« Par amour », « Mémoires d’un escargot », « Baby Girl »... Nos critiques cinéma de la semaine

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine.
LTD/Tandem films ; 2024 ARENAMEDIA PTY LTD, FILMFEST LIMITED AND SCREEN AUSTRALIA ; SND Films

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LTD/Tandem films ; 2024 ARENAMEDIA PTY LTD, FILMFEST LIMITED AND SCREEN AUSTRALIA ; SND Films
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Ses grands yeux doux et tristes attendriraient n'importe qui. Son chapeau brun et mou à antennes, son bec-de-lièvre, ses cheveux raides et sa tenue marron l'écartent fatalement de tout cousinage avec les coquettes Raiponce et Pocahontas. Voici pourtant Grace Pudel, mangeuse de livres et collectionneuse frénétique d'escargots (faux ou bien vivants), qui file une existence marginale, mais heureuse jusqu'à ce que son père décède et qu'on la sépare de son frère jumeau Gilbert - lui-même étant l'antithèse d'un Aladin ou des Indestructibles.
Grace et Gilbert atterrissent chacun dans des familles d'accueil défaillantes qui accentuent leur mal-être. Harcelée en classe et solitaire, Grace vit accrochée aux missives que lui envoie Gilbert. L'espoir renaîtra d'une rencontre : celle de Grace avec Pinky, une octogénaire excentrique, vieille dame indigne qui a vécu mille vies, aimé plus que de raison et bourlingué partout en ignorant les qu'en-dira-t-on.
Pour ce nouvel opus couronné d'un Cristal au Festival international du film d'animation d'Annecy, Adam Elliot a laissé libre cours à sa passion des escargots. « J'ai d'abord imaginé une première version avec des coccinelles, se rappelle le réalisateur. Mais ensuite est sorti le film de Greta Gerwig Lady Bird, et la coccinelle a pris une connotation un peu trop sucrée et "mignonne"... Je voulais un animal plus sombre, j'ai pensé aux cochons, aux grenouilles et enfin aux escargots ! » Comme Grace, Adam Elliot les collectionnait, enfant, fasciné par cet animal étrange, lent et gracieux :
« Quand vous touchez leurs antennes, elles se rétractent dans la coquille, ce sont donc les "introvertis" du monde animal ! Ils ne savent pas non plus reculer, ce qui m'a rappelé ma citation préférée du philosophe Kierkegaard : "La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se retournant vers le passé." »
C'est peu dire que le gastéropode est un symbole de l'univers du cinéaste. Depuis ses débuts, ce spécialiste du stop motion (animation image par image) donne vie à une galerie d'antihéros incompris et s'intéresse aux destitués, aux malchanceux, aux amochés de la vie que la société s'obstine à mettre en marge.
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Déjà en 2004, il recevait l'oscar du meilleur court-métrage d'animation pour Harvie Krumpet, la folle vie d'un personnage atteint du syndrome de Gilles de La Tourette qui, brimé à l'école, est frappé par la foudre, rencontre sa femme, infirmière, pendant les soins pour son cancer des testicules et finit par adopter le mode de vie nudiste ! Son premier long-métrage, Mary et Max. (2009), narrait les échanges épistolaires entre un New-Yorkais quadragénaire, obèse et misanthrope, et une Australienne de 8 ans, moche et aux prises avec des parents dingues, kleptomanes et alcooliques...
Cette galerie de marginaux attachants lui permet de développer ses thèmes de prédilection : enfance, solitude, exclusion, religion, parentalité défaillante, mais aussi excentricité assumée, humour, résilience et acceptation de sa différence. « J'aime les films sur les gens qui ne sont pas des héros, sur les excentriques et les malchanceux qui surmontent les épreuves, sur les outsiders marginalisés, incompris, perçus comme étranges alors qu'ils ne le sont pas, poursuit l'épatant Adam Elliot. Et tous ces personnages, je les connais : ce sont mes amis et ma famille ! »
À partir de ces sujets de pâte à modeler, il tire des films grinçants, sensibles et comiques qui provoquent à chaque fois une émotion brute. Partisan de l'humain contre la compétition, du cinéma d'auteur contre les grands studios et du savoir-faire artisanal contre les ordinateurs (il fait appel à des animateurs, pas au numérique), Adam Elliot, tel un Tim Burton, un David Lynch ou un Jean-Pierre Jeunet, nous embarque dans un univers de bras cassés qui résonne très profond en nous. Toujours sur le fil, alternant comédie et drame, rire et larmes, lumière et obscurité, il donne vie à un monde gris-brun, sophistiqué et minimaliste, où les grands yeux expressifs des personnages suffisent à communiquer leurs tourments.
« Ce que j'essaie de dire, c'est que nous sommes tous imparfaits, conclut le réalisateur. Au lieu de les cacher, j'essaie de célébrer nos imperfections, d'apprécier celles des autres et de montrer que nous sommes tous humains, en créant des personnages universels pour que tout le monde puisse s'identifier à ces petites boules d'argile. » Qui sortent admirablement bien de leur coquille.
Mémoires d'un escargot, d'Adam Eliott. 1h34. Sortie mercredi.

Sarah, 40 ans, est sous pression : alors que son mari est souvent absent, elle s'occupe presque seule de ses fils de 9 et 6 ans. Un jour, sur la plage, l'aîné, Simon, disparaît puis réapparaît, trempé... Il devient obsédé par le contact avec l'eau, grâce à laquelle, lui avoue-t-il, il entre en relation avec des extraterrestres.
Parti comme une comédie sentimentale sur le burn-out d'une femme débordée et ses rapports avec son mari et ses enfants, Par amour surprend en versant rapidement dans le film de genre, transportant l'histoire dans un monde à la fois intime et fantastique, mais évite l'outrance, laissant ainsi s'exprimer les thèmes du film : le rapport des adultes à la folie, l'unité familiale, les angoisses écologique et extraterrestre sous-jacentes. Porté par une Cécile de France toujours juste et crédible quoi qu'elle fasse, suffisamment ouverte d'esprit pour envisager le surnaturel par amour maternel.
Par amour, d'Élise Otzenberger, avec Cécile de France, Arthur Igual, Arthur et Navid Zarrabian. 1h30. Sortie mercredi.

Romy contrôle tous les pans de sa vie : brillante femme d'affaires, elle a un mari aimant, deux filles et de belles maisons. Mais cette perfection vole en éclats avec l'arrivée d'un stagiaire insolent, Samuel, qui réveille en elle des fantasmes masochistes inavoués. Leur relation torride mènera-t-elle Romy à perdre la tête et le contrôle de son existence bien rangée ? En voyant évoluer le corps refait et sanglé dans des costumes-carcans de Nicole Kidman, on se prend à penser à The Substance, où une Demi Moore tout aussi control freak cherchait à retenir sa jeunesse jusqu'à sa perte.
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Ici, Nicole Kidman joue aussi avec les limites, mais sans que jamais rien n'arrive vraiment : filant la métaphore de la chienne, vue dans la première scène et au long de jeux intimes à rallonge, le film reste principalement axé sur le cliché de la femme (ou l'homme) de pouvoir qui aime se faire humilier dans son intimité et tombe, hélas, sans jamais les dépasser, dans des écueils de thriller érotique tellement usés qu'ils ne sont plus transgressifs depuis longtemps. Dommage.
Babygirl, de Halina Reijn, avec Nicole Kidman, Antonio Banderas, Harris Dickinson. 1h54. Sortie mercredi.
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