Quoi de mieux, pour enivrer l'été, qu'un roman qui se hume ? Avec Le Parfum - Histoire d'un meurtrier, l'Allemand Patrick Süskind, né en Bavière en 1949, a eu du nez. Depuis sa parution en 1985, après la pièce La Contrebasse, ce roman-alambic, d'une irrésistible et effrayante beauté, a fait tomber en pâmoison plus de 20 millions de lecteurs, arrachant « leur âme odorante » aux êtres et aux choses. Ainsi qu'en témoigne leur traduction en 48 langues, les exhalaisons concoctées dans la France prérévolutionnaire par Jean-Baptiste Grenouille, qui se voulut le meilleur parfumeur de tous les temps, font tourner les têtes.
La formule d'un grand livre est-elle la même que celle d'une grande odeur ? Pour Grenouille, l'essence parfaite recèle délicatesse, puissance, durée et diversité. Dans ce roman total, baroque, magnifiquement monstrueux, qui restitue littérairement, littéralement les senteurs, Süskind, faiseur de prodiges, se met au diapason. Un arc-en-ciel de notes de tête, de cœur et de fond qui a fait très vite de son auteur un écrivain de premier plan, auteur par la suite d'un autre roman, Le Pigeon, d'un essai sur le pire des poisons - l'amour - et de recueils de nouvelles.
Une notoriété critique et populaire inversement proportionnelle à sa discrétion : Süskind n'a rien publié depuis 2005 et ne donne quasiment pas d'interviews. C'est à travers son écriture prégnante qu'il nous parle, et son best-seller mondial maintes fois réédité en poche, porté à incandescence, en français, par le traducteur Bernard Lortholary.