OPINION. « G7 : l’égalité femmes-hommes, un impératif stratégique et démocratique pour notre avenir commun »
Catherine Ladousse

Photo d'illustration
DR
Catherine Ladousse

Photo d'illustration
DR
À la veille du sommet du G7 à Kananaski présidé par le Canada, une question s'impose : l'égalité entre les femmes et les hommes restera-t-elle une priorité face aux urgences géopolitiques, économiques, climatiques et technologiques ? Ou sera-t-elle reléguée au second plan, comme trop souvent en temps de crise ?
La mise en garde de Simone de Beauvoir « Les droits des femmes ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » résonne tragiquement. Partout, les droits des femmes vacillent, pris en étau entre « backslash » idéologique, régression des droits sexuels et reproductifs, remise en cause des politiques DEI (diversité, équité, inclusion), et violences sexuelles, en particulier dans les zones de conflit. Le risque est que l'égalité soit la grande oubliée du tumulte mondial.
Et pourtant, c'est précisément dans ces moments critiques qu'elle doit s'imposer. Non comme un supplément d'âme, mais comme un levier stratégique. Là où les droits des femmes progressent, les sociétés gagnent en stabilité, en innovation, en prospérité. Là où ils reculent, la démocratie vacille.
Le constat est sans appel. Les femmes restent massivement sous-représentées dans les secteurs clés promus par le G7 - IA, technologies quantiques, exploitation des minéraux critiques, infrastructures, finance... Elles gagnent moins, accèdent moins au capital, assument 2,5 fois plus de travail domestique non rémunéré. Absentes des négociations de paix, premières victimes des violences sexistes, des hypertrucages pornographiques générés par l'IA ou des conflits liés aux minéraux critiques, elles sont systématiquement invisibilisées.
Et pourtant, l'égalité femme-homme est un formidable levier économique : +20 % de croissance mondiale si la parité dans l'emploi et l'entrepreneuriat est atteinte ; 500 milliards de dollars d'économies en comblant le fossé numérique de genre ; 3,7 % de PIB économisés si les violences sexistes sont traitées efficacement. Le manque à gagner pour les femmes entrepreneures s'élève à 1 700 milliards de dollars en raison du manque d'accès au financement.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Face à cette réalité, les membres du Conseil consultatif sur l'égalité des genres du G7 (GEAC) appellent les dirigeant·es à passer à l'action. Il ne s'agit plus de déclarations d'intention, mais de respecter les engagements pris, via des politiques transversales, financées, mesurables.
Cela implique de mobiliser des capitaux privés pour financer des infrastructures équitables à travers des fonds Egalité ou des mécanismes d'investissement responsables, et de créer une certification G7 garantissant l'inclusion.
Cela implique aussi d'encadrer les technologies émergentes : viser au moins 30 % de femmes dans les postes de gouvernance de l'IA et du quantique, créer un fonds d'un milliard de dollars pour soutenir les femmes dans la tech, éliminer les biais sexistes et protéger les victimes de violences numériques. Il faut également intégrer des normes contraignantes dans les chaînes d'approvisionnement des minéraux critiques pour prévenir les violences et promouvoir l'autonomisation des femmes.
Investir dans l'éducation est prioritaire afin d'orienter davantage de filles vers la tech et les métiers d'avenir, tout en diffusant dès le plus jeune âge des normes de genre positives et inclusives.
Enfin, il est essentiel de produire des données sexuées fiables, de budgétiser avec une approche sensible au genre, et de renforcer le soutien aux organisations féministes, en première ligne du changement. Face à des crises de plus en plus complexes — répression transnationale, feux de forêt, migrations, conflits —, les réponses doivent intégrer systématiquement l'égalité et le leadership des femmes. C'est ce que prône la diplomatie féministe en France et on ne peut que s'en réjouir.
L'égalité n'est pas un sujet à part. Elle doit irriguer l'ensemble des politiques économiques, climatiques et diplomatiques. L'intégrer, c'est renforcer la résilience de nos démocraties. L'ignorer, c'est priver nos sociétés de la moitié de leur potentiel.
À lire également
Le G7 a une occasion historique : faire de l'égalité un moteur de transformation durable, un catalyseur d'innovation, un rempart contre les instabilités. Investir dans l'égalité, ce n'est pas seulement une exigence morale : c'est un impératif démocratique. Et un pari gagnant pour un avenir plus juste, plus sûr, et plus prospère — pour toutes et tous.
Catherine Ladousse