Loin du goudron parisien, c'est sur la terre ocre du Sénégal, du Cameroun, du Zaïre et du Gabon que Meryem - son vrai prénom - a passé ses douze premières années avec son père écrivain et journaliste, sa mère secrétaire de production et ses deux petits frères. Ne trouvant pas sa place à l'école, elle se réfugie alors dans un monde imaginaire, loin de la bienséance d'une société normée. Incarner quelqu'un d'autre, parce que Clémentine Célarié aime être « autre chose » qu'elle.
Aujourd'hui, à 67 ans, la « survivante » en rémission d'un cancer du côlon n'a jamais autant été sollicitée au théâtre et à la télévision. Mais avec toujours une passion inconditionnelle pour Maupassant, lui-même envahi par un sentiment d'angoisse issu du réel. Elle nous donne rendez-vous chez Bibiche, rue Lepic. Toute cette réjouissance, de ce soleil qui tape sur la butte Montmartre à ces touristes qui se pavanent en masse en terrasse, aurait été pour l'ami de Flaubert une source d'inspiration de sa conception désabusée du monde. Et pour vous, chère Clémentine ?
Maupassant a écrit : « La vie, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit. » Vous approuvez ?
Pour moi, le réel, c'est l'imaginaire. Être dans plusieurs vies est un cadeau car je ne vis pas dans la réalité. Avoir une propriété, un mari, une voiture, je n'y arrive pas. Je n'ai aucune vie sociale et, très sincèrement, je ne le vois pas du tout comme un handicap.