 à 14:21 :
On est vraiment dans le délire:

-On ne veut pas arreter les hauts fourneaux qu' Arcelor veut arreter et
-On veut arreter Fessenheim qu'Edf veut laisser allumée et qui vient de recevoir l'autorisation de l'autorité de sureté pour fonctionner 10 ans de plus!
Ou est la logique la dedans???
a écrit le 11/12/2012 à 13:35 :
On ne parle jamais des métiers de la maintenance du nucléaire ! Il y a eu un reportage TV qui décrivait les conditions d'exploitation de ces milliers de sous-traitants par EDF...
a écrit le 11/12/2012 à 12:01 :
De toute façon il va bien falloir la démanteler. Ça représente des années de travail.
La question qui se pose et que personne ne veut aborder c'est que faire des déchets irradiés qui seront produit lors de la destruction de la centrale.
a écrit le 11/12/2012 à 11:17 :
Il faudra bien fermer ces vieilles centrales avant qu'elles nous la ferme. La gestion du nucléaire en France tien du vaudeville. Il suffit pour s'en convaincre de regarder la gestion des anciennes mines d'uranium. Les politiques et les ingénieurs du secteur n'on jamais maitrisé leur sujet. Et continué dans leurs promesses toujours non tenues en exposant la population a une dosimètrie cette faible mais continue dont l'impact sanitaire est désastreux.
a écrit le 11/12/2012 à 10:58 :
Il faudra bien fermer ses veilles centrales avant que se soit elles qui nous la ferme. La gestion générale du nucléaire et de ses conséquences sur la santé sont digne d'un vaudeville en France. Le cas des anciennes mines d'uranium sont riche d'enseignement sur le manque de compétences des politiques et des exploitants face aux problèmes induits.
a écrit le 11/12/2012 à 10:51 :
Le demantelement de cette centrale ne me choque absolument pas... En effet, cette derniere est vielle, et comme ecris dans l'article, aujourd'hui personne dans le monde ne sais encore demanteler une centrale nucleaire. Cela peut etre une enorme opportunité pour l'industrie nucleaire francaise dans le sens ou des dizaines de centrales arrivent en fin de vie dans le monde. Neanmoins, ce qui me choque, c'est que cette operation particulierement dangereuse et dont on ne connait pas les consequances, ne derange absolument nos elus ecologiste alors que la recherche de nouvelles forme d'exploitation du gaz de schistes, plus propres, leur font s'arracher les cheveux... Encore une debilerie ecolo....
a écrit le 11/12/2012 à 10:51 :
Il faut absolument fermer cette centrale située en aval du Canal d'Alsace et son barrage... donc nullement à l'abri d'une inondation.
Souvenons-nous également que, lors de la canicule de 2003, il a fallu arroser la centrale pour éviter la surchauffe !
a écrit le 11/12/2012 à 10:26 :
Si on ne l?arrête pas, au moindre problème les mêmes personnes reprocheront à Hollande de n'avoir rien fait... Soyons fous, faisons du nucléaire et du gaz de schiste pour maintenir l'emploi !!
a écrit le 11/12/2012 à 10:08 :
Il suffit d'en parler à Montebourg, il va nationaliser tout ça !
Réponse de le 11/12/2012 à 11:27 :
L'actionnaire d'EDF c'est déjà l'état (84%).
a écrit le 11/12/2012 à 10:08 :
Fessenheim = Fukushima = mêmes risques en même nombre de lettres
Réponse de le 11/12/2012 à 10:35 :
Eiffel, vos blagues stupides ne font pas rire en Alsace.
Réponse de le 11/12/2012 à 10:53 :
à Eiffel : la centrale est située près du barrage du canal d'Alsace... un risque sismique, un barrage qui cède, un mini-tsunami suffirait à la noyer !

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